19) Métal et survie
Les jumeaux eurent beau laisser leurs oreilles dans les rassemblements de la secte, ils n'apprirent pas grand chose d'intéressant. Si la Fraternité était impliquée dans la tentative d'assassinat de Patrick Branston, l'information ne circulait pas aussi librement. Mais la Fraternité du Sanctuaire Céleste demeurait prompte à la violence. Les agressions dans les secteurs trop proches de ceux qu'ils s'étaient appropriés restaient courantes. Mais à force d'envoyer des gens à l'hôpital, tous connaissaient leurs objectifs. Mais la corruption des élites gangrénait toujours tout effort d'enquête approfondie.
Alors ils avançaient sans entrave à l'élaboration de leur propre Arche afin de rester dans l'espace. Ils volaient les matériaux nécessaires à la station mais justifiaient leurs actes en déclarant qu'ils participaient à la renaissance de leur déesse. Une position bien hypocrite selon Logan car il était peu probable qu'aucun d'entre eux n'aient fait quoi que ce soit pour la construction de la station en premier lieu. Mais les leaders charismatiques faisaient toujours avaler des couleuvres à leurs adeptes et ceux-ci applaudissaient béatement. Les plus sceptiques (et les plus téméraires) n'hésitaient pas à les qualifier de charognards, de parasites dans Némésis ; voire de carrément cannibaliser leur propre « déesse ».
Les actions des deux factions faisaient qu'une véritable guerre des matériaux rageait sur Némésis. Et comme la station possédait des défauts structurels ; il fallait consommer plus de matériaux que prévu pour pouvoir les réutiliser de manière efficace. De nombreux travaux avaient été entrepris pour réorganiser les espaces intérieurs et réemployer le moindre morceau de métal disponible. Le maître mot était clair : « on recyclait tout ». Des opérations furent lancées pour capter jusqu'aux satellites inutilisés et autres débris qui orbitaient depuis trop longtemps autour de la Terre. Les astéroïdes recélant de métaux intéressants et à portée de la station furent également minés jusqu'à la moelle.
Un autre casse-tête pour la communauté scientifique était l'énergie nécessaire pour le projet du Retour. Il fallait repenser entièrement la gestion et le stockage de l'électricité dans la station. Et surtout prévoir une automatisation du système. Une double alimentation fut choisie pour les capsules du Retour. Des panneaux solaires à haut rendement furent choisis pour la première. Ils pouvaient pivoter entièrement afin de permettre de capter facilement et durablement l'énergie lors de l'orbite terrestre. A cela une toute nouvelle technologie d'alimentation solaire fut ajoutée. Les photons étaient piégés dans une solution chimique et rebondissaient à l'intérieur d'une batterie. L'énergie générée pouvait ainsi être théoriquement stockée indéfiniment. Dans la pratique, les simulations montraient que la solution s'évaporerait dans cinq mille ans. Une durée suffisamment grande pour rendre l'option viable.
Les projections écologiques établissaient un retour à la normale sur la planète d'ici mille cinq cents ans. Pour faire bonne mesure, l'ambition était de faire rester la population en orbite, entièrement cryogénisée pendant deux mille ans. Et de revenir ensuite sur Terre, redevenue habitable. Dépourvue des humains et des industries polluantes, la résilience de la planète faisait qu'elle pouvait s'adapter à tout et réunir à nouveau les conditions nécessaires à la vie. Cela s'était déjà produit après la disparition des dinosaures, il n'y avait aucune raison qu'elle n'y arrivât pas encore. Bien sûr, il fallait prendre en compte que le phénomène à l'époque fut entièrement naturel. Aujourd'hui, on parlait de surexploitation minière, de déversements de déchets toxiques, de disparition de la couche d'ozone, de bouleversements climatiques majeurs... On estimait donc le temps nécessaire en milliers d'années.
Un autre point crucial était de s'assurer que les problèmes environnementaux ne feraient pas surface à nouveau après la réussite du Retour. Alors Eco Résurgence menait de son mieux la rédaction de traités écologiques pour encadrer les activités humaines futures et la gestion des déchets associée. Pour partir sur les meilleures bases possibles, les systèmes de gestion de l'énergie des capsules seraient réutilisées au sol. On prévoyait de s'appuyer au maximum sur des énergies renouvelables ou propres. Il n'était plus question de forer pour récupérer du pétrole, c'était trop cher à maintenir et apportait trop de contraintes environnementales. De toute façon, la topographie des continents aurait tellement changée en deux mille ans qu'il serait impossible de se repérer facilement. On estimait que tous les cratères et les galeries de forage se seraient rebouchées grâce à l'action des sédiments. De très nombreux déchets se décomposaient en quelques centaines d'années alors on espérait également qu'ils auraient disparus lors du Retour.
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Logan faisait de son mieux pour aider à coordonner les travaux entre les scientifiques, les différents conseils regroupant les directeurs des projets liés au Retour. Lui et Zia incarnaient le lien de confiance envers les citoyens grâce, ils participaient donc à chaque conférence de presse dès qu'ils le pouvaient. La sécurité y avait été renforcé depuis la tentative d'assassinat et chaque personne scrupuleusement fouillée.
De son côté, la jeune femme et le conseil des Classes sur le Retour faisaient de leur mieux pour proposer une reconstruction plus organique de la société, en dehors du système rigide des Classes. Peut-être davantage basée sur les corps de métiers ou les compétences que sur le statut social et les échelons de richesses. En tout cas, une chose demeurait certaine, il ne fallait surtout pas que une frange de la population soit laissée pour compte, sans logement, ni travail ou dignité. Pour Zia, il était intolérable que les Classes 5 redeviennent une réalité. Elle se dédiait corps et âme à cette tâche. Elle faisait cela pour honorer le sacrifice de sa mère, soit disant trop vieille pour Némésis, et de tous les autres, qui n'avaient même pas pu espérer y poser le pied.
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Patrick Branston supervisait lui même les équipes qui s'occupait du module du Retour consacré à sa famille. Il vérifiait les calculs, les plans et faisait parfois des inspections surprises sur le chantier. Il restait avenant, ce qui plaisait aux ouvriers de le voir s'intéresser d'aussi près à leur travail. Mais une inquiétude glacée le forçait à être aussi attentif. Il avait peur. Peur de perdre le contrôle lors de son passage en cryogénie. Le moindre grain de sable dans les rouages des systèmes de la capsule pouvait signer la mort de ses occupants. Mais puisque ce plan était acté par la civilisation, il devrait s'y plier. Et hors de question de rester en orbite avec les autres fous qui ne savaient qu'à moitié comment construire une arche viable. Ils le détestait au plus haut point, il ne tiendrait jamais vingt-quatre heures après avoir quitté Némésis. Alors Branston surcompensait en vérifiant tout, espérant que cela suffirait.

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