Etrange odeur
Une odeur. Un parfum. Merde, c’est pas si simple. Quelque chose qui vous touche. Les odeurs, c’est la presque totalité de mes souvenirs. Le parfum de ma mère. L’odeur des bûches qui se consument dans les cheminées, les parfums d’automne, ceux du printemps. Son odeur à elle, son parfum qui restait sur mes lèvres... Comment en choisir une dans cet univers aussi vaste que celui de notre mémoire olfactive. Pourtant, il y en a bien une. Une odeur étrange, difficile à décrire, délicate à saisir mais forte comme peu d’autres.
Au début, on pense à une sorte de mélange de lessive et de savon, mais c’est autre chose. Parce qu’en réalité, c’est un mélange d’odeurs qui ne seraient pas vraiment agréables. On a tous des puanteurs qui vous plaisent, des trucs inavouables. Bien sûr que si. L’odeur de vos pets, de l’essence, de la vieille Corsa d’un oncle fumeur de cigarios.
Non.
L’odeur dont je vous parle est encore différente. C’est un peu de transpiration macérée, un peu de vomi séché. La première fois qu’elle traverse vos narines, il y a un tressaillement ténu. Un léger doute. Puis il y a quelque chose un peu comme l’odeur de vos draps le matin. Ça pue le renard, ça sent le renfermé, mais il y a quelque chose d’infiniment apaisant là-dedans. Comme un vieux doudou, recouvert de salive séchée, mastiqué, réhumidifié, roulé en boule. Abandonné avant d’être retrouvé... C’est ça, c’est cette odeur. L’odeur apaisante qu’on a envie de retrouver après une journée. Celle qui me dit que si, malgré tout, je suis là où je dois être. C’est celle que je sens dans le cou de mes garçons quand ils dorment. Y a de la bave, de la chaleur, de la douceur. La sérénité.
Ouais, au-delà de toutes les autres, si une odeur me manquera quand ils seront ados et que leur sueur ne sentira plus que la sueur, c’est celle-ci. Si je voulais être mielleux, je dirais : l’odeur de l’amour, de l’innocence. Mais non. C’est simplement l’odeur des anges. Mais pas ceux qui volent, ceux du monde réel.
Et merde, je les aime.

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