Chapitre 3

5 minutes de lecture

CHAPITRE 3
PETER
2 SEPEMBRE 2041


 Les pensées m'assaillaient de toutes parts, comme des pics acérés qui cognaient dans mon cerveau. Chaque personne pensait à une multitude de choses en même temps, et cumulées aux pensées de tout le monde, car la foule devant moi prenait une place important dans ce lieu, je ne comprenais plus rien. Je passais de pensées à d'autres et tout se mélangeait pour créer une histoire sans logique.
Le bruit présent dans les pensées des autres m’aurait paru supportable, si l’éternel grondement des discussions n’avait pas été encore plus dérangeant. Il fallait cependant s’y attendre, nous étions le jour de la rentrée des classes, une fois encore. Etant en troisième, j’avais vécu cet évènement de nombreuses fois jusqu’alors, et cela me suffisait pour savoir que les pensées de centaines de personnes surexcitées qui voyageaient dans ma tête ne faisaient pas partie de mes passe-temps. Contrairement à la foule, je n’attendais pas ce moment, et cette fois-ci encore moins, j'étais perdu. Tout était nouveau, je ne reconnaissais rien ni personne, mais je devais bien finir par m’y habituer, j’avais l’habitude des changements, puisque c’était déjà la troisième fois que je déménageais. Mais cette habitude n’allait pas m’aider à m’orienter dans ce nouveau collège, j'allai donc voir le surveillant le plus proche, sans savoir réellement s’il s’agissait d’un surveillant.
— Excusez-moi, lui demandai-je, où sont les affiches des classes de troisième ?
— Là-bas, m'indiqua le surveillant en pointant du doigt un mur où était rassemblée une foule d'élèves, ce qui n’aurait pas été difficile à trouver si j’avais ne serait-ce que regardé ce qui m’entourait
— Merci.
J'allai donc à l'endroit qu'il m'avait indiqué et je dus me frayer un passage entre les élèves attroupés devant les affiches.
Après quelques minutes à chercher la bonne affiche, je trouvai mon nom dans celle des troisièmes cinq.
Je ne connaissais personne, mais c'était normal, je ne devais pas m’attendre à autre à autre chose
L'année commençait assez mal.

 Tout le monde avait l'air si heureux excepté quelques rares élèves qui s’étaient retrouvés sans leurs amis, ou des sixièmes tellement stressés qu'ils en avaient les larmes aux yeux.
Pour passer le temps en attendant la sonnerie, je me mis à écouter les pensées des élèves aux alentours. J'entendais beaucoup de "Oh, je suis trop contente", de "Ça va être la meilleure année de ma vie ", ou encore des "Mais qui aurait cru que ce serait si bien le collège ", qui commençaient à tourner en boucle dans ma tête, mais surtout des pensées vraiment superflues : "Oh ! Un arbre, et là, c'est un pigeon, à moins que ce soit un rouge-gorge".
Cela semblait un peu bête, mais tout le monde pense à des choses inutiles même sans s’en rendre compte.
Dommage que je ne puisse pas sélectionner les pensées que je voudrais entendre au lieu de me prendre la tête avec des pensées de ce type.

 J’écoutais encore les pensées des autres, mais de ce que je pouvais voir, personne n'avait de pouvoir comme moi, j'étais encore seul, une fois de plus. Toute ma vie se résumait à la même rengaine, mes parents, mon frère et les inconnus que je croisais étaient normaux eux aussi. J’étais toujours le seul à être bizarre, je commençais à avoir l'habitude. Je ne pensais même plus qu'il pouvait exister quelqu'un comme moi. Je m'étais fait trop de faux espoirs quand j'étais petit.
J'aperçus un groupe de filles qui avaient le regard rivé sur moi.
Il est trop beau, pensa l'une.
Trop canon, songea une autre, je l'aime déjà.
J’n’ai jamais vu quelqu'un d'aussi mignon.
Et elles commencèrent à rire bêtement et à chuchoter entre elles, de vrais clichés ambulants, ce que je haïssais plus que tout.
Je ne comprenais vraiment pas les filles. Pourquoi à chaque fois qu'une fille me regardait, elle pensait la même chose. En me voyant, personne ne s'était jamais dit "il a l'air sympa lui". Non, moi on ne m'aimait que pour mon physique et ça ne me plaisait pas. J’avais toujours espéré que quelqu’un m’approcherai pour mieux me connaitre, mais jusqu’à maintenant, les seuls filles que j’avais croisées s’en moquait complètement. Je lisais assez les pensées des gens que je côtoyais pour prouver que ce que je disais était vrai. Il ne fallait pas s’étonner que je ne tombe jamais amoureux, si toutes les filles que je croisais pensaient la même chose. Je n'avais jamais rencontré quelqu'un susceptible de me plaire.
Je me retournai pour ne plus voir le groupe de filles, je détestais aussi quand on m'observait, j'avais peur qu'on découvre que je n'étais pas comme les autres, que j’étais capable de lire dans les pensées, même si honnêtement il fallait bien chercher, mais je ne savais toujours pas ce qu'il arriverait si quelqu'un était au courant, alors depuis tout petit, je gardais le secret, alors même que cela me rendait triste et distant, ou que j’étais souvent à deux doigts de lâcher prise et tout dévoiler.

Je partis en direction du hall pour m'éloigner des élèves et de leurs pensées enfantines, qu'ils laissaient paraître dans leur cerveau avant de s'en rendre compte, si dans le meilleur des cas, ils le remarquaient après.
Dans chaque niveau, des groupes d'élèves s'étaient déjà formés, comme si tout le monde avait oublié ses amis de l'année précédente en un claquement de doigts. Je trouvais ça un peu triste, mais bon, c’était leur choix et tant pis s’ils se disputaient avec les nouveaux et se retrouvaient seuls. Je m’interrompis, je ne pensais pas ce que je disais.
J'étais toujours en direction du hall, quand des pensées attirèrent mon attention.
" Tout le monde est si joyeux, si ignorant. Personne ne fait attention aux choses importantes ".
Je levai les yeux vers cette personne qui voyant que je l’observais, leva les yeux à son tour. Elle était brune aux yeux bleus.
Et pour la première fois de ma vie, aucune pensée, elle ne songeait à rien du tout. C'était comme si son cerveau avait gelé et m'empêchait de lire ses pensées. On n'aurait dit que le temps s'était arrêté, alors que ça n'avait duré qu’une fraction de seconde avant qu'elle ne détourne les yeux et continue sa route comme s'il ne s'était rien passé, comme si je n'avais jamais existé.

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 1 versions.

Vous aimez lire Aube noire ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à l'Atelier des auteurs !
Sur l'Atelier des auteurs, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscription

En rejoignant l'Atelier des auteurs, vous acceptez nos Conditions Générales d'Utilisation.

Déjà membre de l'Atelier des auteurs ? Connexion

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de l'Atelier des auteurs !
0