Sur un air de la municipale

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Comme chaque dimanche matin, les membres de la fanfare municipale se retrouvent dans la salle du conservatoire de musique pour la répétition. L'ambiance semble bonne entre les musiciens et chacun éprouve du plaisir à revoir ses voisins.

Le soleil entre par les grandes vitres à carreaux et jette ses drapés de lumière sur le plancher en longues traînées lumineuses étirant au passage les ombres du chef de musique et de ceux qui tardaient à s'assoir. Les chaises se mettent à grincer sur le sol laissant quelques rayures. Le calme finit par s'établir devant l'œil sévère du meneur de clique.

Dans une salle voisine se joue ce matin-là une autre répétition. Les majorettes du village, composées de jeunes femmes, se retrouvent dans une belle pièce au plancher luisant. D'habitude, l'endroit sert pour les cours de classique mais aussi pour la country et la danse en ligne.

Outre les grandes baies vitrées, les murs d'enceinte supportent des miroirs et des barres de travail. La cire se mélange au parfum de toutes ces femmes et un sourire fend chaque visage, signe évident de personnes heureuses de se retrouver. On partage très vite quelques nouvelles du mari et des enfants avant d'entamer l'échauffement sur des rythmes de hip-hop.

À quelques encablures de là, se déroule une tout autre affaire. La campagne pour les élections municipales bat son plein depuis le 2 mars. Seules deux listes paritaires s'affrontent pour le prochain scrutin, fixé au 15 du mois.

Imaginez un instant, avec le regard de Bernard Werber, deux fourmilières qui s'activent dans des lieux tenus presque secrets, pour lister des projets, dresser l'inventaire du passé et choisir des supports de communication. On s'écoute, on partage, on propose, joute merveilleuse et démocratique dans une France encore à l'abri des menaces de ce monde épris de violence et de conquêtes idéologiques et territoriales.

Chaque liste a recruté avec ferveur ses membres avec son chef de file, futur édile potentiel du village. Un passage obligatoire à la sous-préfecture permet de déposer les dossiers, une photo au sortir pour saisir l'instant magique avec le précieux sésame et l'on repart de plus belle.

Les élections pour ceux qui voient la chose par l'autre bout de la lorgnette, représentent beaucoup de documents à réaliser et sans doute que les imprimeurs se frottent les mains à l'idée de gonfler leur chiffre d'affaires. Les affiches, les bulletins de vote, les programmes, les comptes-rendus, les prises de notes et même l'intelligence artificielle baptisée pour l'occasion du nom de Fred, constituent, si l'on peut dire, le matériel de campagne et les munitions.

Deux petites armées vont s'affronter bientôt poussant dans la plus grande discrétion leurs avantages, en ces terres du Valois, en bordure de la forêt domaniale de Retz. L'esprit du Général Mangin sans doute plane encore sur les lieux et surveille les vallons et les plaines du haut de sa tour au bout de la Route du faîte.

Pendant ce temps, l'eau des rus dévalent en rigolant dans le village. Les oiseaux chantent dans les haies et les grands gibiers soufflent dans les forêts, encore habillés de leur parure d'hiver. Les sangliers chaque nuit poussent de leur groin les abords des chaussées et parfois croisent le Meneur de loups si cher à Alexandre Dumas. Le renard ricane, espérant voler à la pleine lune prochaine, le coq qui réveille les braves gens, à 3 heures du matin.

Les villageois sauront très bientôt qui mènera la danse auprès des habitants et cela pour six longues années, espérons-le sans épidémie, inondation ou mini-tornades. Viendront les premières réalisations, les commémorations, l'échange de végétaux, sans doute quelques promenades et peut-être un joli défilé de majorettes au son des fifres et des tambourins, des cuivres et des clarinettes.

Même durant la Première Guerre mondiale, on partait en chantant, la fleur au fusil. Mais là, dans ce temps démocratique, on se prend à espérer que les hommes finiront enfin par s'écouter et partager.

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