Un contrôle. Encore un.
J’y suis habitué désormais.
Tandis que je tendais ma carte d’identité au fonctionnaire de police, l’air blasé et résigné mais toujours poli, je m’interrogeais.
Son travail était-il si ennuyeux que lui et ses collègues devaient régulièrement nous contrôler à la recherche de stupéfiants inexistants ?
En étant parfaitement conscients, d’ailleurs, des endroits où le véritable trafic opérait.
Mais ce n’est pas le plus important.
Aujourd’hui, j’ai gagné, je crois.
Une petite victoire.
Après avoir vérifié mon identité, il entreprit de fouiller mon sac rouge à bandoulière.
Un sac Club Med. Oui.
Celui avec lequel je trouvais pertinent de déambuler dans les couloirs du lycée.
Une insolence taquine. On n’est pas sérieux quand on a dix-sept ans.
J’étais en retard. Comme toujours.
Dépenaillé. Comme souvent.
Un grand sweat gris à capuche avec un motif de skateboard.
Un pantalon bien trop large.
Et la clope au bec.
Le profil rêvé pour la BAC de notre petite ville.
Toujours est-il qu’au cours de la fouille de mon sac, tandis qu’il vérifiait minutieusement son contenu, je vis le visage de ce pauvre policier — finalement bien sympathique — se décomposer.
Il dressa soigneusement l’inventaire :
livres, trousses, stylos, crayons, stabilos, feuilles.
Puis des objets un peu moins ordinaires dans le sac d’un lycéen :
miroir, peigne, brosse à dents, dentifrice, mousse à raser, rasoir, crème hydratante.
Puis arriva le coup final.
Une madeleine en chocolat.
Je me souviens encore de ce qu’il dit, l’air circonspect, un peu penaud :
— Y a même un p’tit gâteau.
Et de ma réponse, nonchalante mais quelque peu malicieuse :
— Pour éviter de tomber en hypoglycémie.
Il me laissa partir, toujours un peu étonné.
Et moi, je riais intérieurement.
Au loin, la sonnerie du lycée retentit.
Je serai en retard.
Pour le cours de philosophie.
Je décidai d’y voir un signe
et de prendre la situation…avec philosophie.