Capsule AAA001

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Le cœur d’Étienne battait la chamade. Il pestait contre sa voiture qui n’avançait pas assez vite. Une urgence de niveau trois était mortelle pour le client, c’est pour cela qu’un médecin était également appelé. Il venait de quitter le hangar B et rouler vers le bâtiment administratif dans le soleil couchant. Les lampadaires le long de la route s’allumèrent et il aperçut au loin sa destination. Pendant tout le trajet, les questions se bousculaient dans sa tête. Pourquoi une capsule dans les bureaux ? Qui était à l’intérieur ?

Arrivé au pied de l’immeuble de cinq étages, il sauta du véhicule. Les énormes baies vitrées du bâtiment contrastaient avec les hangars en béton et acier.

Pourvu que le toubib soit déjà arrivé, je ne pourrai pas gérer ça tout seul.

Il ouvrit le coffre de la voiture. Devant les quatre valises de couleur, il n’hésita pas une seconde. Il attrapa la jaune, la valise médicale. Il pourrait administrer les premiers soins si le médecin n’etait pas encore arrivé. Valise à la main, il courut vers l’entrée du bâtiment.
Les portes automatiques s’ouvrirent sur un immense hall. La hauteur sous plafond était d’au moins dix mètres, une lumière douce était présente mais elle semblait sortir de nulle part. Trônait au milieu de la pièce un unique bureau en demi-cercle. Cela devait être le bureau d’accueil mais il était vide. S’alignaient ensuite les tourniquets à badge permettant d’accéder aux ascenseurs. À peine eut-il fait quelques pas, qu’un agent de sécurité sorti de nulle part l’interpela.

— Eh, vous. C’est une zone sécurisée. Montrez-moi votre niveau d’accréditation.

Étienne lui colla sa tablette sous le nez, exaspéré.

— Alerte de niveau trois, étage de la direction, bureau 512, dit-il.

Le visage du vigile pâlit en voyant la lumière rouge clignotante du message. Les yeux du gardien s’agrandirent et il se raidit.

— Je n’ai jamais vu ça, bredouilla-t-il. Je ne suis pas autorisé à vous laisser passer.

Étienne serra la mâchoire et remontra le message rouge clignotant.

— C’est un code de niveau trois, dit-il sèchement. Vous voulez être responsable de sa mort ?
La peur se lut sur son visage.
— C’est au dernier étage, vous aurez besoin de mon badge pour y accéder, dit-il après quelques secondes.

Il accompagna Étienne au pas de course. Ils passèrent les tourniquets et arrivèrent aux ascenseurs. Leurs pas résonnaient sur le marbre blanc de l’immense hall vide. Le vigile bipa son propre badge et l’ascenseur s’ouvrit.

— L’ascenseur vous amènera directement au dernier étage. Allez jusqu’au bout du couloir, à droite et vous serez au bureau 512.

Étienne se précipita dans l’ascenseur. Les chiffres des étages défilèrent rapidement. La transpiration lui coulait dans le cou, autant par la course que par l’urgence.

Qu’est-ce que je vais faire ? Je n’ai jamais géré ça.

Le bip d’ouverture des portes le tira de ses pensées. Deux couloirs partaient de chaque côté de l’ascenseur. Il prit celui de droite en courant. Le son de ses pas était étouffé par l’épaisse moquette rouge. Les portes en bois portant une plaque dorée défilaient de chaque côté. Arrivé au bout du couloir, il s’arrêta devant une porte en bois. Un nom était inscrit sur la plaque dorée : Docteur Howard.

Il actionna la poignée et la porte s’ouvrit. Le garde avait dû la déverrouiller à distance. Étienne entra, le cœur battant.

La pièce était baignée de lumière par les immenses baies vitrées. Devant les immenses fenêtres se trouvait un bureau enseveli sous une montagne de dossiers. Tout le mur d’en face était en fait un tableau électronique. Il était rempli de formules mathématiques, de schémas et de notes manuscrites. Les murs étaient vierges de toute décoration, rien. Même les affiches de la société étaient absentes. Le seul mobilier à part le bureau était un canapé bleu. Étienne n’avait pas le temps de s’attarder. Il continuait à chercher du regard la capsule et l’aperçu enfin au fond de la pièce.

— Là, mais c’est quoi ce bordel, jura-t-il en apercevant la capsule.

On aurait dit un prototype, bricolé avec des câbles en tout sens. Pas d’écran tactile sur le fuselage assemblé de plusieurs plaques de métal et de gros rivets. L’éclat terne du métal ainsi qu’une dizaine de vieux moniteurs tranchait avec les capsules modernes sur lesquelles il travaillait habituellement. C’était une antiquité. Des bips d’alarme sonnaient de partout.

Il reconnut certaines informations affichées sur les moniteurs.
Étienne se retourna, mais il n’y avait personne.

Ça ne sent pas bon tout ça, son rythme cardiaque s’emballe et son cerveau ne va pas tenir longtemps. Il est où ce fichu toubib.

Étienne se précipita vers la capsule et chercha le bouton d’ouverture. Il ne trouvait pas.

— Il est où ce putain de bouton, grommela-t-il.

La porte du bureau s’ouvrit à la volée. Le docteur Howard se rua sur lui.

— Qu’est-ce que vous faites là ? Poussez-vous, hurla-t-il.

Le docteur Howard attrapa deux gros poignets métalliques de part et d’autre de la capsule et les tira vers le bas. La partie supérieure se débloqua dans un grincement et coulissa. Le corps d’une femme d’une quarantaine d’années était sanglé à l’intérieur. Elle était en piteux état : ses membres étaient atrophiés, sa peau d’une blancheur presque transparente, tous ses os apparents, une odeur âcre de transpiration en émanait.

Le médecin ouvrit sa sacoche et en sortit une seringue sans code-barres ni inscription. Il administra toute la dose de ce liquide orange à la femme.
— Mais qu’est-ce que vous avez fait ? commença Étienne. Qu’est-ce que vous lui avez donné ? Ce n’est dans aucun protocole.

D’un geste sec, il arracha ensuite les électrodes de ses tempes.

— Qu’est-ce que vous faites ! s’écria Étienne. Vous allez la tuer !

— Foutez-moi la paix, le coupa le docteur Howard en repoussant Étienne, vous n’avez rien à faire ici !

Le médecin desserra les sangles, prit dans ses bras le corps frêle de la femme et la porta doucement jusqu’au canapé. Elle ne semblait pas peser plus lourd qu’un enfant. Il repoussa tendrement une mèche de ses cheveux collée par la transpiration.

— Maintenant sortez, dit sèchement le docteur Howard. Oubliez ce que vous avez vu, ajouta-t-il sans se retourner sur un ton glacial.
Étienne restait figé devant le corps frêle allongé sur le canapé. Il s’avança d’un pas dans sa direction pour vérifier si elle était morte.

— Dégagez si vous ne voulez pas vous faire virer, hurla le médecin.

Étienne ramassa sa valise et sortit sans un mot. Dans le couloir, il luttait contre la nausée. Il n’arrivait pas à chasser l’image du corps atrophié de la femme.

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