Convocation

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Étienne n’écoutait que d’une oreille la musique de son autoradio. Il avait mal au crâne et de grandes cernes. La nuit avait été courte, à peine quatre heures. Malgré l’astreinte de la veille, il devait commencer son service à huit heures. La circulation était assez fluide, c’était déjà ça.
La scène surréaliste de la nuit dernière tournait en boucle dans sa tête. Il était déjà crevé avant de commencer sa journée de travail.

Comme chaque jour, il se gara à la même place du parking Nord du complexe WonderfullDream. Ce n’était pas le parking le plus proche, mais il était toujours pratiquement vide et il n’avait pas à chercher une place.
Le soleil se levait à peine et la lumière des lampadaires n’arrangeait en rien sa migraine. Il remonta son col de manteau car le vent d’automne était plutôt frais. À l’entrée du hangar B, il badgea et emprunta le couloir d’un pas trainant.

Après m’être équipé, je fonce direct boire un café, sinon je ne tiendrai pas la journée.

Il poussa la porte du vestiaire. Il y avait déjà une dizaine de personnes. Il remonta jusqu’à la troisième rangée de casiers et s’arrêta devant le sien. Personne de son équipe, au moins on lui foutrait la paix.
Il décrocha sa blouse, sa sacoche et enfin sa tablette, comme chaque jour.
À peine allumée, sa tablette bipa et un message s’afficha :

« Convocation immédiate au bureau du responsable du secteur B ».

Étienne se massa les tempes d’un geste lent.
— Qu’est-ce qu’il me veut encore, Tom ? Je voulais juste un café et une journée tranquille, râla-t-il.

Le bureau de son chef n’était qu’à une vingtaine de mètres du vestiaire et il savait qu’il avait reçu la notification de lecture du message.
Pas pour tout de suite le café. J’espère qu’il ne va pas me saouler.

Étienne entra dans le bureau et s’assit en face de Tom qui avait les yeux rivés sur son écran d’ordinateur. Sans lever la tête, il lui demanda :

— Qu’est-ce que tu as foutu hier soir ?

Étienne fronça les sourcils.

— Je n’ai rien fait. Pourquoi cette question, répondit-il.

Tom releva la tête, fixa Étienne en silence un long moment et reprit.

— Pourquoi ? Ne me prends pas pour un con, Étienne.

Tom joignit ses mains sans cesser de le fixer.

— Tu es débarqué de l’équipe et pas plus tard que maintenant.

Étienne resta la bouche ouverte et encaissa le coup.

— QUOI ? Tu me vires, hurla Étienne.

Tom tapa du poing sur le bureau.

— Ne crie pas dans mon bureau, vociféra Tom.

On voyait les veines de ses tempes pulser.

— Qui te parle de te virer. Superviseur.

Tout cela allait trop vite pour Étienne, il ne comprenait rien. Il avait les mains moites et sa vue se brouillait, à cause de sa migraine.

— Quoi, superviseur ? demanda Étienne

— Promotion, venue directement du comité de direction. Tu m’expliques ?

Étienne se figea. Il repensa à la menace du docteur Howard la veille. Il ne pouvait rien dire. Quand l’un des fondateurs vous « conseille de tout oublier », vous n’avez pas le choix, vous la fermez.

Devant son mutisme, Tom reprit :

— Superviseur du premier bloc des capsules à vie.

Étienne comprenait tout. Le docteur Howard venait de l’acheter. Son mal de crâne empirait et Tom n’était pas près de le lâcher.

Le visage de Tom devenait écarlate.

— Tu n’as fait aucune intervention hier soir et les big boss te nomment superviseur, comme ça, dit-il en claquant des doigts.

Étienne ne pouvait rien lui répondre.

— Ça me fait chier tout ça. Ce n’est pas net. En plus, ils vont me refiler un nouveau qui ne saura rien faire, dit Tom en haussant le ton. Toi, tu faisais toujours la gueule, tu étais toujours en dehors de l’équipe mais tu connaissais ton taf.

Tom regarda une dernière fois Étienne et comprit qu’il n’aurait pas de réponse.

— Allez, dégage de mon bureau, va ranger tes affaires et file au bâtiment administratif. Ils t’attendent pour te briefer.

Étienne se leva comme un robot et sortit du bureau.

— Ferme cette putain de porte, hurla Tom.

Étienne ne réagissait pas, il restait planté au milieu du couloir. C’était un maelström dans sa tête. Après un moment qui lui paru une éternité, il se dirigea vers le vestiaire pour accrocher ses affaires. Une seule image lui venait en tête : le corps décharné de la femme dans la capsule du docteur Howard.

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