Une plage… Un été…

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Je lève les yeux et observe la mer. Son ballotage incessant me donne mal au cœur. Je tourne la tête et son visage me rassure. Il lève les yeux vers moi, un sourire plein de promesses aux lèvres. Il est si beau. Je ferme les yeux, me penche et dépose un baiser amer sur sa bouche délicate. Sa chaleur me transporte aussitôt dans notre petite maison de la rue Hartford à San Francisco. Je suis allongé sur le lit, lui sur moi. Il m'observe, songeur, sa main se promène sur mon torse. La douce lumière d'un matin d'été inonde la pièce. Je suis heureux.

— Je peux te poser une question ?

Je hausse les sourcils et acquiesce.

— Est-ce que tu penses qu'ils ont raison ?

— De qui parles-tu ?

Il hésite, son regard change.

— Tu sais… quand ils disent que nous ne sommes pas… normaux…

Mon cœur se serre.

— C'est la haine qu'ils éprouvent à notre égard qui n'est pas normal. Nous sommes deux âmes, pures, simples. Notre seul crime et d'être amoureux l'un de l'autre.

— Mais s'ils disaient vrai ? Si au jour de notre trépas, nous nous retrouvions en enfer ?

— Il n'y a pas d'enfer pour les gens qui s'aiment. L'amour est un sentiment si pur, que Dieu lui-même ne peut aller à son encontre.

— J'aimerais tellement avoir tes convictions…

Une larme perle à ses magnifiques yeux et s'écrasent sur mon torse, alourdissant brusquement mon cœur.

— Je n'ai pas de convictions. La seule chose dont je suis certain, c'est la ferveur des sentiments que j'ai pour toi.

Il sourit, timidement, une pointe de fierté dans ses pupilles brillantes. Je dépose un baiser sur son front. Soupire.

— Tu penses qu'il y a un après ?

— Je n'en sais rien… peut-être.

Il se redresse, plonge son regard dans le mien.

— Promets-moi de venir m'y chercher ! Le paradis, l'enfer… peu importe ! Ne m'abandonne pas…

Son ton s'affole, ses yeux se remplissent à nouveau de larmes.

— Je t'en fais la promesse solennelle. Si la vie n'est pas parvenue à nous séparer, la mort n'y pourra rien non plus.

Il s'écroule sur mes lèvres. Je l'enlace, le serre de toutes mes forces. Il est mon humanité à lui tout seul, mon monde. L'infinie de mes émotions, la conclusion de mon histoire. Je l'aime de tout mon cœur, de toute mon âme. Chaque fibre de mon être ne se meut que grâce à lui, à sa présence. Je suis si heureux de l'avoir trouvé et si triste en même temps.

Une violente houle me ramène à la réalité. Je lève les yeux et aperçois la plage. Sa main se serre sur la mienne. L'embarcation s'immobilise brusquement. La rampe tombe et nous nous élançons. Autour de nous, les balles fusent, nos camarades tombent déjà.

Il me jette un ultime regard, lourd de sens.

— Souviens-toi pourquoi nous faisons ça. Notre sacrifice ne sera pas vain.

— Tu crois que lorsque tout sera fini, nous pourrons visiter cette "Normandie" ? Cette France pour laquelle nous nous battons ?

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