L'INJECTION

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 Lundi à neuf heures Gabriel était déjà devant la porte. Sur le trajet, il avait pensé à cette émission qu’il avait regardé samedi soir sur le festival Burning Man aux États-Unis. C’était tout ce dont il avait peur, le jugement dans les yeux d’autrui, mais qui était absent de cette manifestation. Il s’était promis d’y aller avec l’argent de cet essai pour savourer son nouveau corps.

 Après les formalités d’entrée, il retrouva Rachel qui le conduisit en salle d’examen. Après une batterie de prélèvements et d’examens, il reçu l’injection salvatrice, non sans une certaines appréhension face aux cinq aiguilles de la quintuple seringue. Ce fût très douloureux, et il avait demander pourquoi un tel engin de torture. On lui avait répondu que la fameuse protéine ne pouvait se synthétiser que dans son corps.

 La première chose que Gabriel avait fait en rentrant, c’était de se regarder dans sa glace, pour voir si quelque chose avait. Il n’y avait rien de nouveau, mais l’espoir était là, à tel point qu’il se mit à parler à sa brindille, lui contant combien elle serait belle ! Il avait réalisé ensuite le ridicule de la situation.

 Le lendemain matin, rien de nouveau, il se rendit donc au labo pour ses examens quotidiens. Il savait que Rome ne s’était pas faite en un jour, mais… C’est l’après-midi en sortant de son dernier partiel qu’il ressentit quelque chose au niveau de sa tête. C’était une sensation surprenante, comme si son crâne était fait d’argile et qu’un sculpteur la façonnait avec une spatule faite de fourmis.

 Le trajet lui parût bien long, mais il ne voulait pas attirer l’attention. Il avait déjà eu des fourmis dans les jambes, mais dans les os ? Il téléphona au labo qui lui dit de prendre les antidouleur fournis par leurs soins. Effectivement, cela s’apaisa, mais quand il se regardait dans la glace, il avait le sentiment que quelque chose avait changé, sans pouvoir mettre le doigt dessus. Fatigué, il était allé se coucher.

 Le lendemain, les fourmis avaient disparu, et dans la glace, il lui semblait que son visage s’était adoucie. C’était lui, mais presque lui. Sur le trajet, il s’était promis, en rentrant, de se prendre en photo à poil toutes les heures face à la psychose qui guettait, comme il le faisait au labo. Sur place, c’était comme hier, prélèvements et examens.

 Les jours suivant furent à l’identique, sauf pour les attaques de fourmis qui avaient maintenant lieu dans tout son corps et qu’il combattait par des séries de cachets. Ce qu’il ne comprenait pas, et qui n’alarmait pas le labo, c’était les modifications de son corps. Sur son visage, les arcades sourcilières étaient moins proéminentes, ses pommettes un peu plus saillantes, sa mâchoire plus arrondie.

 Son corps lui, s’affinait, ses hanches semblait s’élargir et sa taille s’affinait. Il avait du mal à trouver son équilibre, comme si le point d’équilibre de son corps changeait. Sa poitrine elle, était devenue sensible et douloureuse. Sa peau s’était éclaircie, tout comme ses cheveux. C’est le dimanche matin qu’il s’affola littéralement, de sa brindille, il ne restait qu’une rosse tête d’allumette et un sillon se creusait vers l’aine.

 C’est hystérique qu’il arriva au labo, à ce point qu’ils durent lui administrer un calmant. A son retour des bras de Morphée, les médecins lui avouèrent l’inéluctable, la protéine l’emmenait vers le sexe opposé, et ils ne pouvaient rien y faire. Gabriel avait alors essayer d’attenter à la vie avec un scalpel trouvé dans un tiroir. Il n’avait pas même eu le temps s’en servir qu’il s’était retrouvé à terre, ceinturé par un agent de la sécurité, puis aussitôt ficelé à un lit.

 Il navigua entre deux eaux pendant un temps indéterminé. Son esprit fonctionnait, mais son corps ne répondait plus. Tout ce qu’il pouvait regarder, c’était sa poitrine qui enflait, sans que personne ne puisse rien y faire. Ce sont ces derniers mots qui firent tilt dans sa tête, il allait devoir accepter de vivre avec ce corps. Les médecins avaient dû baisser la dose de calmant car il reprenait possession de son corps.

 S’en suivi beaucoup d’échanges avec les chercheurs, mais aussi avec une psychologue. On lui expliqua qu’elle faisait parti du un pourcent où la protéine engendrait des effets dits « indésirables ». Chez Gabriel, c’était une reconstruction totale de son corps. Ils supposaient que la protéine, fasse à l’infertilité dont il était affligé, avait recomposé son génome car sur les résultats des derniers examens, tout chez elle était fonctionnel.

 Dans les semaines qui suivirent, Gabriel appris à devenir Gabrielle, acceptant ce corps qu’il voyait beau. Elle, puisqu’il s’y habituait, se dit un jour, en se regardant, que l’homme qu’elle avait été aurait adoré la baiser.

 GenX devait avoir le bras long, car trois mois plus tard elle ressortait du labo de nouveau papiers d’identité et un poste de professeur de français près de l’océan Atlantique, dans le sud-ouest à compter de la rentrée de septembre 2023. Elle était maintenant diplômée. Sa compensation était passée de trois zéros à six, et sa famille était heureuse de la voir revenir souriante.

 Il y avait certes beaucoup à s’habituer, sa mère et sa sœur étaient bien présentes dans sa nouvelle vie, la psy aussi. Le plus important était de pouvoir vivre une vie normale, l’effet indésirable l’ayant rendue désirable.

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