J.E.R.E.M.I.A.H

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Lundi 26 mai

15h00

Plus j’y pense et plus je me dis que j’aurais du demander le nom de cette Gaby aux Mexicain.

Je ne sais rien d’elle mais avec son nom j’aurais pu étendre mes recherches et avec un peu de chance, si elle quitte un instant Pached et descend plus bas, pu avoir l’espoir de la croiser.

Je n’ai pas même pas penser à demander son numéro de cabine à elle.

Elle est peut être plus proche de la mienne et je ne le sais pas.

17h30

Je me tiens encore devant mon miroir, dans l’étroitesse de ma cabine, mon regard s'attarde, sans réelle intention, sur l’ombre flétrie que je suis devenu.

Mon corps n’est plus qu’un souvenir, réduit à la peau fine de ma dépouille.

J’ai faim.

La portion journalière ne me suffit pas et bientôt si je ne retrouve pas de travaille elle me sera interdite.

La faim… Elle est devenue une compagne fidèle. Elle me hante. Elle ne me quitte jamais, pas une seconde. Elle rampe dans mon ventre, me creuse de l’intérieur, me rappelle à chaque instant que je ne suis plus qu’un corps en sursis.

Oui, je le sens.

Si je ne trouve pas rapidement un travail, la mort viendra doucement me prendre.

19h05

Il n’y a rien à faire ici. Rien pour s’occuper l’esprit.

Je me suis lever tout à l’heure et j’ai regarder dans le mur, là où Jack et moi cachions notre argent.

J’espérais y trouver quelques pièces, même une, histoire de pouvoir me rendre à la Fourmilière pour y acheter de quoi manger, mais comme je m’y attendais, le trou est vide.

20h35

Kai pourrais peut être m’aider pour cette histoire de Gaby si je lui demandais.

Il a accès à bien plus de niveau que moi après tout… .

Peut être pourrais t’il se rendre à l’endroit que ma indiquer le Mexicain et que la haut en jouant de son charme, il parviendrait à séduire suffisamment Gaby pour la distraire et pénétrer dans la cabine pour voir Pached un instant?

Hmm enfin… je ne sais même pas quel âge a cette Gaby.

J’aurais définitivement dû en demander plus à ce Mexicain.

En y réfléchissant, je pourrais retourner dans la salle des travailleurs pour le retrouver et lui poser mes questions. Mais je me souviens alors du regard de Kai ce matin quand je n’ai pas pris sa défense… je doute qu’il accepte de m’aider.

Kai est l’homme le plus rancunier que je ne connaisse.

Et puis merde. De toute manière c’est mon affaire, je n’ai pas envie de demander de l’aide aux autres après tout ce qu’ils on fais pour moi.

22h56

Je suis là, allongé sur mon piteux matelas a écouté le son des vagues ce brisant contre la coque du navire.

J'essaie tant bien que mal de m'endormir sous la mélodie apaisante de la mer bercée par le mouvement du bateau. Mais rien n'y fait, je ne trouve pas le sommeil car j’ai trop faim.

Alors je me concentre sur les bruits qui m'entoure et j'entends ma voisine de cabine, la vielle Ginger tousser a s'en arracher les poumons, le cliquetis incessant des clés du gardien rodant dans les couloirs et l'égouttement rythmé de mon évier qu'il faudrait réparer.

Je compte les intervalles entre les toux, les pas de Niwell et les gouttes mais rien n'y fais, le sommeil ne veux pas de moi.

Alors je ferme les yeux et imagine ce qu'aurais pu être ma vie sur ce sol vert que je rêve de fouler un jour.

Si je me concentre assez bien, je peux ressentir sa douceur sous mes pieds, la brise du vent venir caresser ma nuque et la sensation agréable de mes membres se détendre sous la chaleur du soleil.

J'imagine un ciel d'été sous un champs de fleur où j'entendrais les oiseaux chanter ma liberté. Je rêve que quelques choses se passe, n'importe quoi, quelque chose qui pourrais me sortir de moi.

Mon tendre petit univers. On prétend que si l'on te demande une chose assez forte alors tu es emplein à la réaliser. Mais vois-tu, moi je suis coincé entre ces quatre minuscules mur enfermer sur un géant perdu sur la mer et je me demande si tu sais que nous sommes ici ces milliers de passagers et moi ?

C'est vrai que tu ne dois pas souvent nous entendre. Pardonne-nous ici on ne prie pas beaucoup on a perdu l'espoir il y à bien longtemps je dirais même que l'on est devenus incapable de croire en quelque choses.

Je joins les mains et me mets à genoux sur mon matelas. Je n’ai aucun souvenir d’avoir déjà prié. Je crois que c’est la première fois. Mais j’ai déjà vu un homme qui allais être abattu par un maton le faire.

Il avais l’air d’y croire… avant de se prendre un coup de machette dans la gorge.

Conscient de mon état je me sens à la fois ridicule et pitoyable. Mais je pense à Jack. Il est tout ce qui me reste, il est la seul chose qui me donne espoir dans ce désordre.

Petit univers je choisis ce soir d'y croire pour eux. Pour tout les habitant du Cyanea. Mais aussi pour Jack, pour moi… que ma demande te parvienne ! Qu'elle longe les couloirs sombres et les alcôves du navires, défonce les tôles d'acier qui nous sépares du monde et une fois à l'extérieur, une fois libre que ma prière ne s'arrête pas là et qu'elle traverse la mer déchainée, gravisse les montagnes, les désert et les champs.

Pitié, sauve nous.

03h10

Je ne sais pas si je dors ou si je veille encore. Les heures se défont dans ma tête. À un moment, peut-être vers trois heures du matin, une pensée s’impose à moi avec une netteté étrange.

Tout est faux

Les rêves, l’amour, l’attachement

Toutes ces choses ne sont réelles qu’une fraction de seconde dans la réalité de nos vies

Un jour les sentiments que l’on croit essentiel à ce qui nous entoure disparaissent car la mort vient les saisir malgré nos cris et nos pleurent.

Ces sentiments que nous pensons au dessus du monde, ces gens que nous élevons au dessus de nous, ces rêves que nous chérissons plus que nos ombres se retrouvent coincé, prisonnier de l’inconnu et c'est à ce moment que nous comprenons qu’en réalité, nous ne contrôlons rien.

La voix de Jack me parvient comme un mirage.

Ses mots me reviennent, nets, comme s’il me les murmuraient à mon oreille. C’était un soir, il y a des années, lorsque nous n’étions encore que des gosses et que notre mère venait de mourir.

Je revois les gardes emporter son corps, la traîner sur le sol sans la moindre douceur. Réduites a un poids mort dont il fallait se débarrasser.

Moi, j’étais en larmes.

Jack, lui, se tenait à côté de moi, glacial, immobile, le visage dur comme la pierre:

¨

C'est vrai que les rêve ne sont pas tous fait pour être réalisé

C'est vrai que l’amour que tu porte à tes amis et à ta familles, ne les sauveront pas.

C'est vrai que malgré toutes tes bonnes conduites, la vie ne te les rendras pas toujours

C'est vrai que rien n'est juste jeremiah

C'est vrai qu'en fin de compte tu ne gagneras jamais rien car tu ne garderas jamais rien.

En réalité dans ta vie tout sera toujours faux

Famille, amour, rêve, travail, argent

Mais bats toit sans cesse tu m’entends ?

Bats toi quand tu as peur, bats toi quand tu es triste, bats toi quand tu as mal

Car dorénavant tu sais, que ce n’est pas de ta faute mon frère.

Ni celle d'un Dieu qui punis

Ni même de la vie

Ce qui est fait est fait

Ce qui est construit est construit

Et ce qui sera, sera.

Sois comme le vent qui souffle et embrasse ta peau

Caresse le monde

Parfois remue le

Et lorsque viendra la sécheresse

Retourne d'où tu viens sans faire de bruit

Mais tant que tu es là, que tu respire, bats toi.

Car c’est le fardeau qui nous incombe en tant qu’homme.

Pleure ce soir Jeremiah.

Mais demain, bats toi.

¨

Mes yeux se ferment sur les paroles de Jack.

J’ai décidé que demain, je monterais les 65 niveaux.

Quoi qu’il m’en coûte.

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