Chapitre 27 - Sans trace (FINAL)
Aux aurores, nous suivons l’opération depuis le camion de la BAC. Je dois battre le record d’apnée. L’appartement de Sami est bien vide, il est d’ailleurs nettoyé comme s’il savait. Il se tenait sûrement prêt à filer depuis des jours.
Il reste une seconde intervention à planifier. Je prétexte une source anonyme, Abdel n’a pas le temps de creuser. Chris et Fatou sont sur le pont. Il faut agir, et vite. C’est encore la BAC qui s’y colle, nous sommes en renfort.
Tout était vrai. Au millimètre. Je reconnais bien là Sami et sa précision. Il n’y a pas de coups de feu, pas de cris. Nacer ne se débat pas.
À visage découvert, je vais à sa rencontre. Quand nos regards se croisent, je vois tout de suite qu’il a compris.
Il sait que quelqu’un l’a balancé.
Et il sait qui.
Arrêter Belkacem sonne comme la fin du règne du Maure : sa pièce maîtresse est tombée. La seconde s’est évaporée. Du champagne tiède coule dans nos gobelets en plastique, personne n’avait pensé à en mettre au frigidaire. C’est presque trop beau. Mais moi, j’ai tout perdu.
Légèrement ivre, je rentre chez moi. La solitude m’y attend, un portable extrêmement silencieux également. J’essaie d’appeler Sami mais ça ne sonne pas, il avait prévenu. Nous sommes définitivement coupés l’un de l’autre, désormais. Je trouve le courage de jeter ses dernières affaires : son thé, son pull, son tapis de prière. Les croquettes de Barbie. Il n'y a plus de trace de lui, ici.
Il est toujours recherché, mais comme d’habitude dans ces quartiers : personne n’a rien vu, personne ne sait. Les rumeurs vont bon train : il aurait quitté le pays, aurait pris une nouvelle identité. Tout cela est impossible à vérifier. Je n’insiste pas. Si Sami veut me revoir, moi je n’ai pas bougé.
Je ne peux pas m’empêcher de l’imaginer. Forcément, près de la mer. Il n’a pas pu s’en éloigner, elle est ancrée en lui. Je l’observe parfois, le soir, en me demandant s’il la contemple aussi. Cette mer, qui a été témoin à de nombreuses reprises de notre amour, est-elle toujours notre lien ?
Je ne sais pas si notre histoire est terminée, si nous avons une chance qu’elle recommence. Elle est suspendue. Au bord du vide. Et nous sommes deux funambules incapables de nous retrouver dans ce brouillard épais.

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