Chapitre 1

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Evren venait à peine de s’endormir lorsqu’une main la secoua. Elle ouvrit les yeux en grognant, et reconnut sa sœur. Tout en se demandant l’heure qu’il était, elle repoussa les couvertures, et glissa ses jambes hors du lit.

Assise sur le rebord du matelas, Evren écoutait distraitement Dunya lui asséner des consignes en pagailles.

« Surtout ne pas oublier de … des affaires chaudes, pas trop de... », « Maman attends en bas, elle pense que … » 

— Evi, tu m’écoutes ?

Evren aperçut la nuit sombre derrière la vitre, il était très tôt. Elle comprit que les choses allaient mal. Ses sens s’activèrent soudain tous à la fois, ses yeux s’ouvrirent en grand, et elle croisa le regard de sa sœur. Celle-ci n’essaya même pas d’être rassurante.

— Evi, il faut partir.

La fillette sentit une boule se former dans son estomac. Comment ça ? Partir ? Ses pensées, d’ordinaire jamais d’accord, s’opposèrent en bloc à l’idée.

— Où ? quand ? non, Dunya, non, refusa-t-elle en secouant la tête, je veux rester !

— Il le faut. Allez.

En clignant des yeux, Evren cherchait un moyen de ne pas obéir. Elle se leva brusquement, et, sans prendre la peine d’enfiler ses chaussons, traversa la chambre qu’elle partageait avec son aînée. Elle ouvrit la porte et s’engouffra dans le couloir plongé de ténèbres. Sans attendre que ses yeux s’habituent, elle contourna le coffre à vêtements, longea le mur jusqu’à l’escalier, fouilla le vide du bout des doigts jusqu’à découvrir et agripper la rambarde qui la mènerait en bas, où sa mère et son oncle pourraient l’aider.

Une fois passée l’épingle, il restait cinq marches que, prudemment, Evren descendit. Une fois en bas, elle saisit le lourd rideau qui lui barrait la route, et d’un geste milles fois répété, le fit glisser sur sa tringle.

Elle s’arrêta nette, lorsque, s’attendant à trouver le salon vide, elle découvrit une dizaine d’adultes qui s’activaient comme des fourmis, certains au moins autant désorientés qu’elle, tournant sur eux-même à la recherche d’une direction à prendre, pour enfin, avec l’air de se souvenir, virevolter et partir en vitesse d’un côté ou d’un autre.

— Evren, ma petite, es-tu prête ?

C’était son oncle Ardim, le frère de sa mère, le seul homme qui avait une quelconque autorité sur elle dans la famille. Elle avait d’abord imaginé qu’il pourrait l’aider, qu’il lui dirait de retourner se coucher, que tout allait bien… mais à la vue des serviteurs qui emballaient les reliques, enroulaient les étoffes, préparaient les vivres et empilaient les uns sur les autres des coffres de toutes tailles, elle comprit qu’elle n’avait aucun recours. Avec une impuissance non feinte, elle chercha une explication dans les yeux de son oncle.

— Yaya — elle l’appelait Yaya — où va-t-on ? Que se passe-t-il ? Où est maman ?

Il s’accroupit, et posa ses bras puissants sur les épaules de la fillette.

— Anne est dehors, elle prépare les chevaux. Nous allons au temple, Evi. On t’expliquera en route.

Evren ne se satisfit pas de ces réponses évasives. Pour chacune d’elle, elle avait cent autres questions. Elle ouvrit la bouche pour les articuler, mais à la place, rien ne sortit. Son oncle sourit, lui mit une tape sur les fesses, et lui dicta d’aller s’habiller en vitesse.

Comme une automate, Evren remit la main sur la rambarde, et prit l’escalier en sens inverse. À mi-chemin elle sentit la main de sa sœur se glisser dans la sienne, et l’emmener vers la chambre.

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