Samedi 27 juillet / 2

6 minutes de lecture

Charlotte

Nous sommes en route pour aller chercher Tiphaine et ses frères lorsque Manu lance un regard dans le rétro. Je me tourne pour répondre à une sollicitation de Maxime, concernant un double nœud à son sac de plage.

— J'espère que les tensions seront moins fortes que lors de la dernière soirée, me confie Manu discrètement.

— Et que les vacances se sont bien passées, ajouté-je.

— Ils se sont remis ensemble, nous surprend Marion.

— Pardon ? Mais... de quoi tu parles, demande son père en tournant brusquement la tête.

— Tiphaine me l'a dit. Elle en a pleuré toute la nuit avant les vacances. Je sais qu'elle les a épiés et le dernier jour... ils ont... enfin tu vois quoi. Et même ce matin, elle voulait les réveiller et ils étaient dans les bras l'un de l'autre.

— C'est génial ça ! m'exclamé-je. Tu ne trouves pas mon amour ?

— Si, j'ai juste un peu de peine à y croire.

— C'est quoi qui est génial ? demande Maxime.

— Rien ! réplique sa sœur avant qu'on trouve une excuse.

Si les choses se sont tassées, c'est en effet inutile d'en parler aux plus jeunes. J'attarde mon regard sur le visage rayonnant de ma fille, puis sur celui de mon mari qui semble nettement moins enjoué. Pensait-il avoir plus de chance de séduire Julie sans Tim dans les parages ? Sans doute.

À 13h05, nous nous garons devant la maison des Chablot. Il me semble que cela fait une éternité que je ne suis pas venue dans ce quartier. Et pourtant cela ne fait que trois semaines. Tim nous ouvre la porte en nous saluant chaleureusement, alors que Tiphaine et Marion tombent dans les bras l'une de l'autre.

— Oh... vous êtes déjà là ! Quel plaisir de vous revoir, nous accueille Julie.

— Déjà... déjà ! On a cinq minutes de retard quand même ! critique Marion, alors que Tiphaine l'entraîne près des escaliers pour l'emmener dans sa chambre.

— Eh, les filles. La plage c'est de l'autre côté, plaisante Tim.

Elles se retournent à peine, s'écriant qu'elles reviennent, mais que forcément Tiphaine a oublié un truc méga important. Je ris. Julie par contre semble à bout. Elle paraît chercher par quel bout commencer. C'est vrai que son salon ne ressemble plus à rien. Des vêtements partout, une caisse à outil au milieu du chemin, des jouets éparpillés. Elle réfléchit à chaque geste.

— Bon alors Tim ? Tu nous accompagnes ?

— Madame m'a fait une proposition que je ne peux pas refuser. Oui, il faut juste que je finisse de préparer...

— Le sac de plage est sur la table, n'oublie pas la crème solaire, elle doit être sur le bar et les casquettes à l'entrée.

— Tu ne viens pas avec nous ? dis-je déçue, imitant le ton larmoyant de ma fille.

— Tu as vu l'état de la maison ? En plus je n'ai plus rien pour nourrir mes monstres.

— Tu nous rejoins plus tard ? demande Manu.

— Oui, dès que j'ai fini ici. Mais nous ne resterons pas longtemps !

— Non, nous non plus.

— Oh ! On ne peut pas s'inviter pour manger ? minaude Tiphaine sur le pas de porte.

— Non, mademoiselle la gourmande, on ne peut pas toujours finir la soirée ensemble. Je te rappelle que demain matin, vous allez chez mamie et papi et que, tente de dire Julie.

— Vous êtes crevés, oui, on a compris.

— Ça roupille tout le trajet et ça critique après ! marmonne Tim. Comment se porte la boîte Manu ?

— Ils ont survécu sans toi, mais j'ai légèrement fait des heures supplémentaires. Je pourrais presque rallonger mes vacances !

— Oh ça serait bien ça ! minaudé-je. En tous cas, nous on est très content de vous revoir. Même si c'est pour quelques heures seulement.

Sur la plage, une fois les enfants dans l'eau, je me permets de sonder Tim, le scrutant derrière mes lunettes de soleil.

— Alors ces vacances ? Ça vous a fait du bien ?

— Ouais, ça a resserré les liens. En plus, il a fait un temps magnifique. Vous avez vu, on est tout bronzé !

— Et... c'était quoi la proposition pour que tu ne puisses pas refuser de venir avec nous ? Tu as évité les courses ?

— Oui et un truc plus intime.

— Ah ouais, effectivement. Ça ne se refuse pas ! dis-je alors que Manu se renfrogne.

Est-ce parce que j'ai osé poser la question ou parce que Julie semble de moins en moins accessible ? Tiphaine a raison ! Ils se sont vraiment rapprochés. Au moins, on pourra retrouver nos habitudes, des dimanches au bord de l'eau, peut-être même un petit week-end en montagne, des apéros improvisés et pas seulement chez eux... Je souris à cette perspective.

Julie

Je suis contente. J'ai réussi à remettre de l'ordre dans la maison, la dernière lessive tourne et j'ai rempli le réfrigérateur et le congélateur à raz-bord. On peut inviter le quartier, personne ne manquera de rien. J'emballe une bouteille de vin, une poche à glace et quatre verres à pied, sans oublier deux litres de soda et des gobelets pour les enfants. J'ajoute des chips mexicaines avec deux sauces différentes, des cacahuètes, des flutes au beurre et un cake au chocolat.

Quand j'arrive sur la plage, je remarque les hommes torse nu au milieu du terrain de Beach-volley, tournant la tête de tous côtés pour surtout ne manquer aucun petit déhanché féminin entre deux balles à rattraper. Ce qui fait enrager Tiphaine et Marion qui aimeraient bien avoir l'attention de leur père au moins trois minutes. Je m'approche de Charlotte et la surprends en m'installant près d'elle.

— Pioufff... j'y suis arrivée. J'ai bien cru que je ne trouverai jamais de place de parc.

— Tu m'étonnes, la plage est bondée aujourd'hui. Et regarde-les faire les beaux, nos hommes !

Nos hommes... nos hommes ! C'est ton homme et mon ex ! Ne l'oublie pas, Charlotte ! Mais comme les garçons sont près de nous, je ne rectifie pas. Ce soir, une discussion s'impose. Je déballe mon attirail et Charlotte me regarde ébahie.

— Tu as eu le temps de faire tout ça ?

— Tu sais, c'est très pratique, il existe des endroits ça s'appelle des supermarchés. Ils te vendent tout ça déjà tout prêt. Non, Charlotte, je n'ai rien fait maison aujourd'hui, dis-je en pouffant. C'est industriel, je suis encore en vacances, du moins j'aimerais prolonger un peu.

— Tu te moques toi... et j'aime bien ça ! me dit-elle en me bousculant légèrement.

— Vous avez de la place dans la glacière, le vin va se réchauffer sinon et les sodas aussi.

— Oui, elle est quasi vide. Affamé était bien le bon terme concernant tes enfants et je ne parle pas que des petits !

— Je vais plonger, tu m'accompagnes ?

— Non, j'en viens et même si je sais que c'est peine perdue, j'aimerais prendre quelques couleurs avant de partir.

Je retire ma robe et exhibe mon nouveau maillot qui met en valeur mes fesses bien remodelées. J'ai recommencé le sport pendant les vacances, jogging chaque matin, pendant que monsieur ronflait à réveiller tout le camping. Puis de l'aquagym avec Tiphaine qui m'a accompagné juste pour les beaux yeux du maître-nageur et finalement une heure de Zumba à l'apéro. Je me sens en super forme et jolie. Quand je passe près des hommes, je devine leurs regards. Il me semble même que Manu ne m'a pas vraiment reconnu. J'ai laissé mes cheveux libres derrière mon dos et le soleil couchant doit l'aveugler.

Après quelques minutes à nager, me vidant la tête et me plongeant dans une sorte de méditation, je sors de l'eau, attrapant mes cheveux pour en retirer l'eau, je rejoins mes proches et nos amis, tous assis près de Charlotte. Même derrière ses lunettes foncées, je sens que Manu m'observe. Il respire profondément, son torse se gonfle et ses épaules accompagnent le rythme de son souffle. Je ne dirais pas qu'il est plus beau que dans mes souvenirs, mais le bronzage lui va bien et même s'il a les traits tirés, c'est un sacré bel homme.

Est-ce sa retenue qui m'attire ? Ou ma nouvelle motivation pour une vie différente ? Pourtant, rien n'a vraiment changé. Il reste le mari de Charlotte et le collègue de mon ex. Théoriquement tout s'oppose à ce que l'on se rapproche, mais je ne peux ignorer les signes. Mon regard sans cesse attiré par son ombre, mon nez cherchant son odeur, mon sourire appelant le sien, sans parler de ses mains que j'aimerais encore une fois sentir sur moi ou sa bouche, ses lèvres...

Je respire à mon tour profondément.

Et finalement pourquoi pas ?

Non, pas Manu, mais un homme dans son genre, sans promesse de relation. Je refuse qu'un mec envahisse mon quotidien, mais par contre un ami qui me câlinerait, je ne dirais pas non.

Je secoue mes cheveux et entoure mon corps d'une serviette de plage, avant de m'agenouiller entre Tim et Maxime. Je pose une main sur l'épaule de mon ex pour ne pas tomber trop lourdement et croise à ce moment-là le regard de Manu et lui souris.

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