Chapitre 19 - Partie 2

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  Je la repris immédiatement dans mes bras. Je ne devrais pas l'enlacer aussi fort alors qu'elle était si maigre, si faible, si fragile, mais je ne pouvais m'en empêcher. Plus encore que l'oxygène de l'air, j'avais besoin de la sentir contre moi, de sentir ses tremblements, les battements de son cœur contre ma poitrine.

  Lunixa se blottit un peu plus dans mon étreinte, toujours en larmes.

  –Tout va bien, répétai-je en caressant ses cheveux. Je suis là.

  Ses pleurs s'accentuèrent. Je déposai un nouveau baiser au sommet de son crâne, puis me tournai vers le Marquis Marcus.

  –Merci de me l'avoir ramenée.

  Il inclina la tête.

  –Vous n'avez pas à me remercier, Altesse, je n'ai fait que mon travail.

  –Bien sûr que si.

  Il méritait bien plus que des remerciements.

  Un tremblement plus important secoua Lunixa. Je pris sur moi pour la lâcher quelques secondes, le temps de retirer ma veste et de la lui donner. Même s'il ne faisait pas si froid que cela, elle semblait gelée. J'avais à peine fini de poser le vêtement sur les épaules qu'elle s'accrocha à ma chemise et y enfouit son visage.

  –Je suis désolée... Je suis désolée...

  Je refermai délicatement mes bras autour de sa frêle silhouette.

  –Je sais, murmurai-je.

  Nous restâmes encore quelques instants ainsi avant que je ne recule d'un pas pour prendre son visage entre mes mains. Lorsque je le levai vers le mien, Lunixa baissa immédiatement les yeux, incapable de soutenir mon regard. Un mélange de colère et d'impuissance se disputa en moi à la vue de ses marques de strangulation.

  Mon regard dévia vers le Marquis.

  –L'Horloger ? demandai-je d'une voix menaçante.

  –Vous n'avez plus de souci à vous faire à propos de lui.

  La part la plus sombre de mon être regretta cette réponse. Elle aurait préféré que ce salopard soit encore en vie pour lui rendre au centuple ce qu'il avait fait à la femme que j'aimais, pour lui faire regretter le jour où il avait posé les yeux sur elle. Mon pouvoir réagit en conséquence et pulsa dans mes veines. Je ne l'avais encore jamais utilisé sur un homme, mais avec cette ordure, je n'aurais eu aucune hésitation. J'aurais libéré mes flammes et les aurais laissées dévorer sa chair.

  Un sanglot étouffé me parvint. Il balaya instantanément la rage et le feu qui m'habitait et raviva mon inquiétude. Je me concentrai de nouveau sur Lunixa, ses yeux rougis par ses pleurs, son regard fuyant, ses joues trempées, son corps meurtri... Mon cœur se serra. La voir ainsi m'était insupportable. Elle semblait inconsolable, brisée. Que lui avait fait ce monstre ? Pourquoi avais-je décidé de mettre Freyja à l'écart ? Si elle avait été présente, elle aurait pu s'occuper d'elle, effacer ses blessures physiques.

  Mais aurait-elle seulement utilisé son pouvoir sur Lunixa alors qu'elle était déjà aussi faible et qu'elle supportait mal la guérison accélérée et le contre-coup qui s'ensuivait ?

  La réponse à cette question fit tressauter un muscle de ma mâchoire. Malgré toutes les blessures de Lunixa, aucune ne menaçait sa vie. Des soins traditionnels, qui ne la videraient pas du peu de forces qui lui restaient, étaient préférables. L'idée qu'elle garde des séquelles physiques pendant des jours voir des semaines me tuait, mais c'était ce qu'il y avait de mieux pour elle.

  Alors que j'essuyais à nouveau ses joues humides, Lunixa releva légèrement les yeux. Ce fut plus que suffisant pour que je croise son regard. Détresse, peur, tristesse, culpabilité, le maelström d'émotion qui les habitait me fit l'effet d'un coup de poing. Incapable de l'observer sans réagir, je me penchai vers elle et embrassai son front avec force.

  –Ne t'inquiète pas, murmurai-je, mes lèvres contre sa peau. Je suis là.

  Sa poigne se resserra sur ma chemise et un sanglot se coinça dans la gorge. Je déposai un dernier baiser dans ses cheveux avant de siffler Skinfaxi. Mon cheval nous rejoignit tout de suite. Avec du mal, je décrochai Lunixa de mon haut, enlevant ses doigts squelettiques du tissu un à un. Je remarquai alors l'absence de bague sur son annulaire gauche. Malgré la valeur de l'anneau qui aurait dû s'y trouver, mon regard ne s'y attarda pas. Je l'aidai à s'installer au niveau du garrot. Mes muscles se tendirent lorsque je la soulevai. Elle était si maigre que je sentais à peine son poids entre mes mains. Comment avait-elle pu se décharner aussi vite ? Même si sa captivité m'avait semblé durer une éternité, il s'était seulement écoulé trois jours depuis son enlèvement.

  Sans m'en rendre compte, je pris sa main tremblante et levai les yeux vers elle. La voir détourner encore une fois le regard me fit mal, mais elle serra mes doigts. J'étreignis les siens en retour, puis mis un pied à l'étrier sans la lâcher. J'avais besoin de ce contact, de la toucher. Une fois placé derrière elle, je passai un bras autour de sa taille et l'amenai contre moi. Je donnai également plus de liberté au feu dans mes veines pour la réchauffer, la rassurer, et mon pouce se mit à tracer des cercles sur le dos de sa main. Lunixa se détendit imperceptiblement. À côté de nous, le Marquis Marcus remonta en selle. Dès qu'il fut installé, je lui fis signe de me suivre, puis élançai Skinfaxi à travers les arbres, mes doigts toujours entrelacés à ceux de Lunixa.

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