Mort d'un sceptique

de Image de profil de Paul CharrierPaul Charrier

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Saturnin Chabaud était presque heureux de mourir, car il en avait assez de lui-même. On peut le comprendre : il avait été lui-même, et rien que cela, toute sa vie. Avec ça, contrôleur des contributions indirectes à la préfecture du Gard. Sa femme était morte, son chat aussi, et depuis dix ans il avait mal partout. Dix ans de douleur en compagnie de sa propre personne, qu’il avait fini par exécrer plus que toute autre. De fait, on choisit ses amis, on ne se choisit pas soi-même. D’amis, Saturnin Chabaud n’en avait plus depuis longtemps. Les derniers l’avaient quitté car il suait la haine de lui-même, ce qui les mettait mal à l’aise. Peut-être en avaient-ils pris pour leur grade, mais on ne le saura jamais, car depuis longtemps Saturnin Chabaud ne fréquentait plus que des fantoches sur les réseaux sociaux, dont la nature humaine n’était pas avérée, ainsi que les personnages de fiction qui peuplaient les romans et les films dont il s’abreuvait quotidiennement, mais qui ne suffisaient pas à le distraire de sa propre compagnie.

Il ne croyait pas trop à la doctrine catholique, d’une part parce que, en bon diplômé de l’Ecole Nationale des Impôts, Saturnin Chabaud était un républicain de stricte obédience, mais aussi parce que celle-ci ne lui convenait absolument pas. En effet, qu’il finît au paradis, en enfer, ou au purgatoire, il serait resté irrémédiablement lui-même. Cette perspective ne l’inquiétait pas trop, en tant que mécréant, mais elle ne laissait pas de lui occasionner un mal de dents qui s’ajoutait à toutes ses autres douleurs, de sorte qu’il évitait d’y penser. Mais il est fort difficile d'éviter de penser à quelque chose, sans, par la même occasion, penser précisément à cette chose. Si je me dois de mentionner ce paradoxe, c’est parce que les contorsions mentales auxquelles Saturnin Chabaud ne pouvait s’empêcher de se soumettre étaient l’une des raisons, et non des moindres, de sa propre détestation.

Il n’aurait su prédire dans quel lieu, du paradis, de l’enfer ou du purgatoire, il eût fini ses jours—si l’on me pardonne cette tournure aussi inconvenante qu’incorrecte. Car, d’un côté, il avait succombé, à diverses époques de sa vie, à chacun des sept péchés capitaux, sans exception. De l’autre, il n’avait jamais fait de mal à une mouche. Mais cette question était toute théorique, puisqu’il ne croyait ni à l’enfer, ni au paradis, ni au purgatoire.

A quoi croyait-il donc ? Que deux et deux font quatre, comme don Juan avec qui il avait bien peu en commun, et surtout pas une palanquée de conquêtes ? Voilà qui ne nous renseignait guère sur l’au-delà ! Au néant ? Le néant avait le mérite que l’individu Saturnin Chabaud n’y trouvait pas sa place, mais c’était vrai aussi de tout le reste, ce qui était bien plus embêtant. D’autant que si, comme on peut le concevoir, l’écoulement du temps n’existe pas dans le néant, alors le néant n’a aucune durée, ce qui le rend incompréhensible.

En réalité, les croyances de Saturnin Chabaud sur l’au-delà restaient floues, pour la simple raison qu’elles ne lui étaient d’aucune utilité pratique. Ne pas se faire une idée sur le rendement de tel placement ou la qualité de tel restaurant peut mener à des déconvenues, de sorte qu’une opinion sur ces questions est souhaitable, surtout si c’est la bonne. Mais spéculer sur le comment, le pourquoi, et la natura rerum qui s’imposeraient à sa conscience, ou du moins ce qu’il en restera, après un passage obligé, inéluctable, et indépendant de sa volonté, voilà une belle perte de temps, du calibre de celles qui causèrent la perte de l’Empire Byzantin !

S’il avait eu son mot à dire, ce qui n’est évidemment pas le cas, il aurait opté pour un Grand Tout Universel de la Conscience, ou encore une Conscience Universelle du Grand Tout, sorte de blob indéfinissable où la pensée existait, mais pas l’individu, et où ladite pensée persistait éternellement sans pour autant évoluer. A vrai dire, il aurait été bien en peine de prêter un contenu à cette pensée. Les exemples qui s’offraient à lui étaient triviaux, bien indignes du Grand Tout et de la Conscience Universelle. L’idée présentait une difficulté considérable : à quoi penser dans un monde où n’existe que la pensée ? De quoi être conscient si ne subsiste que la conscience ?

A défaut, se réincarner ne lui aurait pas déplu. Seulement voilà, c’est la loterie. Se retrouver dans la peau d’un crève-la-faim du subcontinent indien l’aurait bien avancé : pas de tout à l’égout, du riz pour toute pitance, aucun théâtre subventionné, les mendiants, les estropiés, la lutte pour la vie… La condition animale n’était guère meilleure : certes, les chats exploitaient leurs maîtres, choisissant un coussin au gré de leur caprice et les contraignant à leur acheter de l’émincé de saumon aux petits légumes dans le rayon félin du supermarché ; mais que dire du poulet en batterie, ou du cœlacanthe qui ne voit jamais la lumière ? Sans parler de l’ennui abyssal que représente probablement la vie de l’huître ou du corail…

Nous passerons sur les détails du trépas de Saturnin Chabaud. Ces choses sont suffisamment décrites dans les romans populaires, romans à l’eau-de-rose, romans médico-sociaux et autres melodramme strappalacrime dont nos lectrices et nos lecteurs sont certainement friands.

Le pire est toujours certain. Au début, Saturnin Chabaud crut qu’il n’était pas mort. Seulement un mauvais moment à passer. Mais il dut bien constater que le cube parfait dans lequel il se trouvait n’avait aucun rapport avec la chambre d’hôpital où il avait crevé à petit feu pendant un mois, à grands renforts de tuyauterie, oxygène sous pression et divers ustensiles de boucherie. De fait, il se sentait parfaitement bien et aucun objet médical, aucun « personnel soignant » ne se trouvait dans la pièce.

Il n’y avait que Saturnin Chabaud, le Saturnin Chabaud, ses souvenirs intacts, son corps en parfait état de marche, son cerveau pareil à lui-même. Il n’y avait dans cette pièce ni télévision, ni ordinateur, ni téléphone, ni livres, ni œuvres d’art, ni quoi que ce soit qui eût pu détourner l’individu Saturnin Chabaud, intègre, intact et plus seul que jamais, de lui-même, objet éternel de ses pensées futures.

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Table des matières

En réponse au défi

Et si le salut n’existait pas ?

Lancé par kenny fotso

Toute votre vie, vous avez cru.
En Dieu. En un jugement. En une justice invisible.
En une lumière après la mort.

Et puis… vous êtes mort.

Mais rien ne s’est passé comme prévu.

Il y'a pas de voix.
ni de jugement.
ni de paradis.
ni d’enfer.

Seulement… une absence.

Un vide si total qu’il en devient presque une présence.
Un silence qui semble nier jusqu’à votre existence.

Et pourtant, vous êtes encore là.
Conscient. Pensant. Attendant quelque chose qui ne viendra jamais.

Alors une idée insupportable émerge :
et si tout ce en quoi vous avez cru était faux ?
Non pas mal interprété, pas incomplet, Juste… faux.

Dans ce monde, ou cet après, explorez :

  • la chute brutale de la foi
  • l’angoisse d’une conscience sans but ni fin
  • l’idée que l’univers n’a jamais eu de sens
  • la peur d’un néant qui n’efface pas… mais enferme

Votre personnage doit affronter une vérité vertigineuse :
Et si la mort ne révélait rien… sinon l’absence totale de réponse ?

Sentez-vous libre d'aborder le sujet dans votre style !

Commentaires & Discussions

Mort d'un sceptiqueChapitre6 messages | 1 mois

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