Parcours sup Charlotte

5 minutes de lecture

Madame Estelle de La Tour XDD, ma Tetelle que j’aime de tout mon cœur !

Ça me fait super plaisir de la manière dont tu m’as parlée sur ce dernier mail. Les « Ma Chacha » étaient trop mignons, je t’adore. C’est pas dans tes habitudes de me parler comme ça à part dans des moments très intimes, tes mots me vont droit au cœur, il faudra que tu continues. XD

Quel bonheur de vous avoir retrouvés ce week-end ! Vous serrer tous les trois dans mes bras a été extraordinaire. Je crois que ton père avait raison en te disant que l’éloignement pouvait renforcer les liens si on s’aimait vraiment. Je crois qu’entre nous c’est le cas, ce qui n’empêche que je préférerais cent fois être près de vous !

C’est d’accord, je veux bien participer à ce partage de souvenirs. Désolée d’avance si mon style est bien plus pourri que le tien, je reste une fille de la campagne. Peut-être aussi que pour notre projet, le bouquin serait utile !

***

Le coup du Parcours sup a été très différent chez moi, c’était pas du tout la même ambiance tu peux t’en douter ! D’abord, on ne s’était pas précipité le premier jour pour le faire. Quand finalement j’ai voulu faire mes vœux, mon père et Arthur revenaient des champs, et je crois que ce jour-là, ils avaient décidé qu’on les entende jusqu’à la ferme d’à côté. Pourtant comme tu le sais, elle est assez éloignée.

Alors ils sont entrés sans crier gare, alors qu’avec maman on venait de se connecter sur le site.

— Allez, Papa, s’il te plaît, laisse-moi essayer ! Donne-moi juste une parcelle et je la convertis en bio ! Si on essaie pas, on saura pas si ça peut marcher !

— Avec ton bio, tu me cours sur le haricot. C’est ça qu’on fourre dans la tête des gamins aujourd’hui dans les écoles ? Si ça marchait, ça se saurait et tout le monde le ferait. C’est pas en faisant du bio que tu vas nourrir ta famille !

J’ai tourné mon regard dans leur direction, je te jure, ils me gonflaient à toujours se chamailler comme ça ! Mon père, il mesure un bon mètre quatre-vingt-cinq, un peu comme toi, mais large comme une armoire, et le frère c’est pareil. La seule chose qui les différenciais : cette couche capillaire grisonnante sur la tête de mon père et les rides qui commençaient à bien lui abîmer le visage. Arthur, lui était encore blond comme les blés. Quand je vois la petite bouboule que j’étais, avec mes cheveux frisottés d’un jaune incertain, il y a quelque chose que je ne comprends pas. Bon, en jetant un coup d’œil à ma mère, je comprends mieux.

Je ne sais pas trop si c’était le froid du dehors ou la colère, mais ils étaient rouges comme des homards bouillis, et c’est très rouge un homard !

Arthur baissa d’un ton.

— Papa, je vais te montrer les calculs et comment ça marche, tu vas comprendre.

Loin de calmer mon père il éleva encore la voix.

— Monsieur avec son BTS agricole va m’apprendre tout à moi qui ai travaillé dans ces champs pendant plus de trente ans, qui gère cette exploitation, qui vend nos productions…

Mon frère était moins rouge, il se maîtrisait désormais. Mais la partie n’était pas gagnée.

— Tu sais, il y a de nouvelles méthodes, il y a des gens qui ont réussi et qui témoignent. D’ailleurs, ces méthodes ne sont pas si nouvelles, elles sont inspirées de celles des anciens qui étaient là bien avant toi.

Mon père allait s’arracher les cheveux. Ma mère est sortie de table voyant qu’avec tout leur cirque il nous était impossible de travailler sereinement.

— Stéphane, s’il te plaît. Écoutes au moins ce qu’il a à te dire, il a travaillé dur pour avoir son diplôme et on n’enseigne pas tout ça aux jeunes pour rien.

Ma mère elle a un super pouvoir : elle lui a lancé le regard qui tue, celui qu’elle sait super bien faire et qui ressemble à celui du chat Potté.

Le vieux a poussé un grognement d’abandon, celui qui ressemble à une sorte de « mouais », haussa les épaules et a regardé son fils.

— C’est bien parce que c’est ta mère qui me le demande…

— Et si vous pouviez aller au bureau pour parler de ça, ce serait mieux. Charlotte et moi tentons, et nous y arriverions avec un peu de silence, de l’inscrire sur parcours sup.

Ma mère, c’est une nana discrète, mais parfois, il ne lui faut que quelques secondes pour calmer le jeu. Les deux grosses brutes se sont alors dirigés vers la porte du fond, nous laissant enfin tranquilles.

— Maintenant, on peut avancer, regardons ce qui t’intéresse. Tu penses à quoi ?

— Y a l’IUT, je ferais bien dans l’électricité ou quelque chose comme ça.

Comme ma mère a une sainte horreur de l’informatique et de toutes ces machines qu’elle ne comprend pas, c’est moi qui m’y suis collée. J’ai vite trouvé l’établissement de Belfort, puis j’ai fait défiler les formations. J’avais plus de quatre-vingt-dix pourcents de chances de me faire accepter dans n’importe laquelle. J’ai déjà sélectionné génie électrique.

— Tu veux pas essayer l’UTBM, avec tes notes, c’est peut-être possible d’y entrer ? On aurait une ingénieure dans la famille, tu t’imagines ?

— Tu crois, ingénieure, moi ?

— Avec tes résultats, tu vaux mieux que simplement l’IUT.

L’école apparut rapidement dans mes choix. J’avais quatre-vingts pourcents de chances d’être admise, selon les statistiques.

— T’as raison Maman, faut que je tente, heureusement que je t’ai ! Je n’aurais même pas essayé sans toi.

Je lui ai donné un grand sourire et son regard a paru s’émouvoir.

— Je n’ai pas eu la chance de pouvoir le faire. Mes parents ne trouvaient pas les études bien utiles.

Elle soupira.

— Que toi tu puisses y aller, faire ce qu’on ne m’a pas laissé entreprendre… Ce serait une belle revanche sur la vie.

Je me suis jetée dans ses bras et je l’ai serrée très fort.

— Il faut que tu le dises à Simon, aussi, je suis sûr qu’il sera content.

Là, j’ai tenté de faire celle a qui ça faisait super plaisir de dire quelque chose à son petit copain. La vérité, c’est que Simon était une bonne excuse pour qu’on pense que j’avais quelqu’un. Le malheur, c’est que lui aussi y croyait. Un jour il m’avait demandé si je voulais bien sortir avec lui, je lui ai dit, « si tu veux » et je suis partie.

Je le voyais assez souvent quand même à l’époque. C’est un ami d’enfance qui compte beaucoup pour moi, mais de là à lui faire des bisous, non merci. Donc je crois que là, il attendait toujours que je l’embrasse, le pauvre a attendu longtemps, et le jour n’est pas venu.

— D’accord je lui dirai.

***

Voilà, tu sais comment ça s’est passé chez moi. Embrasse bien les enfants pour moi, tu leur diras qu’ils me manquent, tu n’oublieras pas de leur lire leur histoire avant d’aller dormir !

À toi, je t’envoie tout un tas de grosses pelles bien baveuses XD. En vrai, je t’embrasse bien tendrement mon amour.

À tout à l’heure en textos.

Ta Chacha à toi

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 1 versions.

Vous aimez lire Haldur d'Hystrial ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à l'Atelier des auteurs !
Sur l'Atelier des auteurs, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscription

En rejoignant l'Atelier des auteurs, vous acceptez nos Conditions Générales d'Utilisation.

Déjà membre de l'Atelier des auteurs ? Connexion

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de l'Atelier des auteurs !
0