Chapitre 127

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Layla

C'est un chouette Noël. Simple et heureux. Noa a bien changé et s'émerveille au pied du sapin, avec les cadeaux. En la voyant faire, j'ai une pensée pour mes neveux qui doivent vivre pareil moment dans la famille de leur maman. Mes parents ont été invités chez eux, avec Justine et Luc. Je me doute qu'ils rentreront tôt à la maison. D'ailleurs, maman me téléphone alors que nous nous apprêtons à manger le dessert, après avoir couché Noa. Il est plus de 23h.

- Bonsoir, ma chérie. Je ne te dérange pas ?

- Non, maman. Joyeux Noël à vous tous !

- Merci ! Nous venons de rentrer papa et moi. Tu sais qu'il ne peut veiller tard, même s'il avait fait une bonne sieste cet après-midi pour tenir un peu plus longtemps... Nous sommes partis après le déballage des cadeaux. Les petits étaient ravis !

- Je me doute que c'était une belle soirée, souris-je rien qu'à les imaginer.

- Et vous ?

- Nous venons aussi de déballer les cadeaux et nous allions manger le dessert. Tout le monde vous embrasse.

- Merci, souhaite un joyeux Noël de notre part à toute la famille d'Alexis.

A ce moment, Alexis me prend le téléphone des mains et dit :

- Bonsoir, Liliane. Joyeux Noël à vous tous !

- Oh, merci Alexis ! Je disais justement à Layla de vous souhaiter un bon Noël de notre part.

- Merci. Tout le monde vous en souhaite un de même. On vous rappellera demain. Vous avez toute la famille à manger demain midi, c'est bien ça ?

- Oui. Les petits seront là... Ils seront ravis de vous parler ! Allez, je ne m'attarde pas. Passez une bonne fin de soirée.

- Merci, je vous repasse Layla.

Je reprends le téléphone pour terminer la conversation avec maman. Quand je raccroche, Antoine me demande :

- Tes parents vont bien, Layla ?

- Oui. Ils sont déjà rentrés à la maison, expliqué-je pour tout le monde, avant de détailler pour Antoine et Gabriel qui ne sont pas au courant - ou très peu : mon père a fait un AVC il y a plusieurs années et il en garde quelques séquelles. Il ne peut pas veiller très tard, il a sommeil assez vite le soir. Pour les réveillons, nous nous organisons toujours un peu particulièrement. Ces dernières années, ils l'avaient toujours fêté à la maison, souvent avec mon frère, ma sœur et parfois moi-même. C'est la première fois qu'ils le passent à l'extérieur... dans la famille de ma belle-sœur. Depuis l'AVC de papa, je veux dire.

- C'est bon signe, fait remarquer Gabriel.

- Oui, tout à fait. Ces derniers temps, on a bien vu que papa reprenait encore un peu plus le dessus, souris-je.

- Ne serait-ce qu'en était présent pour l'inauguration des usines, glisse Alexis. Même s'il a eu un petit coup de chaud, il a bien tenu le coup !

Je souris. Daphné enchaîne en me demandant :

- Ca tourne bien, alors, en Ardèche ?

- Oui. Nous avons reçu dans le courant du mois de décembre les dernières commandes passées aux usines à l'étranger. Nous n'en sommes plus propriétaires et désormais, il va falloir compter uniquement sur les ardéchoises pour les emballages. Mais nous avons eu le temps de mettre en place toute l'organisation et le travail, notamment à Labégude, là où ils sont produits. Nous ne sommes pas encore opérationnels à 100%, mais cela devrait pouvoir se faire au cours du premier semestre, de ce que nous avons évalué.

- Ce sont de bonnes nouvelles, me sourit Daphné. Tu dois être contente de cette relance d'activité !

- Oui... Contente est faible comme terme, en fait, ris-je. C'est un rêve qui se réalise, mais qui prend pleinement réalité dans le monde d'aujourd'hui et au cœur de mon pays.

- C'est chouette d'avoir pu faire cela, souligne Antoine. Et ça rappelle qu'on peut quand même produire des choses, en France.

- Tout à fait.

A ce moment, Valérie apporte le dessert. Ou plutôt, les desserts. Car tout le monde s'est lâché. Gabriel adore faire des gâteaux, et plus c'est sophistiqué et coloré, et plus il adore, me confie-t-il alors que Valérie dépose le grand plateau sur la table. On y voit donc la réalisation de Gabriel, un magnifique gâteau avec une génoise et des fruits, de la crème fouettée... Daphné n'a pas voulu être en reste sur son beau-frère et a confectionné une belle tarte aux poires avec des amandes pilées. Enfin, Valérie a fait léger, soi-disant : une mousse au chocolat et une salade de fruits. Il paraît qu'il ne restera plus rien d'ici demain soir... Je veux bien les croire.

Je me contente d'une petite part pour chaque, d'ailleurs, c'est ce que chacun fait. Sauf Antoine qui prend une belle part du gâteau de Gabriel et une semblable pour celui de Daphné. Il n'est pas un grand fan de chocolat et assure que la salade de fruits lui conviendra très bien au petit déjeuner.

**

Toute la famille est restée dormir sur place. La maison est grande - elle compte deux étages en plus du rez-de-chaussée. Alexis a tout naturellement retrouvé la chambre qu'il occupait durant ses séjours d'enfance et d'adolescence, face à la rivière. La vue qui s'offre depuis la fenêtre présente bien moins de relief que celles que nous pouvons admirer depuis les Auches, mais elle ne manque pas de charme, loin de là. Déjà, la rivière forme un joli dessin, puis au-delà de l'autre rive, on voit des champs, bien délimités par les talus. La mer se devine sur la droite, au-delà d'une longue bande de sable.

Le repas de Noël est presque aussi copieux que celui du réveillon et je me dis qu'en effet, il ne restera plus une seule part de dessert d'ici le soir. Nous traînons cependant moins longtemps à table et partons ensuite faire une balade le long de la côte. Les plages s'offrent à nous, comme à quelques autres riverains. Les enfants jouent dans le sable. La mer est belle, calme. Face à nous, nous pouvons distinguer l'île de Jersey.

Cette sortie est bienvenue et j'apprécie beaucoup l'air iodé, le vent du large. Les sensations sont proches de celles que j'éprouve lorsque je me trouve sur le plateau : un sentiment d'immensité, de sérénité. Nous marchons main dans la main, Alexis et moi, et discutons avec Antoine et Gabriel. Adrien court après sa fille qui voudrait bien goûter l'eau. Daphné est restée à la maison : elle est enceinte de quatre mois et fatigue facilement. J'ai bien compris qu'elle appréciait la perspective d'un petit moment au calme, avec juste ses beaux-parents.

Depuis la veille, j'ai pu mesurer la bonne entente et la complicité qui existent entre Alexis et ses deux cousins. Cette sortie m'en apporte confirmation. Ils évoquent en riant quelques souvenirs, quelques frasques d'adolescence. Et c'est ainsi que j'apprends qu'Adrien a embrassé sa première petite amie sur cette plage, que ce fut au cours de l'été de ses dix-sept ans qu'Alexis y a couché avec sa première fille... et Antoine avec son premier garçon.

Puis tous les trois se lancent dans un jeu improbable, pour déjouer l'attention de Noa et lui donner envie d'autre chose que de courir vers l'eau, nous laissant tous les deux, Gabriel et moi.

- C'est chouette que vous soyez venus, Layla, me dit-il. Ca fait plaisir de revoir Alexis, d'être tous ensemble. T'as vu comme ils s'entendent comme larrons en foire, ces trois-là ? Parfois, j'en suis presque jaloux...

- Vraiment ?

- Non, je déconne ! Je trouve ça super. Puis Adrien et Alexis m'ont adopté sans réserve, j'apprécie.

- De même que Daniel et Valérie ?

- Aussi. On a de la chance, Antoine et moi. D'abord de s'être rencontrés, puis que sa famille ait accepté sa "différence".

- Je comprends.

- Ca ne te gêne pas, toi ?

- Non, pas du tout ! L'important, c'est d'être heureux. D'être bien avec la personne qu'on aime. Et qui nous aime.

- Alexis tient beaucoup à toi. Ca se voit d'emblée.

- Je sais, souris-je. Et je tiens beaucoup à lui.

- Ca fait plaisir. Je ne les connaissais pas encore quand son père est mort, mais Antoine m'a raconté. Ca a été très dur pour eux tous. Valérie a souffert aussi. Daniel aimait beaucoup son beau-frère également. Et pour Antoine et Adrien, ça a été un grand choc. Ils s'entendaient très bien avec leur oncle, ils étaient très complices. Antoine m'a dit qu'il l'avait aidé aussi à trouver sa voie, pour ses études, sa philosophie de vie. C'était quelqu'un de simple, de bon.

- C'est l'image qui reste de lui, à travers tout ce que ses proches en disent. Je sais que par moment, il manque beaucoup à Alexis. Il me dit parfois que son père aurait aimé l'Ardèche, qu'il est certainement heureux de voir que son fils s'y est installé et y a trouvé son équilibre.

- Il pourrait en être fier. Se relever d'un burn out n'est pas facile. Alexis a eu du courage, fait-il remarquer avec le ton de quelqu'un qui sait de quoi il parle.

Je ne m'avance pas cependant à me montrer trop curieuse. De plus, Gabriel enchaîne aussitôt :

- Je ne connais pas ta région, Layla, mais ce qui est certain, c'est que je suis très curieux d'y aller ! L'été dernier, on avait finalement changé nos plans, mais j'espère bien qu'on pourra l'été prochain.

- Ce serait un grand plaisir que de vous recevoir, dis-je avec un large sourire. La maison est grande, d'autant qu'on a terminé les travaux de l'étage à l'automne. On peut vraiment accueillir du monde !

- Tu as sans doute ta famille qui aime venir aussi...

- La maison est ouverte à ma famille autant qu'à celle d'Alexis, dis-je en le regardant droit dans les yeux. Donc débrouille-toi pour qu'Antoine n'ait pas d'autres projets et vous venez l'été prochain. Je compte sur vous !

- Ca marche ! me dit-il en me tendant sa main ouverte pour que j'y claque la mienne.

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