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Une semaine s’était écoulée depuis que je suis tombée sur le journal de Céline. Cette lecture m’avait fait bondir dans le passé, me replonger dans des souvenirs douloureux que je croyais enfouis. En rentrant chez moi ce jour-là, le cœur lourd et l’esprit embrumé, je ne savais plus vraiment où j’en étais.

Sur un coup de tête, je me suis arrêtée au restaurant de Gabriel. Je ne savais pas exactement pourquoi j’avais ce besoin irrépressible de le voir, mais il était là, brûlant, constant. Dès que j’ai passé la porte, les effluves de cuisine m’ont happée : un mélange de plats mijotés et d’épices chaudes, qui m’a immédiatement ouvert l’appétit.

Je me suis installée au bar, commandant un café, les yeux cherchant son visage dans le va-et-vient du personnel. Et puis je l’ai senti avant même de le voir : son regard posé sur moi.

— Tiens, mais que fais-tu ici ? Tu es déjà de retour ?
Sa voix douce avait ce mélange de surprise et de chaleur qui me fit sourire malgré moi.

Je lui expliquai rapidement ma rencontre avec ma mère et la découverte des cahiers de Céline. J’avais l’impression de devoir tout lui raconter, mais en même temps je me sentais envahie par la culpabilité de le déranger.
— Je ne veux pas te déranger, lui dis-je. Je repasserai plus tard…

Il secoua la tête avec un sourire rassurant :
— Non, non, rentre plutôt chez toi. Je te rejoins avec le repas dans un moment, ça te dit ?

Un soulagement léger me traversa.
— Oui, bien sûr, avec plaisir. À tout à l’heure.

Je m’installai un instant, laissant le parfum du café et de la cuisine m’ancrer dans le présent.

Vers 21h30, à la fin du rush dans le restaurant, un toc toc se fit entendre à ma porte. C’était lui. Dès que je franchis le pas, l’agréable odeur de cuisine m’envahit à nouveau, chaude et réconfortante.

Il entra, referma la porte derrière lui et se laissa tomber sur le canapé. Je pris place en face de lui, encore un peu mal à l’aise.

— Alors… comment s’est passée ta journée ? demanda-t-il avec un sourire léger, mais attentif.

— Honnêtement… c’était lourd, commençai-je en baissant les yeux. Je suis allée chez ma mère aujourd’hui.

Il hocha la tête, silencieux, m’encourageant à continuer.

— J’ai… je suis tombée sur les carnets de Céline, murmurai-je. Ses journaux. Je ne pensais pas que ça me ferait autant de… de bruit à l’intérieur. Chaque page, chaque mot… ça m’a ramenée en arrière, à des moments très durs.

Gabriel fronça légèrement les sourcils, mais sans jugement.

— Ça a dû être… difficile, souffla-t-il.

— Oui… murmurai-je. Ma mère était comme toujours… froide, distante. Elle n’a presque rien dit. Lucas était là, mais il ne sait pas comment dire les choses non plus… Alors moi, j’ai juste lu. Et lu encore. Et j’ai senti… un mélange de colère, de tristesse, de culpabilité. C’est étrange, tu sais ? Lire les mots de quelqu’un qu’on aime et comprendre que ça n’a jamais été facile pour elle.

Il me tendit sa main, que je pris timidement.

— Et toi, tu as réussi à parler de tout ça à quelqu’un ? me demanda-t-il doucement.

— Non… pas vraiment.

Il hocha la tête, compréhensif.

— Alors je suis là, murmura-t-il. Tu peux tout me dire, si tu veux. Je t’écouterai, vraiment.

Je sentis une chaleur m’envahir. C’était la première fois depuis longtemps que quelqu’un semblait comprendre sans rien juger.

— Merci… fis-je, presque un souffle. Je crois que j’avais juste besoin de sentir ça… d’être un peu moins seule.

Je le laissai entrer, et son sourire me remplit le cœur d’une chaleur que je n’avais pas ressentie depuis longtemps. Il tenait dans ses mains un petit sac avec le repas, mais je ne voyais que son visage, éclairé par la lumière douce du couloir.

— J’ai pensé que ça te ferait plaisir… dit-il, un peu hésitant, comme s’il attendait ma réaction.

— Oui… merci, murmurai-je, incapable de détacher mon regard de lui.

Nous nous installâmes dans le salon. La conversation était timide, ponctuée de silences agréables et de sourires échangés. Je sentais chaque geste, chaque parole, comme une caresse douce après des jours de grisaille.

À un moment, nos mains se frôlèrent par hasard sur la table. Un petit frisson me parcourut. Il leva les yeux vers moi, et je vis dans son regard une hésitation tendre, comme s’il craignait de franchir la frontière. Moi aussi.

Puis, presque naturellement, il se pencha un peu. Je ne bougeai pas, juste assez pour qu’il se rapproche. Nos lèvres se touchèrent timidement, hésitantes, presque timides. Juste un effleurement au début, mais ce contact suffit à faire disparaître un peu de la lourdeur qui pesait sur mon cœur depuis des jours.

— Je… souffla-t-il, un peu surpris de sa propre audace.

Je lui souris, les yeux mi-clos, le cœur battant. Ce petit baiser, simple et doux, scella un moment fragile mais précieux, comme si, pour quelques secondes, tout pouvait redevenir léger.

Nous restâmes là, immobiles, le temps suspendu, savourant cette proximité que je n’avais pas cherchée mais qui s’imposait avec une évidence douce et rassurante.

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