Neuf ans plus tôt

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Lorsqu’elle rouvrit les yeux, elle fronça le nez. Elle reconnut immédiatement l’odeur des algues à vache en train de sécher pour être broyées. Elle détestait cette odeur.

Sur la meule, humide et glissante, sa sœur l’attendait pour que la partie commence. Elle n’avait pas envie de jouer. Pas vraiment parce qu’elle n’aimait pas ce jeu, mais plus parce qu’elle perdait souvent.

Elle glissa sur la pierre et s’écorcha la main en se rattrapant. Son pied se tordit, mais elle eut plus de peur que de mal.

Mais ce ne fut pas ce qu’elle dit à sa sœur, au contraire. Si elle perdait, elle pourrait dire que la partie n’était pas équitable. Mais c’était mal la connaître, elle la prévint qu’un abandon pour cette raison serait quand même une victoire pour elle.

Pas question ! Elle allait le lui montrer. Elle prit son élan mais elle s’emmêla les pieds.

A l’instant où l’axe heurta ses tibias, elle sut que ce qui allait suivre serait fatal.

Sa tête heurta si violemment la pierre qu’elle redoute que son crâne n’explosât. Ce fut peut-être le cas d’ailleurs.

Tombée en travers de la course de la meule, elle était incapable de bouger et regardait l’énorme roue se rapprocher inexorablement.

Le cri de sa jumelle qui fendit l’air, lui réchauffa le cœur. Sa sœur était avec elle, tout irait bien.

Après que la meule lui eut roulé sur le torse, la douleur était telle qu’elle disparut presque immédiatement.

Tout ce qu’elle vit fut sa sœur sauter à terre, manquant de se faire écraser par les ânes terrifiés. Sans même essayer de se protéger, elle saisit la longe et avec une force incroyable parvint à arrêter les bêtes.

Sa respiration devenait difficile et elle espérait que sa jumelle viendrait vite la rejoindre, chaque seconde qui s’écoulait les éloignait, bientôt il serait trop tard.

Elle regardait le visage blême de sa sœur adorée, déformée par la peur. Son cœur se serra de devoir la laisser derrière elle.

Lorsqu’elle approcha enfin son oreille, elle mit toute la force de son amour pour s’assurer que sa jumelle ne serait jamais seule.

Sa sœur lui faisait le cadeau de l’accueillir, elle lui offrit tout ce qu’elle était, dans un dernier battement de cœur.

Une chaleur douce se répandit dans le corps de Sizel. Pas une vague qui submergeait et qui refluait, mais plutôt un fleuve calme qui serpentait dans ses veines.

Avec un soupir, elle se lova dans un sommeil comme elle n’en avait pas connu depuis neuf ans.

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