Chapitre 4 : au pied de l'arc-en-ciel
La princesse est désormais bien loin devant eux et les amis la perdent de vue. Sur la grande ligne jaune de l’arc, des coquelicots se balancent doucement sous une légère brise. Un chat gris aux yeux verts s’avance vers Caspian en miaulant. L’épouvantail se penche vers lui et le caresse.
— Qu’il est beau.
— Oui, c’est Beps. Il appartient à la fée de l’arc-en-ciel.
Le félin conscient de l’attention qu’on lui porte, s’étire avec grâce, puis s’éloigne.
Plus tard, Galopin et son ami observent avec curiosité un funambule se tenant en équilibre sur un fil suspendu au bord de l’arc-en-ciel. Tout sourire, il ne tremble pas et se permet même de faire de petits sauts. Le lutin et Caspian applaudissent le spectacle.
Galopin tire sur la manche de l’épouvantail.
— Viens, il faut se dépêcher. Il ne nous reste plus beaucoup de temps !
Les deux camarades accélèrent le pas, dépassant un monsieur aux cheveux blancs, qui s’appuyant sur une canne en bois de chêne, promène deux chevreaux aux poils d’un brun châtaigne avec des touches de beige.
Dans leur dos, les couleurs de l’arche commencent peu à peu à s’estomper. Galopin court de plus en plus vite. Désespéré, le lutin constate :
— C’est trop tard !
Alors que le duo arrive devant une pente vertigineuse, une forme massive leur barre le chemin. Galopin tente de ralentir, mais il ne parvient pas à éviter l’obstacle qui lâche un grognement. Le lutin bute contre un énorme dragon aux écailles rouges dont les naseaux dégagent une épaisse fumée.
Près de l’imposante créature se trouve une fillette.
— Princesse !
L’épouvantail, lui, observe l’animal légendaire. Il demande :
— C’est celui qu’il y avait dans l’œuf ?
— Oui, il a fini par éclore. Je l’aime déjà de tout mon cœur. Je l’ai appelé Valérian.
— Très beau prénom, acquiesce Galopin. Je suis navré princesse, mais mon ami et moi sommes assez pressés. Nous devons absolument parvenir au trésor de l’arche, mais il est en train de disparaître !
La fillette a un sourire malicieux.
— Ce n’est pas grave. Je peux vous aider.
— Vraiment ?
— Oui.
La princesse se hisse sur le dos du dragon qui se tient allongé, la tête entre ses larges pattes. La jeune fille fait alors signe au lutin et à Caspian.
— Rejoignez-moi.
Les amis n’ont pas vraiment l’air rassuré, mais ils savent qu’ils n’ont pas le choix s’ils veulent atteindre le trésor. Ils grimpent donc également sur l’animal. Le dragon se relève et déploie ses longues ailes flamboyantes. Valérian s’élève au-dessus de l’arche lumineuse semblant glisser sur les rayons. En seulement quelques secondes, la créature dépose le duo au pied de l’arc-en-ciel.
Ébloui par ce court voyage à dos de dragon, Caspian, des étoiles plein les boutons, dit d’une voix émue.
— Merci beaucoup.
La princesse esquisse un geste gracieux de la main puis s’envole à nouveau avec Valérian en direction, cette fois, du château du roi son père.
Le lutin et l’épouvantail sont seuls. À l’arrière, l’arc-en-ciel perd ses couleurs. Face à eux, il y a un petit coffre en bois sombre. Galopin se penche au-dessus. Les mains tremblantes il n’arrive pas à l’ouvrir. Tout aussi bouleversé, Caspian demande :
— À ton avis, que contient la boite ?
— Impossible de savoir. Nous sommes deux. Le coffre va devoir faire un choix.
— C’est-à-dire ?
— Sentir lequel de nous deux a le vœu le plus pur et transformer le trésor en ce dont il a besoin.
— Oh !
Caspian n’a toujours pas osé parler de son souhait à son ami. Il observe le lutin ouvrir la cassette, tout en croisant ses doigts de paille. Galopin a un soupir déçu.
— Je voulais de l’or et il n’y en a pas. Le trésor doit donc être pour toi.
Chancelant, l’épouvantail se penche à son tour au-dessus de la boite. Il en retire la fiole en verre qu’elle contient. À l’intérieur, un liquide bleu scintille.
— Je crois qu’il faut que tu le boives, commente Galopin.
Caspian est tout à la fois excité et effrayé. Est-ce que le flacon va réaliser son rêve ? Il a déjà vécu avec le lutin plus que tout ce qu’il aurait pu imaginer, n’est-ce pas suffisant ? Mais l’épouvantail sait qu’il veut plus. Il n’envisage pas de retourner dans les champs pour effrayer les corbeaux. La tête en arrière, il boit le liquide. Caspian sent immédiatement des picotements au bout de ses doigts et orteils. Un tourbillon de toutes les couleurs l’enveloppe. Puis dans un bruit de clochette, la spirale s’évanouit, laissant à la place de l’épouvantail, un jeune homme aux joues roses, aux grands yeux noirs et aux cheveux blonds comme la paille.
Galopin ne peut cacher sa surprise.
— Tu es humain !
Des larmes de joies coulent sur le visage de Caspian.
— C’est ce que j’ai toujours voulu ! Je suis enfin libéré des potagers, des fermiers brandissant des fourches et des oiseaux en tout genre !
— Et que vas-tu faire de cette nouvelle liberté ? demande le lutin.
L’ancien épouvantail éclate d’un rire joyeux.
— Partir avec toi à la recherche des arcs-en-ciel !
Et alors que l’arche aux sept couleurs a totalement disparu, une légère bruine mouille les deux amis. D’un ton espiègle Galopin remarque :
— J’ai l’impression que nous allons bientôt en trouver un autre.
Fin

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