Chapitre 40 – Une souricière

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Le lendemain matin, je reçus un coup de téléphone. L’hôpital nous apprit le décès de Louis Baudouin, surnommé "P’tit Louis" qui, malgré les soins, avait fini par succomber à une septicémie. J'allais en avertir le commissaire lorsque je tombai subitement en arrêt. Une idée totalement farfelue m’était venue en tête. Puis, y réfléchissant, elle ne l'était pas tant que ça.

J’avais appris par le bouche à oreille que l’un de nos indics, Delavigne, après avoir purgé une courte peine de prison, allait ressortir d’un moment à l’autre. Nos rapports étaient cordiaux. Ils s’était toujours montré coopératif. Alors, pourquoi pas me servir de lui ?

Je pesai le pour ou le contre. Devais-je lui en parler ou non ? Finalement, je me décidai d’aller le voir. On verrait bien.

Je toquai à sa porte et sur son invitation à entrer, je le trouvai discutant avec Martineau.

— Commissaire, Je viens d'apprendre par le directeur de la prison que P’tit Louis a succombé à ses blessures. Cela me donne une idée pour coincer cette fameuse bande. Pourquoi ne pas prendre les malfaiteurs en flagrant délit en les attirant au musée ?

Il leva son regard bleu vers moi.

— Encore une de vos idées biscornues ? Expliquez-moi ça.

— Il faudrait que la mort de cet homme soit cachée pendant quelques jours, proposai-je.

— Ah ? Et pourquoi donc ?

— Nous pourrions faire répandre une rumeur : l'homme que nous avons arrêté aurait été incarcéré à la Prison Bonne Nouvelle et révélé la cachette à un détenu sur le point de sortir après avoir purgé sa peine. De crainte de se faire dérober le butin, ses complices iraient certainement se précipiter pour récupérer les billets avant lui et nous n'aurions plus qu'à les cueillir.

— Mais c'est dingue, ce plan ! Comment as-tu pu imaginer un truc pareil ? s'esclaffa Martineau.

— Ben, euh... j'ai piqué cette idée dans un roman policier, ça m'est revenu tout à coup, répondis-je avec un sourire en coin. Et puis, étant donné que Cacheux et consorts l’ont lâché, il aurait pu vouloir se venger à sa façon.

— Un roman policier ? J'y crois pas ! Vous y croyez, vous, commissaire ?

— Vous voyez bien qu'il nous mène en bateau, répondit Renouf et vous, vous ne marchez pas, vous courez ! Mais, ce plan n'est pas si fou que ça. C'est même plutôt futé. Cela s'appelle... une souricière ! Cependant… c’est plutôt risqué ! J’aimerais bien savoir comment vous vous y prendriez !

Le plus drôle c'est que j'avais réellement pioché cette idée dans un roman policier lu l’année dernière, pendant que j'étais encore au centre de rééducation, mais, finalement, je préférai leur laisser croire le contraire, cela faisait plus sérieux.

— Eh bien, continuai-je, j'ai appris par notre réseau d'indicateurs qu'un détenu allait sortir demain matin de cette prison. Je le connais bien. C'est Delavigne, l'un de nos indics, qui avait replongé pour escroquerie. Si vous êtes d’accord, je vais le contacter directement à sa sortie et je suis sûr qu'il sera prêt à jouer le jeu.

— Ah oui ? demanda Renouf, je vois que vous avez déjà mis votre petit traquenard au point. Et depuis quand ?

— Là, maintenant ! Je connais bien ce type et je suis sûr qu'il sera prêt à coopérer avec nous. D'ailleurs, je pense qu'il acceptera, étant donné qu'il a encore quelques petits délits à se reprocher, sur lesquels je crois qu'on pourrait passer l'éponge.

— Donc, maintenant, tu as recours au chantage ? Pas très moral tout ça ! ironisa Martineau, un sourire en coin.

— Ernest, arrête de jouer les innocents devant le commissaire ! J'ai simplement appliqué tes méthodes, c'est tout ! Je sais, ce n'est pas dans mes habitudes, mais il faut en finir avec cette affaire ! Et puis, j'ai été à bonne école avec toi. Alors, qui veut la fin, veut les moyens et à malin, malin et demi!

— Ernest ? Ça vous ressemblerait bien ce genre de combine ! s'amusa Renouf. Avec vos coups tordus, vous avez fini par déteindre sur Gilbert.

Celui-ci prit un air faussement innocent.

— Pauvre garçon ! L'aurais-je donc corrompu ? Corrompu l’incorruptible et gentil Gilbert ?

Il se retourna vers moi.

— Eh, gros malin ! m'interpella-t-il. Qui propagerait cette fausse nouvelle ? Et concernant ton indic, as-tu pensé au danger que tu lui ferais courir, si la bande voulait le faire parler ?

— La fausse nouvelle ? C’est moi qui la propagerai. Quant à Delavigne… J’espère le convaincre de se mettre au vert. Il pourrait se mettre à parler.

Renouf réfléchit quelques instants.

— Ça vaudrait le coup de lui faire prendre ce risque, si toutefois il l'acceptait. On pourrait le payer en puisant dans les fonds secrets.

Les fonds secrets, une caisse plus ou moins occulte qui servait donner une prime supplémentaire aux indics pour des opérations spéciales.

— Banco ! reprit-il. Gilbert je vous donne carte blanche ! Vous allez vous en occuper. Mais, faites attention où vous mettez les pieds ! Il va falloir vous infiltrer dans le milieu. Ce n’est pas sans danger! Si cela tournait mal, je souhaite que vous en sortiez immédiatement. Je ne veux pas de prise de risque inutile. Et vous me tiendrez au courant heure par heure.

Les dernières phrases du commissaire m’inquiétèrent. Puis, je fus plongé dans un doute affreux tout l’après-midi. Comme d’habitude, guidé par mon impulsivité maladive, je m’était lancé dans un projet hasardeux. Et des tas de questions se bousculaient dans mon esprit. Si je me trompais ? Si la bande flairait le piège ?

Lorsque je revins le soir, j’hésitais à en parler à Sophie. Je tournais en rond, l’air préoccupé. Pourtant, il fallait que je le fasse. Cela allait radicalement bouleverser notre vie pendant quelques temps.

Après avoir emmené Jérôme au lit, nous nous mîmes à table tous les deux, face à face, comme à notre habitude. Sophie, me regardant fixement, attaqua la première.

— Il y a quelque chose qui ne va pas. Tu fais une drôle de tête ! Tu baisses le nez dans ton assiette ! Tu me caches quelque chose !

— Non, non ! Tout va bien ! rougis-je.

— Non ! Tu as l’air aussi coupable qu’un gamin pris la main dans un pot de confiture ! Alors, parle !

Je soupirai, appréhendant d’être soumis à un interrogatoire serré. Alors, je pris les devants.

— Sophie ! Je me suis engagé dans un drôle de truc.

— Quel drôle de truc ?

— Voilà ! Afin de piéger la bande de Cacheux, j’ai imaginé un stratagème.

Je lui expliquai tout : la découverte du butin, la rumeur, et l’infiltration afin de l’alimenter et la faire courir dans le milieu.

Elle me regarda d’un air incrédule.

— C’est fou ! s’exclama-t-elle, ce butin caché dans le musée. Et, comment as-tu pu imaginer une chose pareille ? Et ton commissaire est d’accord ?

— Il n’est pas contre ! Mais il m’a mis en garde. Cela pourrait être dangereux si toutefois mon piège était éventé.

— Je comprends, soupira-t-elle, apparemment résignée, mais… tu joues avec le feu. Tu aurais dû m’en parler avant ! N’oublie pas que tu es marié et que tu as un enfant.

Ce fut comme une claque. Je me sentis coupable tout à coup. À cause de mon impulsivité et mon immaturité, j’avais fait passer ma profession avant ma famille, franchissant des limites qu’il ne fallait pas franchir.

"Je suis un moins que rien !" pensai-je.

Un moment de silence s’installa. Puis, je repris la parole.

— Je ne sais pas si je vais le faire, finalement. Tu as raison ! C’est trop dangereux !

Elle redressa la tête.

— Si tu crois que c’est nécessaire, fais-le !

Je la regardai. C’était un brave petit soldat, prête à accepter les risques, ou alors, elle n’en avait pas conscience. Cela me fit sentir encore plus coupable. Puis, je repris :

— Je devrai aussi changer mon apparence et, afin de ne pas vous mettre en danger tous les deux, je vais habiter ailleurs. À l’hôtel, par exemple.

Elle me regarda longuement, les yeux mouillés.

— Promets-moi de revenir, dit-elle simplement. Pour moi, et pour ton fils !

— Je te le promets, Chérie !

Elle se leva de table, s’approcha et tenant mon visage à deux mains, m’embrassa. Je lui rendis son baiser. Elle s’assit sur mes genoux. Nous restâmes joue contre joue pendant longtemps. Je sentais ses larmes couler.

Je suis un salaud !

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