Chapitre 4.7 : Évasion

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 Les sirènes de la ville se mirent à retentir dans la nuit. Tarkon s’interrompit quelques secondes. Il jeta son regard sur la forteresse surplombant la ville et observa une nuée de drones s’envoler comme autant de lucioles sans éclats dans les reflets bleutés de la nuit, alors que l’agitation gagnait peu à peu la petite ville. Le martien resta perplexe, il ne comprenait pas la source d’un remu ménage si tardif. Mais il ne pouvait s’arrêter dans ce qu’il avait entrepris. Il lui fallait partir au plus vite.

 Tous les préparatifs avaient été bouclés dans la soirée, forçant les techniciens de Vaduz à faire quelques heures supplémentaires, et ses surhommes s’étaient tenus prêts à décoller à tout instant. Les moteurs du quadricoptère se mettaient à gronder comme un orage lointain alors que la lourde cage sur chenilles motrice montait sa rampe pour rentrer en ses entrailles.

 Elle allait prendre place sous très haute escorte. En son sein la prisonnière n’émettait plus aucune objection depuis que le général était arrivé à l’aérodrome. Elle était visiblement terrifiée par cette machine de guerre, ce géant à la force n’égalant que le manque d’empathie. Mais alors qu’elle sombrait peu à peu dans la résignation, les grands yeux verts de la jeune femme s’illuminèrent d’un nouvel espoir. Elle observa avec attention les ombres qui franchissaient péniblement le grillage entourant l’aérodrome. Une telle démarche, une façon de faire si insouciante, et même inconsciente, cela ne pouvait être qu’eux. Thalie hurla alors le nom de son frère. Heres se rua en direction du quadricoptère, ignora totalement le danger. Le général Tarkon se stoppa, totalement désappointé, incapable de comprendre dans leur totalité les événements qui se jouaient devant lui.

 Un humain. Un simple humain, gringalet aux yeux de ce titan. Et seul ? Avait-il réellement l’audace de lui foncer dessus ? Comme pour tester cette chose inconsciente qui chargeait dans sa direction, Tarkon monta la rampe de l’appareil. Il se plaça à côté de la cage et arracha des mains de son technomancien un grand aiguillon électrique qu’il activa sur la cage.

 La jeune prisonnière émit un hurlement à même de déchirer son corps, comme si son âme cherchait à en sortir par tous les moyens. Le cœur empli de rage, Heres jeta un regard assassin à Tarkon. Le martien en sembla plus étonné encore, amusé même. Mais il ordonna simplement qu’on amorce le décollage.

 – Seigneur ? questionna l’un des soldats de Mars, visiblement prêt à écraser ce misérable insecte d’un tir bien placé.

 – Comme il vous plaira. Tout cela n’a plus d’importance.

 L’assurance suffisante de Tarkon fut rapidement punie. Un tir foudroyant la nuit vint le toucher à l’épaule. Il lui fit lâcher son jouet de torture qui retomba avec l’élégance du plomb sur le sol de la piste d’atterrissage. Doren avait toujours était le meilleur tireur du trio, mais entre la puissance de sa nouvelle arme, la distance et la précipitation, il avait manqué la tête. La lourde porte de l’appareil se referma et le général inspecta l’étendue des dégâts. Une chance pour lui son armure était l’une des plus résistantes que le monde n’est jamais connu, faite d’un alliage de métaux quasi-introuvable. Mais le projectile avait tout de même réussi à la percer et à blesser son porteur, quoi que de façon très superficielle.

 Le visage de Tarkon vira à l’écarlate. Quelle humiliation. Et devant ses troupes ! S’installa alors un silence plus pesant encore que le lourd quadricoptère s’arrachant à la gravité. Aucun des soldats du général n’osa bouger ou prononcer un mot. Leur supérieur se tourna vers la cage et saisi un autre aiguillon. S’il ne pouvait se venger du vrai fautif, au moins se passerait-il les nerfs de cette façon.

 Il passa son jouet abject sur la cage. Se tenait en son centre une pauvre petite créature apeurée, semblant espérer que le courant ne saurait l’y poursuivre et se contenterait de vagabonder sur les barreaux. Triste illusion. Le martien reteint son doigt sur la gâchette de son instrument de torture un long moment, bien trop long pour qu’un corps si frêle puisse y résister. La petite poupée se tortillait sans un bruit en valsant de douleur.

 Au lieu de céder définitivement, la jeune femme sembla miraculeusement résister, se rebiffer ! Plongée dans un état second, un hurlement d’outre-tombe se déploya du fond de sa gorge. Il était assourdissant, foudroyant, un son qui ne pouvait provenir que du fond des enfers, de la gorge des cent banshees furieuses. Les surhommes de Mars crurent que leurs tympans se déchiraient. Incapables de lui échapper, certains en tombèrent à terre en suppliant pour que s’arrête ce vacarme que leurs casques ne savaient couvrir. Le quadricoptère lui-même fut perturbé et manqua de défaillir.

 Heres contemplait la scène se jouant dans le ciel étoilé, totalement impuissant. Son cœur sauta dans sa poitrine lorsque le cri de furie s’en dégagea. C’était comme une onde de choc, une onde qui l’appelait à agir, une vive secousse qui irradiait son corps d’une énergie nouvelle, pourtant étrangement familière. Il tandis le bras vers l’appareil, comme un enfant l’aurait fait dans le fol espoir d’attraper un oiseau en plein vol, juste par la force de sa volonté. Le quadricoptère sembla défaillir, pencher dangereusement. Il luttait contre une pesanteur nouvelle.

 – Maintenant c’est vraiment fini. On bouge ! l’interpella Clovis.

 L’engin s’arracha à la gravité alors que la main de Heres s’abaissait, déconcentré par son ami agrippé à son bras et tirant pour le forcer à le suivre. Cette fois, tout était fini. Après tant d’effort, Thalie l’avait quitté. Encore hagard, il lança ses yeux perdus vers son ami qui le poussa à réagir.

 Tous deux se précipitèrent afin d’escalader le grillage entourant les limites de l’aérodrome. Doren les rejoints et ils coururent dans l’obscurité le long de ligne séparant l’aérodrome et la gare ferroviaire. Il s’agissait maintenant de ressortir de cet endroit vivant. Plus les secondes passaient, plus la traque s’intensifiait. À chaque instant le trio risquait de tomber sur un groupe d’impériaux à leur recherche. Ce qui finit rapidement par arriver.

 Heres eu une prémonition. Les trois amis freinèrent dans leur course en avant, se jetèrent sur le côté alors qu’une volée de balle manqua de les tuer. Malgré la fugacité de l’instant et la pénombre, Heres reconnu sans mal le meneur de ce groupe. Elias ne les laisserait pas sortir d’ici. Ils coururent entre les vieux conteneurs laissés à l’abandon aux abords de la gare, toujours talonnés par les gardes impériaux.

 Le trio n’eut plus le choix. Heres, Doren et Clovis se retrouvèrent face au vide, arrivé au bout d’une impasse dont la seule issue était un saut audacieux sur l’un des wagons d’un vieux serpent de métal glissant avec paraisse sur le rail situé en contrebas. Ce dernier sortait du tunnel menant à la gare souterraine de la base. Étant elle-même le terminus de cette ligne ferrée, le train ne pouvait donc que chercher à sortir d’ici, tout comme eux.

 – C’est toujours moins risqué que les balles, osa Doren avant d’attraper Clovis pour le projeter vers l’avant.

 On entendit le jeune rouquin l’insulter avant de retomber lourdement sur le toit d’acier du train, peut être blessé mais vivant. Doren et Heres lui emboitèrent rapidement le pas tandis que la meute à leur trousse observait avec impuissance ses proies s’éloigner en tirant à tout va. Mais de toute la meute, l’un de ses limiers étaient particulièrement tenace. Sans se poser la moindre question il se jeta à la poursuite des fuyards.

 Le train gagnait en vitesse. Il deviendrait très vite impossible de se tenir sur ce dernier sans en tomber. C’est pourquoi Elias se dépêcha de gagner le bout de son wagon afin de rentrer à l’intérieur du véhicule en marche. Il remonta les compartiments avec rapidité, mais ces derniers étaient irrémédiablement vides. Ce train automatique de convoyage de vivres repartait toujours de Vaduz totalement vidé de ses réserves, ne laissant que d’immenses boîtes de métal sur roues tirées par une locomotive sans pilote. Elias entra dans un nouveau wagon vide, du moins c’est ce qu’il crut une fraction de seconde déjà trop longue. Il s’était précipité, ses proies avaient su en tirer avantage. Elles lui avaient tendu une embuscade juste avant la locomotive. Le trio le maîtrisa rapidement, lui arrachant son arme, calmant ses ardeurs d’un tabassage en règle.

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