Chapitre 7.4 : Maman

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 Il en a marre, les adultes s’acharnent. Il voudrait juste aller jouer dehors, sentir la caresse du vent d’été sur sa peau. Mais ils s’entêtent, ces gens en blouse sont pénibles.

 – Allez, on s’y remet. Qu’est-ce qu’il y a sur cette image ?

 Comment pourrait-il le savoir ? Ils font exprès de la lui cacher. Visiblement ses réponses ne les satisfont pas, mais il ne peut pas faire mieux.

 – Un chien ?

 – Non ! Tu le fais exprès ?

 Evidemment que oui. Ce petit jeu l’énerve sans doute plus qu’eux encore. Le plus gros a toujours été méchant et l’enfant s’est déjà demandé ce qui se passerait si… Après tout, c’est à ça qu’on le forme, non ?

 Le plus maigre des deux retourne la carte avec calme.

 – C’était une forêt sous le soleil. On recommence.

 Une forêt… Le garçon aimerait bien en voir une un jour. Pourquoi pas y habiter, même ? L’homme en blouse se saisit d’une autre carte. Le jeu reprend.

 – Qu’est-ce qu’il y a sur cette image ?

 Le gros a peur. Ses airs durs ne suffisent pas à trahir l’anxiété qui se cache dans ses petits yeux sombres. L’enfant le sait, il l’a toujours senti. Sa peur pue, le gros est toujours moite quand il est dans la même pièce que lui. Doucement, le garçon décrit de petits cercles sur la table en inox avec son index. Imperceptible de ses « camarades de jeu », ses mouvements se font peu à peu plus amples, plus rapides, alors que son visage garde l’impassibilité du marbre, comme toujours.

 – Un car… non. Un cercle. Il est blanc sur fond bleu sombre, je crois.

 Le maigrichon sourit. Une mimique bancale qui s’étire jusqu’à son oreille droite et affiche sa satisfaction.

 – La lune. On progresse !

 Le gros reste figé. Ses petits yeux de cochons vissés sur l’index du garçon, comme s’il happait son âme.

*

 Toujours ce ciel d’acier qui le toise froidement. Le garçon soupir doucement en se levant de son lit sans réconfort. Il est simplement serti de draps blancs et rêches, de ceux qu’on retrouve dans toutes les chambres impersonnelles de ces couloirs sans fin.

 – On m’a rapporté tes progrès. C’est bien, mais encore loin d’être suffisant.

 La blouse en chef est sévère, exigeante. Jamais ce grand homme au regard gris ne se souci d’autre chose que de ses résultats aux tests. Le garçon s’y est habitué.

 – Je fais de mon mieux.

 Une réponse bien plate, pour une relation qui s’efforce de ne subir aucun relief sentimental. Le silence s’abat sur la petite chambre aux airs de cellule immaculée.

 – Tu n’as rien de plus à me dire ? questionne l’adulte.

 – Non. Pourquoi ?

 La blouse grise décrit quelques pas, observe d’un œil suspicieux les dessins chamarrés accrochés aux murs pour maquiller tant bien que mal leur morne grisaille métallique. Il attend une meilleure réponse.

 – Tu sais, Oleg n’est qu’un simple technicien. Il fait ce que je lui dicte de faire. Alors pourquoi t’en prendre à lui de la sorte ?

 L’enfant n’a pourtant parlé à personne de ses nouveaux dons. Merde, la grande blouse est rusée. Chaque nuit depuis bientôt deux semaines, il rend visite au gros. Dans sa tête creuse et affaiblie par un profond sommeil.

 – C’est juste un jeu !

 – Un jeu qui le terrifie apparemment. Il m’a demandé à changer d’équipe de recherche.

 – Désolé…

 Le scientifique s’avance vers le jeune garçon. Il se penche et l’observe par-dessus ses fines lunettes.

 – Nous savons tous les deux que c’est faux.

 Le garçon consent par son silence.

 – Ce qui me chagrine, c’est que tu n’as parlé à personne de ces nouvelles capacités que tu as acquises.

 – Je n’aime pas tous ces gens. Il n’y a que Maman qui est gentille mais elle ne vient plus beaucoup.

 – Maman ?

 Le garçon hoche la tête. Ses émotions sont pareilles à un vaste océan placide, caché sous une épaisse atmosphère de vapeur d’eau. Mais il discerne ceux des autres avec aisance, bien qu’il ne les comprenne pas vraiment. L’homme en blouse se sent abusé, déçu. Il est perplexe.

*

 Toujours cette myriade de câbles qui serpente au plafond. Dans la pièce d’à côté, la grande blouse est en colère, ça fait un moment qu’elle hurle après Maman. C’est comme ça depuis qu’il s’est plaint de ne plus beaucoup la voir. Quelque chose ne va pas. L’enfant colle son oreille au bas du sas métallique, là où un fin filet d’air passe à peine.

 – Ces gamins sont comme les autres, Woden !

 – Tu sais que non. Pas la peine de continuer à en discuter, tu refuses l’évidence.

 – C’est toi qui refuses d’être réaliste ! Jamais je n’aurais dû travailler avec toi. Si j’avais compris tout ce que ça impliquait…

 Le silence. Pesant comme une poignée de plomb.

 – Je vous laisse trois jours pour mettre vos affaires en ordre. Après, toi et Dan, vous vous en irez. Mais le garçon restera ici, bien évidemment. Prends la petite si ça te chante, après tout elle est de vous.

 – Je te pensais brillant.

 – Pardon ?

 – Je te pensais brillant, mais je me suis trompée. Tu répètes les mêmes erreurs, encore et encore. Tu tentes de laver une faute par une autre. Un jour cette génération viendra te réclamer justice. Si Tyr ne te capture pas avant.

 – Cassandre… Prends tes affaires et dégage.

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