Chapitre 1 : Chute libre

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Laurie, août 2024 — Lundi.

Soudain, je m'écarte d'un bond en voyant une silhouette chuter lourdement au-dessus de moi. J'entends le craquement sec des os, suivi immédiatement d'un cri déchirant qui me glace le sang. Et soudain, j'ai le souffle coupé.

Il y a quelques secondes, profitant du beau temps du mois d'août, cette femme nettoyait une fenêtre au dernier étage. Perchée sur une échelle instable avec ses escarpins dorés, elle venait de gravir le dernier barreau de son escabeau. C'est alors qu'un courant d'air a suffi pour déséquilibrer l'ensemble, l'entraînant dans une chute fatale. Sa tête a heurté violemment le bord du trottoir dans un bruit sourd. Juste après, je sens un liquide chaud sur mes vêtements. Son crâne s’est fracassé au sol. Quelques secondes après l'impact, je hurle désespérément. J'expulse en même temps un crachat d'horreur. Tout d’un coup, je manque d'air. De mes yeux jaillissent des larmes. Mon cœur bondit littéralement hors de ma poitrine. Mes dents grincent sous l'acidité du souffle. Heureusement, d'un geste instinctif et réflexe, j’ai posé ma main sur le visage de ma petite-fille. J’ai crié :

— Ingrid, ne regarde pas. Je t'en supplie. Pitié, ferme les yeux.

Je la tiens serrée contre moi. Ses doigts agrippent ma robe. L'effroi qui la tenaille, je la ressens dans mon corps. Quelle horreur.

Par la suite, je passe ma main sur sa joue. Elle est humide. C’est du sang presque coagulé. J'ai envie de vomir, de protéger l'enfant malgré mon impuissance. Je souhaite que tout ne soit qu'un cauchemar. Vais-je me réveiller enfin ? Ce n'est pas possible… pas possible. À ce moment, des râles s'échappent de la gorge de la femme. Décontenancée, je vacille. Nous nous effondrons, Ingrid et moi, sur l'asphalte. Ma tête percute un obstacle. Une rafale de vent vient de me jeter un escarpin doré sur mon visage. Des pensées improbables reviennent dans mon esprit. Je revois la mort de ma mère. Et mon cerveau semble sortir de sa cavité. C’est une sorte de réponse physiologique à l'horreur de la scène. La voix de ma mère résonne dans mes oreilles. Je ne veux plus lui obéir. Je ne veux plus l’entendre. Comment lui résister ? Puis, plus rien. Rien qu’un souffle tiède. Un vent chaud a balayé la rue. Je sens sur ma peau la chaleur du sang. Le courant d’air a amené une odeur métallique et pointue comme une lame de rasoir. Le corps est là, devant moi, la jambe encore frémissante. Je me relève et j’essaie de m’approcher. Mais tout autour de moi semble tanguer. Ingrid implore derrière moi :

— Viens, j’ai peur.

Je crie et empoigne la face hideuse de la femme qui me fixe avec ses yeux de mort. Quelqu’un essaie de me tirer en arrière. Moi, j’ai envie d’embrasser le corps affalé devant moi. Le soleil brûle encore plus ma peau. Celle-ci commence à devenir rouge écarlate. J’ai l’impression qu’elle se consume. Une sirène de pompiers retentit. Cela perce mes tympans. Je me recule.

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