L'hôtel

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Un jeune homme élégant, le visage encore marqué par la jeunesse, s’efface pour me laisser entrer dans l’hôtel. À peine ai-je franchi le seuil qu’une femme brune, perchée sur des talons trop hauts pour elle, me coupe le passage. Elle tire derrière elle une valise rigide. Je ne m’arrête pas. J’avance sans ralentir. Surprise par mon attitude, elle sursaute, perd l’équilibre, heurte mon bras.

Mon sac à main m’échappe alors. Il tombe, s’ouvre. Des objets métalliques roulent sur le carrelage clair. Je m’accroupis pour les ramasser, gênée par ma jupe trop étroite. Le tissu glisse sur mes cuisses, remonte malgré moi. Je sens le regard concupiscents des hommes se poser sur moi. Je me relève aussitôt et reprends ma route.

Je me dirige vers l’ascenseur. En panne. Quelqu’un m’ouvre la porte des escaliers et m’indique la direction à la volée d’un geste pressé. Je m’y engage sans refermer derrière moi. En montant, je croise mon reflet dans la vitre : les joues rouges, le visage échauffé. La chaleur, sans doute. Quelques perles de sueur glissent le long de mon cou, s’attardent sur le bord de mon corsage. J’ouvre un bouton, puis un second. L’air me fait du bien.

Je me retourne brusquement.

Le jeune homme de l’entrée est là. Il monte les marches à grandes enjambées, presque en courant. Son souffle est court, mais son regard est sûr. Il s’arrête à deux marches de moi.

Avant que je ne parle, une femme d’une soixantaine d’années, lunettes épaisses et manteau strict, descend à notre rencontre. Sa présence m’apaise immédiatement. Une tierce personne. Un rappel du réel.

— Tenez, dit l’homme en me tendant une carte bancaire.

Il s’écarte pour laisser passer la femme.

— Vous l’avez oubliée tout à l’heure.

Je prends la carte. Mes doigts tremblent légèrement. Je m’adosse au mur. Lui sourit, comme si rien ne pressait.

— J’ai eu du mal à vous rejoindre. Vous montiez les marches au pas de charge, me lance-t-il.

— Je suis rapide quand je suis pressée.

— Ce n’est pas grave. J’ai l’habitude de courir derrière les femmes.

La phrase reste suspendue. Il détourne la tête, comme s’il regrettait déjà de l’avoir dite.

Je le regarde enfin vraiment. Ses yeux sont bruns, d’un brun calme, presque assorti à la couverture de mon sac à main. Il est beau. Il le sait. Il attend qu’on le constate.

— Quel est votre prénom ? demande-t-il.

— Laurie.

Il n’hésite pas.

— Bruno.

Il recule d’un pas, me laissant de l’espace. Je reste immobile. Sa phrase me revient, insistante. Courir derrière les femmes. Je m’apprête à parler.

— Vous travaillez dans quel domaine ? dis-je.

Il ouvre la bouche pour répondre, mais la femme à lunettes, déjà remontée de quelques marches, se retourne.

— Suis-moi, dit-elle simplement.

Il acquiesce. Me lance un dernier regard, bref, appuyé. Puis il disparaît derrière elle.

Je reste seule dans l’escalier. La carte bancaire toujours dans la main.

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