Chapitre 40
Je ne savais pas où j’étais.
Mes yeux s’ouvrirent lentement, encore lourds de fatigue et de douleur. Chaque respiration me brûlait les côtes, rappel brutal de ce qui s’était passé avant… avant le vide. Mon corps semblait engourdi, chaque muscle tendu comme si je venais de traverser un enfer et que mes nerfs refusaient de se relâcher.
Je me souvenais de l’attaque. Les hommes en noir… rapides, brutaux, chaque geste précis et cruel. J’avais tenté de me défendre, de parer, de frapper. J’avais crié intérieurement, chaque fibre de mon être poussée à réagir. Et puis… le noir. Le néant. Le temps qui s’efface.
Non.. Pas complètement.
Je me rappelais d’une lumière froide.
Un éclat traversa ma mémoire, brutal, désordonné. Une chaise. Le métal contre ma peau. Mes poignets entravés, serrés à en couper presque la sensation. Une respiration lente, étrangère, juste en face de moi.
– Intéressant…
Ma mâchoire se contracta malgré moi.
La voix n’était ni agressive, ni pressée. Pire. Elle observait.
Un autre fragment.
– Tu ne réagis pas comme les autres.
Un silence. Long. Calculé.
Quelque chose avait suivi. Quelque chose de plus violent. De plus précis. Mais dès que j’essayais d’y accéder, mon esprit se refermait brusquement, comme si une barrière invisible m’en empêchait.
Quand je revins à moi, j’étais dans une pièce froide, sans fenêtres. Le sol dur mordait mes chevilles, mes poignets tiraient douloureusement contre les chaînes, et l’air sentait le métal et la poussière. Je tentai de recoller les morceaux : on m’avait traîné, presque porté, à travers des couloirs étroits et sombres. Mon corps refusait de répondre, mais mon esprit essayait désespérément de comprendre, de reconstruire le fil de ce cauchemar.
Et maintenant, j’étais là, assis sur une chaise glaciale, attaché. À côté de moi, deux autres personnes. Je ne connaissais ni leur identité ni leur rôle. Leurs visages restaient flous, effacés par l’ombre.
Ma gorge brûlait et mes côtes hurlaient de douleur. Mais une pensée me rongeait plus encore que la souffrance physique : Elyn.
Et si elle avait été seule ? Si elle avait dû affronter tout ça sans moi ? La culpabilité me serra la poitrine comme un poing invisible. J’avais échoué. Encore.
La porte s’ouvrit soudain. Un souffle parcourut la pièce, glacé, chargé d’une menace silencieuse. Je tournai la tête, et mes yeux se figèrent.
Je la reconnus immédiatement. Pas totalement, pas vraiment… mais quelque chose dans sa présence, dans l’air autour d’elle, me figea. Mon cœur se bloqua, mes muscles refusèrent de bouger.
Elle était là.
Je ne pouvais pas détourner le regard. La pièce était oppressante, chaque bruit amplifié : chaînes qui tintaient doucement, mes propres respirations brèves et rapides, le cliquetis des bottes dans le couloir. Tout semblait me crier que le pire n’était pas seulement arrivé, il n’avait fait que commencer.
Ma culpabilité me rongeait plus encore. Si j’avais été plus rapide, plus alerte… si je n’avais pas hésité… peut-être que nous ne serions pas tous ici, captifs de ce lieu.
Peut-être que je ne l’aurais pas laissée seule face à ce qui l’attendait.

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