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Tout son être se remit à trembler à la seconde où il reprit connaissance. Une source de chaleur s'étalait sur son visage et chassait les derniers vestiges de gel présent en lui. Il entendit des pas se précipiter sur lui. Une main chaude se déposa sur son front.

– La fièvre descend. Il revient à lui.

Anton n’osait pas ouvrir les yeux, de peur que les vertiges qui l’asseyaient ne deviennent encore plus insupportables. Cette information devait manquer à la personne qui l’auscultait, à moins qu'elle n’en avait cure.

– Lieutenant Anton, ouvrez les yeux si vous m’entendez.

Il ne pouvait y couper. Prenant une grande inspiration, il entrouvrit doucement les paupières. Quelques minutes lui furent nécessaire pour se situer dans l’espace. Allongé à même le sol, il se jugeait non loin d’un feu de camp d’où provenait la chaleur. Le ciel derrière les arbres était encore noir mais commençait à tirer sur le bleu, signe que le jour n’allait pas tarder à pointer.

Assuré sur ces points, il étudia les visages des personnes qui l'entouraient. Juste au-dessus de lui, un homme à lunettes rondes et aux cheveux ébouriffés se penchait pour observer ses pupilles. Si l’on en croyait sa tunique orange, il était médecin. À ses côtés, Anton reconnut Ettie et l’empereur. Ce dernier attendit que le médecin se soit reculé et ait donné son accord pour s’approcher du patient. S’agenouillant à ses côtés, il le questionna.

– Comment vous sentez-vous lieutenant ?

Anton nota qu’il avait utilisé son nouveau grade, signe qu’il prenait des nouvelles d’un soldat plutôt que d’un citoyen. Le cueilleur voulu se racler la gorge mais ne parvint qu’à tousser tant son gosier était rêche. Le médecin vint lui faire boire quelques gouttes d’eau avant de se retirer de nouveau. À présent hydraté, il parvint à former quelques mots.

– Vivant votre altesse.

Sa voix n’était pas aussi claire qu’à l'accoutumée. Faute au cri poussé sans aucun doute.

– Vous souvenez-vous de ce qu’il s’est passé ce soir ?

Au souvenir de la reviviscence funeste, Anton trembla. Il hocha de la tête, non désireux de raconter ce passage en détail. Charles dut sentir son hésitation.

– Nous avons besoin de savoir ce qu’il vous est arrivé, lieutenant. Question de sécurité.

Anton choisit ses termes avant de parler.

– Je faisais mon tour de garde quand je fus prit d’une... hallucination. J’en étais totalement prisonnier. Je ne comprends pas comment je suis parvenu à y mettre fin mais, pendant un instant, je n’étais plus là physiquement.

L’empereur hocha gravement de la tête. Il désigna par la suite la jeune femme qui se tenait derrière lui.

– Ettie à entendu votre cri. Quand elle est arrivée sur place, Trébuchet vous avait déjà localisé et prenait votre pou.

Anton fut surprit de voir le bouffon sortir de l’ombre. Ce dernier ne prononça pas un mot mais l’empereur le fit pour lui.

– Il semble qu’il vous ait trouvé peu de temps avant que vous ne vous évanouissiez, alors que vous deviez encore être sous la puissance de l'hallucination. Par la suite, Ettie et lui vous ont amené près d’un feu de camp et ont appelé un médecin, d’abord Hogier puis Atlas que voici, il désigna le médecin aux lunettes rondes. Ayant plus d’expérience, il sut s’occuper de vous mieux que personne.

Anton le remercia comme il put, essayant le moins possible d’utiliser sa voix. Il en eut tout de même besoin lorsqu’il posa la question qui lui brûlait les lèvres.

– Depuis combien de temps suis-je dans les vapes ?

– Environ cinq heures, l’informa le médecin.

Cinq heures. Il était loin d’avoir terminé son quart lorsque l’incident est survenu. Il ne doutait cependant pas de l’efficacité de l’empereur à mettre une équipe d’aplomb rapidement. Anton ne s’en sentit pas moins honteux et coupable d’avoir donné plus de travail à ses camarades. Heureusement pour lui, Atlas change rapidement de sujet.

– Ça a dû être une sacrée hallucination pour en sortir avec de telles marques.

Il désigna son poignet soigneusement bandé. Anton fut forcé de l’admettre.

– Il s’agissait plus d’un souvenir vivant qu’une hallucination pour tout vous dire.

Il sentit le regard interrogateur de l’empereur se poser sur lui. Nul doute qu’il le questionnera plus tard. Ce n’était cependant pas le moment de lui apprendre que des actes horribles étaient commis dans son propre palais sans même qu’il n’en ait eu vent. Anton aborda donc un nouveau thème.

– À-t-on une idée de la nature de la chose qui m’a donné ces reviviscences ?

– Evanora, qui a été réveillée par ton cri, a fait le tour du lieu, l’en informa Ettie. Elle avait comme hypothèse qu’une plante toxique puisse se trouver non loin et t'affaiblir. Nous ne savions pas exactement quoi chercher alors il se peut qu’elle soit passée à côté de quelque chose.

– Mais elle n’a rien trouvé qui lui aurait mit la puce à l’oreille, releva Anton.

– Nous demanderons à tous les cueilleurs de refaire un tour du lieu ce matin, proposa l’empereur. Nous ne pouvons partir sans savoir si un risque semblable puisse de nouveau se manifester plus tard. Il reste encore quelques heures avant le départ. Reposez-vous, lieutenant.

Anton ne se fit pas prier. À peine Atlas s’assura-t-il qu’il ne manquait de rien et que Ettie lui intima de l’appeler en cas de soucis, il s’endormit dans un sommeil sans rêve.

À l’instant où il rouvrit les yeux, tout le monde s'affairerait pour ranger le campement. Il se redressa mais son mouvement fut interrompu par une main puissante.

– Interdiction de vous lever à cette vitesse lieutenant, ordre d’un médecin !

Atlas se tenait à ses côtés, un léger sourire flottant sur ses fines lèvres. Ses cheveux d’ébènes témoignaient de son origine de la forêt de Celian. Ils étaient soigneusement tirés en arrière, si bien qu’Anton ne le reconnu pas immédiatement. La veille, tiré de son sommeil, l’homme lui était apparu avec une coiffure bien moins ordonnée.

Il l'obligea à boire de l’eau puis un tas d’autres potions avant d’observer sa plaie et lui changer les bandages. Il lui posa ensuite un grand nombre de questions sur son état dont il ressortit principalement qu’il avait encore froid mais se sentait déjà beaucoup mieux. Le médecin le regarda d’un air soucieux.

– Ces questions ne sont pas toutes à mon service. Elles ont été en grande partie posées par votre supérieur, Major l’Honnête. Lui et vos compagnons sont à la recherche de plantes potentiellement hallucinogènes.

Devant l’insistance d’Anton, Atlas accepta de le laisser rejoindre les cueilleurs à la seule exigence qu’il revienne le voir avant le départ pour un nouveau contrôle.

Le moussu se dirigea vers le lieu qu’il avait occupé la veille et y trouva Isak en grande observation. En entendant ses pas, le blond se retourna et lui fit un sourire rayonnant qui ne parvint cependant pas à cacher ses cernes.

– Comment tu te sens ?

– Je vais mieux.

Anton se contenta d’une réponse courte et redouta de lui demander si c’était lui qui avait dû prendre sa place. Au lieu de cela, il prit des nouvelles de leurs recherches.

– Rien, répondit le cueilleur en se passant une main lasse dans ses mèches en batailles. Pas la moindre trace de plante toxique quelle qu'elle soit. Evanora et Petra ont fait un tour côté Est et Major et Janus côté Sud mais je crois qu’ils n’ont rien trouvé non plus.

Le silence se fit entre les deux moussus. Anton savait qu’il le croyait sur parole mais aucun d’entre eux n’osait exprimer la seconde hypothèse la plus probable. Lorsqu’ils ils firent le compte rendu à l’empereur, celui-ci se permit de dire tout haut ce que tous pensaient tout bas.

– Nous ne connaissons pas bien la Brume. La seule chose dont nous pouvons être sûrs c’est que nous nous en rapprochons à grands pas. Je ne sais pas si vos récents faits antérieurs avec elle peuvent avoir un effet sur vous. Ma seule certitude est que nous devons tous rester sur nos gardes.

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