4. Insomnies
Je me tournais et me retournais dans mon lit, les pensées vagabondant dans mon esprit agité. Anastasia dormait depuis plusieurs heures déjà. Le réveil affichait 00:10. Demain, ça allait piquer…
J’essayai une dernière tentative de sommeil. Évidemment, ce fut un échec. Le sport me déstressait, mais là, même courir un marathon n’aurait pas calmé ce qui se passait dans ma tête.
Je soupirai et fixai le plafond. Chaque ombre, chaque bruit du couloir semblait amplifier mon insomnie. Je n’arrivais pas à savoir si c’était l’excitation, la peur, ou juste… tout.
Je me redressai légèrement, tirant la couverture contre moi. Le silence de la chambre était presque trop lourd. On aurait dit qu’il attendait que je parle, que je pense, que je m’inquiète encore un peu plus.
— Super, murmurai‑je pour moi-même. Premier jour, première nuit blanche. Bravo Angelica.
Je me rallongeai, fermai les yeux, et tentai de respirer lentement. Une, deux, trois… Rien n’y faisait.
Alors je laissai mes pensées filer. Le Chili. Alejandro. Maman. Stanford. Tout ce que j’avais laissé derrière moi. Tout ce que je devais affronter demain.
Le réveil affichait maintenant 00:27. Super. J’allais mourir demain.
Je fixais le plafond, puis le mur rose d’Anastasia, puis le plafond encore. Rien n’y faisait. Mon cœur battait trop vite et mon corps refusait de se calmer.
Finalement, j’en eus marre.
Je me redressai, attrapai un legging, un sweat, et enfilai mes baskets en silence. Anastasia dormait profondément, une main sous la joue, l’air paisible. Je l’enviais.
Je sortis de la chambre en douceur, refermai la porte derrière moi, et me dirigeai vers la salle de sport du campus. L’air nocturne était frais, presque froid, mais ça me faisait du bien. Ça me réveillait. Ça me recentrait.
La salle était presque vide quand j’entrai. Les lumières étaient tamisées, les machines alignées comme des soldats endormis. Je montai sur un tapis de course, appuyai sur “Start”, et commençai à courir.
D’abord doucement. Puis plus vite. Encore plus vite.
Le bruit régulier du tapis me calmait. Mes pensées se rangeaient. Mon souffle se stabilisait.
J’étais tellement concentrée que je n’entendis pas la porte s’ouvrir derrière moi.
— Tu sais que c’est illégal de courir à cette heure‑ci, non ?
Je sursautai violemment. Je manquai de tomber du tapis. Mon cœur explosa dans ma poitrine.
— ¡La concha de tu madre! ¿Qué te pasa? ¡Me asustaste!
Les mots sortirent tout seuls, en chilien, sans filtre, sans élégance.
Un rire étouffé me répondit.
Je tournai la tête.
Jasper.
Le basketteur de tout à l’heure. Sweat gris, cheveux un peu en bataille, bouteille d’eau à la main. Il me regardait avec un sourire amusé, comme s’il venait de découvrir un secret précieux.
— Wow, dit‑il. Je comprends rien, mais… c’était intense.
Je coupai le tapis, essoufflée, encore sous le choc.
— Tu m’as fait peur, dis‑je en reprenant mon souffle.
— Désolé, dit‑il en levant les mains. Je pensais pas que quelqu’un serait là à… Il regarda sa montre. — …00:40.
Je haussai les épaules, méfiante. Je ne le connaissais pas. Je ne connaissais personne ici.
— Je… j’arrivais pas à dormir, finis‑je par dire.
Il hocha la tête, comme si ça lui parlait.
— Ouais. Ça arrive. Surtout la première nuit.
Il s’approcha d’un tapis à côté du mien, posa sa bouteille, puis me regarda encore.
— Tu veux que je te laisse tranquille ? demanda‑t‑il, sincère.
Je le fixai un instant. Il n’avait pas l’air dangereux. Juste… curieux. Et un peu trop gentil.
— Non, ça va, dis‑je finalement. Je soufflai. — J’avais juste besoin de courir.
Il sourit, un sourire doux, pas envahissant.
— Alors on court ensemble ?
Je ne répondis pas tout de suite. Mais je remontai sur le tapis. Et lui aussi.
Et pendant un moment, on courut côte à côte, dans le silence de la salle vide, comme deux inconnus qui ne savaient pas encore qu’ils étaient en train de commencer quelque chose.ose.

Annotations
Versions