Seulement Moi

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(Encore froid.
Ce doux froid qui me transperce. Ça me permet de me sentir vivant. Mais ça risque de m'empêcher de sentir quoi que ce soit si ça continue.
Je dois trouver une solution. L'hiver commence à me grignoter.
Ils me regardent tous. Enfin non, ils sentent, entendent, savent ma présence, mon existence, mais évitent mon regard. Ça serait dommage que je me sente encore humain...
Enfin, qu'importe, dans tous les cas, je ne perdrai jamais mon objectif de vue.
La vie m'a laissé. Ok.
Mon ex m'a jeté. Ok.
La société m'a rejeté. Ok.
Ma famille m'a oublié. Ok.
Mes biens ont disparu. Ok.
Mais... jamais. Jamais je ne laisserai m...
C'est quoi ça?)

Mark se releva péniblement, les muscles gelés et affaiblis par la faim.
Il s'appuya au mur qu'il longeait, passa la tête dans la rue dans l'angle, et soupira.

(Juste l'enfant de la boulangère...)

Il retournât vers son emplacement, leva la tête pour observer le ciel et ferma les yeux pour sentir chaque rayon.
Il finit par récupérer son sac à dos devenu presque noir à cause de la poussière du sol, le mit sur son dos et partit.

(Et dire qu'il était bordeaux avant...
Vu la position du soleil, il doit être 15h. Je dois me dépêcher de quitter cette rue avant de recevoir à nouveau des cailloux.)

Il accéléra le pas du mieux qu'il pût, soufflant à chaque mouvement, serrant la hanse de son sac et ses dents pour cacher sa douleur grandissante.

Il se faufila au milieu des passants. Chose simple à faire, vu qu'ils s'écartaient tous de lui.
Il arriva à un parc. Le seul suffisamment grand pour pouvoir l'accueillir sans qu'il ait à supporter tous ces regards méprisants remplis de peur.
Il posa son sac, s'appuya au tronc d'un arbre et se laissa glisser contre lui.
Il ouvrit son sac, y sortit sa seule couverture qui se trouait de plus en plus, donnant l'impression qu'elle s'émiettait tel un château de sable au vent.
Il la mit autour de lui, prit sa bouteille qu'il réussissait à remplir tous les soirs à la fontaine avant de quitter ce parc, but quelques gorgées et se retint comme toujours de pleurer pour éviter de se donner le sentiment de gâcher cette eau.

(Le soleil disparait de plus en plus tôt... le froid se durcit. Au moins les gens quittent cet endroit en fin d'après-midi maintenant ; je pourrai commencer mes feux de camps avant.)

Il partit à la recherche de brindilles, de branches, et avec de la chance, de reste de tronc oublié.
Il prit son briquet, soupira en voyant qu'il serait bientôt vide, alluma son feu, tenta de se réchauffer et fit le point sur son inventaire.

(Nourriture épuisée...encore...
Eau, de qualité de plus en plus douteuse...
Vêtements toujours identiques; ils commencent à sérieusement se découdre en plus...
Couteau, ébréché, la lame va bientôt tomber on dirait... elle n'est pas faite pour couper du bois en même temps...
Brosse à dents, décomposée...)

Il baissa la tête et se frotta le front.

(Je vais bientôt devoir changer d'endroit, cet environnement ne suffit plus à mes besoins. La ville ça peut être bien, mais dans celle-ci, la pollution et l'égoïsme dominent. Et si j'essayais la campagne ? Je trouverai peut-être plus faiblement à manger et de l’eau ? Et je ne risquerai plus ma vie à chaque fois que je regarde quelqu'un...
Problème... marcher dans cet état aussi loin, ce n'est pas gagné, ça va encore plus m'affaiblir. Et puis... je n'aurais pas les aérations des restaurants pour me réchauffer là-bas...)

Il finit la tête sur ses genoux à penser.

(Mon feu s'éteint, mais si je le rallume, je vais me faire jeter...
Espérons que je survive à la nuit alors...)

Il s'allongea, se blottit dans son reste de couverture en tremblant, fixa le feu, comme pour lui transmettre ses peurs, priants pour qu'il reste encore un peu avec lui.

(De l'eau. Je sens de l'eau sur ma joue. Je suis donc en vie. Je n'aurais pas ce but, ça aurait pût être une mauvaise nouvelle...)

Il se redressa, rangea ses affaires, se motivant pour supporter le poids supplémentaire de sa couverture mouillée. Avant de partir, il fit une dernière vérification.
Il sortit une photo en parfaite état, brillante, luisante comme au premier jour alors qu'elle avait trois années d'existence. Il tenta de sourire, même si son corps ne savait plus ce que cela signifiait.
Il la rangea soigneusement dans la poche secrète de son sac.
Il sortit également son pistolet.

(Quatre balles. Je ne vais pas aller loin avec ça...)

Il le mit au fond, tout au fond de ses affaires, et partit.

Ce jour-là, il ne se sentait pas la force de rester dans des rues fréquentées. Voir tous ces gens, l'isolait encore plus.
Cela ne servait à rien de toute façon, personne ne lui donnait jamais rien.
Il se posa ainsi dans l'obscurité.
Les heures passèrent, son corps avait du mal à se réchauffer mais luttait avec rage.
Il avait appris à aimer la faim, le froid et les muscles qui semblent se déchirer.
Toutes ces sensations le rendaient encore humain pour lui.
Il aimait également la solitude profonde désormais, surtout après le jour où elle avait failli le pousser au suicide. Il avait fini par l'accepter et même à lui trouver toutes sortent d'utilités. Le calme, l'ordre dans les pensées, la légèreté, la sérénité. Mais ce qu'il préférait avec la solitude, c'est la possibilité de voir des choses que les autres ne prennent pas le temps de voir.
Observer une fleur s'ouvrir le matin, étudier la joie innocente d'un enfant, écouter le bonheur du ronronnement d'un chat raisonner dans une rue juste parce qu'il a trouvé un endroit en hauteur aussi petit et sale soit il...

Il profitait de ces moments, se disait qu'il considérait cette capacité à profiter de tout comme d'un don, et entendit des cris. Il observa l'entrée de la rue, là où ils se localisaient, et vit un homme y entrer.
Il était habillé avec des vêtements très souples, il haletait et Mark remarqua que l'individu était coupé au bras gauche.

T'as l'air perdu.

Tu veux quoi toi ? Qui t'as dit que tu pouvais me parler ?!

Tu peux te cacher dans cette poubelle si tu veux échapper aux flics.

Il reçut un regard menaçant et détourna sa vision quand l'homme suivit son conseil.
La police passa, ne le vit pas et décida de poursuivre sa course. Le conteneur se rouvrit.

T'as rien vu, compris ?!

Mark plaça son regard sur le bras blessé que l'homme cacha aussitôt puis fixa une petite fourmi qui s'engagea à monter un mûr. Il observa le haut du bâtiment et se dit qu'elle était bien courageuse.

Tu ne sais pas où aller ?

Qu'est-ce que ça peut te faire?!
Oublie ce que tu as vu ok?!

Regarde-moi. Qui m’écouterait ? Et puis... je suis mal placé pour juger. En plus je préfère utiliser mon énergie à observer et profiter plutôt qu'à juger.

Me raconte pas ta vie.
...
Non.

Pardon ?

Non, je n'ai nulle part où aller.

Ils se fixèrent un moment, puis regardèrent chacun d'un côté différent. Le silence dura deux longues minutes que Mark utilisa pour encourager la fourmi qui allait atteindre son objectif. Elle arriva, et cela lui donna une idée. La plus folle et insensée des idées.
Ce qui le conduit à l'adorer.

Ça te dirait...
L'inconnu replaça son attention sur lui.
Ça te dirait qu'on aille nulle part, ensemble?

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