Chapitre 10

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Daren Kharveta a encore du mal à encaisser la vue de sa muraille millénaire réduite à un tas de gravats.

– Odale, dès notre retour tu seras en charge de la reconstruction. Cela prendra le temps et les ressources qu’il faudra, mais je veux voir ce mur debout à nouveau !

Odale acquiesce d’un hochement du buste, main sur le cœur.

– Il sera encore plus solide qu’autrefois.

– J’en doute, grimace Daren. Plus personne ne maîtrise ces techniques de construction. As-tu déjà seulement observé les pierres qui composent l’intérieur du mur ?

– Pas vraiment.

– Elles sont comme… moulées. Elles s’imbriquent parfaitement. Ce ne sont pas des roches qu’on modèle par la taille avec des outils comme nous le faisons, loin de là. Ces « pierres » sont créées de toutes pièces avec des éléments plus petits ! Qui aujourd’hui connait encore ces recettes ingénieuses ? Personne, se lamente-t-il.

– Ça reste un tas de cailloux, tranche Regarth avec la sobriété d’un ketann.

Daren observe son cadet comme si sa bouche avait prononcé la pire des insultes. Ses sourcils se cabrent et ses lèvres se crispent alors que le garçon ne pose même pas un regard sur son père outré. Ce dernier regrette parfois l’époque où son fils était en âge de prendre des corrections bien senties ! Mais sa raison pousse le patriarche à continuer sans relever l’affront fait à leurs ancêtres.

– Tes affaires sont-elles prêtes Regarth ?

– Bien sûr.

– Pourtant je n’ai quasiment vu aucune malle t’appartenant dans la réserve.

– C’est parce que je compte voyager léger. Nous n’aurons pas besoin de tout ce superflu que vous comptez vous trimballer.

– Allons, soit sérieux deux minutes, l’interpelle son frère. Tu crois vraiment que ce que ton esclave a préparé va suffire jusqu’à notre arrivée ?

– Oui ! Le voyage sera rapide, inutile de partir si lourdement chargé.

Odale reste interloqué là où son père se retrouve franchement agacé par son dernier fils, une fois de plus.

– Tu les as mis au courant, c’est ça ?

Regarth reste tranquillement adossé à son arbre, les bras croisés à fixer la cour pavée devant la demeure familiale.

– Pourquoi faire ? Vous ne pensiez pas sérieusement qu’il passerait à côté d’un évènement pareil ? C’est impossible de lui cacher ça.

– Je n’y comptais pas vraiment, souffle Daren. Et quand vont-ils débarquer selon toi ?

Le cadet des frères Kharveta décroise les bras et les hausse en signe d’incertitude.

– Dans la journée je dirais. L’atmosphère se fait lourde.

*

Les rayons du soleil de l’après-midi frappent de façon éparse sur la place pavée, car le gros de l’assaut est naturellement endigué par l’épais feuillage de l’arbre. Daren attend à l’ombre, assis sur une chaise de bois rouge en haut des escaliers menants à sa demeure. Le patriarche reste droit sur son assise, les mains campés sur les accoudoirs et scrutant l’horizon devant lui aussi stoïquement que l’aurait fait une statue de bois. A ses côtés se tient Gathal, debout et les bras croisés, jambes écartées de façon à s’enraciner solidement sur le perron qui mène à l’intérieur du manoir.

Pas un mot entre eux, les deux elfes restent dans l’attente du moindre signal qui trahirait l’arrivée de leurs visiteurs. Devant eux, les serviteurs s’affairent à rassembler les bagages nécessaires à leur périple en un tas au bas des escaliers, bien plus petit qu’initialement prévu.

L’air semble onduler doucement sous les yeux attentifs de Daren et Gathal. Puis c’est une véritable frénésie. Des spasmes qui agitent l’air, se chargent d’étincelles qui crépitent, s’affolent alors que les serviteurs s’éloignent en hâte. Un bruit sourd, comme un craquement. Un trou percé à travers un quelque chose d’invisible et qui s’ouvre à travers on ne sait où. Ça s’agrandi sur les pavés devant la demeure de Daren qui reste aussi impassible que son arbre millénaire.

La faille sur le vide se fait plus assurée, plus grande et déborde de fouge. Enfin Regarth quitte sa cachette arboricole et descend rejoindre tranquillement son père d’un pas assuré.

Du gouffre crépitant sortent deux silhouettes longilignes et puis plus rien. Le trou dans la trame du monde se referme brusquement dans un son de porte que l’on claque avec beaucoup trop de vigueur. L’émissaire du palais impérial et son escorte sont enfin arrivés.

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