Le trombone
Il est actuellement 5h30 du matin. Je n'ai pas dormi, comme hier, et comme avant-hier.
Les nuits sont longues, et je n'arrive plus à réfléchir.
Pablo m'a informé que ces salauds sont en train de m'attendre devant l'immeuble, je crois même qu'ils commencent à monter les escaliers, je suis foutu.
C'est pas le moment de paniquer, il faut que je reste lucide jusqu'à ce qu'ils enfoncent la porte. Il me reste une demi-heure, si j'en crois ce que m'a dit Pablo.
Merde, je crois qu'ils peuvent me voir si je vais à la fenêtre.
Pas de panique, pas de stress, on se concentre Tarek.
Il m'avait dit de jeter le trombone, j'aurais dû l'écouter. J'aurais dû jeter ce putain de trombone, mais je le trouvais beau. Je suis pas féru d'instruments de musique pourtant, ou alors les belles guitares, les beaux pianos... Faut croire qu'en fait je suis féru en plus d'être con.
Alors je résume.
On fait le cambu, pas de soucis, on rentre chez les retraités qui sont parti en vacances, ça c'était les infos de Shlomo.
J'aurais dû me méfier putain, tu vois, c'est ce que je me dis à chaque fois, mais à quoi bon.
Bref, on arrive discrètement, on commence à savoir y faire, on fait le rez-de-chaussée, les étages, on prend ce qu'il faut, pépère. Aucun problème, l'alarme c'était facile, bref.
Et c'est en montant l'escalier du deuxième que j'ai entendu des bruits, des miaulements de chats et une voix qui chantonnait une comptine.
Je me retourne et je regarde Pablo, lui comme moi on sait qu'on doit partir. D'ailleurs lui il s'en va, il me laisse sur place.
Pourquoi je me suis pas barré tiens, ça fait trois jours que je me pose la question.
Je finis de monter l'escalier, j'ouvre la porte, et je la vois. Magnifique poupée, des yeux en amande, une petite nuisette qui la met en valeur, en train de caresser les chats des proprios.
Voilà ce qu'on avait oublié, ces cons de retraités faisaient garder leurs chats, et la cat-sitteuse terrifiée s'apprêtait à me hurler dessus.
C'est normal bien sûr, j'aurais dû y penser. Elle s'attendait pas à voir une brute cagoulée dans la maison des vieux, elle qui chantait doucement à ses petits copains.
J'ai eu peur, j'ai pas su me maîtriser.
Dans la pièce y'avait une petite bibliothèque, un arbre à chats, les litières, cette fille sublime, et un énorme trombone à côté d'un pupitre et d'une partition.
J'ai saisi l'instrument et j'ai éclaté le visage de la petite.
D'un coup, sans réfléchir.
Les chats se sont barrés en courant, ce que j'aurais dû faire moi aussi, et je me retrouvais devant le corps ensanglanté d'une adolescente, mon arme à la main.
J'ai jeté la liasse de billet, les bijoux, et la petite statuette de mon sac. J'ai fourré le trombone à la place, ça rentrait à peine, ça rentrait pas.
J'ai laissé le sac, j'ai pris le trombone.
5h55
Je les entends devant la porte, Pablo avait raison.

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