La der'

2 minutes de lecture

Le 1er juillet, on débranche un serveur.
Voilà. C'est comme ça que ça se dit, dans la langue des gens qui comptent les choses en clics et en frais d'hébergement. Un serveur. Une ligne sur un budget. Une décision prise dans une réunion où personne n'avait jamais lu une seule de nos phrases.
Ce serveur, c'était l'Atelier des Auteurs. Et l'Atelier des Auteurs, c'était nous.
Je vais vous confier un truc que les comptables d'Editis ignorent : cet endroit a déjà été tué une fois. Il s'appelait Scribay. Avant Scribay, pour les anciens, il y avait Doctissimo (moi j'étais sur De plume en plume), et encore avant, nos blogs égarés du début des années 2000, ces pages que plus personne ne sait retrouver. On nous a déjà débranchés. On est revenus. On revient toujours. Un site, ça s'éteint. Une tribu, ça se déplace.
Alors je vais remercier. Tout le monde. Vraiment tout le monde.
Merci à celles et ceux qui ont ouvert un de mes textes à 2h du mat', crevés, un soir de semaine, et qui sont restés jusqu'à la dernière ligne. Merci à ceux qui m'ont écrit « continue » le jour où j'allais tout fermer. Merci à la bourse aux relectures, cette invention sublime : dix minutes de ma lecture contre dix minutes de la vôtre, des inconnus qui se lisent pour de vrai, qui s'étripent sur une virgule, qui charcutent vos chapitres avec la précision d'un chirurgien et la tendresse d'une mère. Ça n'existe nulle part ailleurs. Nulle part.
Merci à Fred, à Bruno, à Étienne, à Shephard. Merci à Séverine, Paul, Milia. Vous, vous savez.
Merci aux silencieux. Ceux qui lisaient sans jamais commenter, que je n'ai jamais connus, dont les yeux comptaient autant que les voix.
Merci à mes propres personnages, tant pis si c'est ridicule. La petite fille, le renard facétieux, le blaireau mélancolique : ils sont nés ici, dans vos commentaires, dans vos « là j'accroche pas » et vos « alors là, t'as touché quelque chose ».
Je suis directeur marketing dans la vie. Je passe mes journées à fabriquer des images léchées. Et le soir, je venais ici pour qu'une bande d'inconnus bienveillants me rappelle que mes phrases étaient trop longues, mes métaphores trop nombreuses et mon ego légèrement encombrant. C'était la seule pièce du monde entier où mon titre ne pesait rien. La seule. J'y tenais comme à un trésor.
Donc. On plie les cartons. On l'a déjà fait, on le refera les yeux fermés.
Je migre sur Scribonautes. C'est là que je continue à écrire, à vous lire, à vous rendre vos dix minutes. Venez. La tribu se reforme, comme à chaque enterrement raté.
Pour mes articles d'opinion — quand l'envie me prend de gueuler sur le monde — c'est sur LinkedIn : Noureddine Qadiri Boutchich.
Pour mes poèmes, c'est sur Facebook. C'est le tiroir où je range ce qui ne se dit qu'en vers.
Editis débranche un serveur le 1er juillet.
Nous, on n'a jamais eu besoin de leur prise.
À très vite. Ailleurs. Ensemble.
Noureddine

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