Pas ma rue
Il me regarde en chien de faïence. Mais que pense-il donc? Il dévie son chemin, en me fixant, un peu comme si mon visage affichait un amas de bubons pestifères.
Et pourtant, son regard passa d'abord sur mes seins bien fermes. Son oeil brillait. Il ressent une attirance envers moi qu'il souhaiterait tant oublier. Il se dit: "Ah! Comme toutes les autres!" Et il me déteste car il hait ce qui se tapit en lui; ces zones d'ombres qu'il nie. L'humanité ne progressera guère avec tous ces coincés du cul et du coeur...
Sa consoeur de trottoir s'avère l'archétype inverse. Elle prend bien soin que le magnifique sourire qu'elle m'adresse touche la pupille de sa destinataire, moi. Elle pense si fort un truc si commun, que la pensée qui occupe son esprit à ce moment précis se révèle aisément : "Quel courage!" Selon plusieurs, cette pensée devrait s'avérer thérapeutique pour moi: une alliée, une vraie. Mais quand ira-t-elle confronter, mano a mano, un connard transphobe? Quand s'insurgera-t-elle bien haut afin que mon courage ne demeure plus un fardeau individuel?
Et sa conscience demeure tranquille. Et la rue me demeure hostile. Elle transporte personnes et marchandises. Elle transpire également la plus ordinaire des transphobies.

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