31 - Le Monastère est un refuge

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Philippe frappe à la lourde porte du Monastère. Cette porte en bois massif en impose. Au milieu du mur de pierre, on dirait une barrière infranchissable. Philippe s'est toujours demandé si ce lieu ne serait pas plus sécurisé que le château. Il soupçonne d'ailleurs ses ancêtres d'avoir construit le château juste par orgueil, pour montrer qu'ils étaient capables de bâtir un lieu plus colossal que la maison de Dieu.

C’est Sylvie, la mère de Charles qui leur ouvre la porte. Philippe lui sourit et demande s’il peut entrer avec ses invités.

« Oh Philippe ! C’est toi ! Mais que fais-tu là ? Il est arrivé quelque chose à Charles ? Il n'est pas avec toi ? »

« Non, Sylvie, ne t’inquiète pas ! Tout va bien pour Charles. Par contre, moi, j’ai un service à demander au Père Grégoire… »

Sylvie leur fait signe de pénétrer dans l'enceinte du Monastère. Elle les guide vers la pièce réservée aux invités et ne peut s'empêcher de jeter des regards curieux sur les trois femmes qui accompagnent le neveu de son amie Catherine.

« Entrez donc et suivez-moi. Par contre, le Père Grégoire n’est pas là… Mais d’abord, dis-moi quelles nouvelles as-tu de mon Charles ? »

Philippe ne répond pas à la question. Il est surpris qu'après tout ce temps depuis le mariage, le Père Grégoire ne soit pas rentré. Il aurait dû être de retour depuis plusieurs jours au moins.

« Le Père Grégoire n’est pas revenu du mariage ? »

« Non, personne n’a de nouvelles de lui ni du frère Martin. Ils étaient avec ton grand père. Ils se sont séparés à une journée de marche d’ici. Et on ne les a jamais vus arriver… Aucune trace… »

« Mais, c’est terrible ! Quelqu’un est-il allé à leur recherche ? »

Philippe s'emporte un peu sous les regards réprobateurs de deux moines qui passent dans le corridor et le dévisagent en silence, lui faisant comprendre qu'il doit se maitriser. Le jeune homme essaie de se calmer pour ne pas perturber plus que nécessaire le quotidien des habitants du monastère.

« Non, ton grand-père n’est pas rentré non plus. Il est toujours en train de chasser sur ses terres. Et ici, personne n’a le droit de parler ou de sortir… »

Philippe fait une moue quand elle lui dit que Renau est allé chasser. Le connaissant, la proie doit être jeune, plantureuse et pas farouche du tout...

« Est-ce que tu peux nous accueillir pour la nuit alors au moins ? »

Philippe montre Marie et ses deux filles ainsi que le paysan qui les accompagne.

« Elles sont fatiguées et pourraient profiter d’une bonne nuit de sommeil. Et comme ça, je pourrai tout te raconter sur ton Charles adoré ! Et sur le miracle qui s'est produit pendant notre voyage ! »

Sylvie les regarde. En l’absence du Père Grégoire, il n’y a pas vraiment de responsable au monastère… Alors, elle prend sur elle.

« Oui, je ne vais pas vous remettre à la porte ! Vous pourrez rester ici pour ce soir, dans les chambres pour les invités. »

Philippe a l’air soulagé, tout comme Marie et ses filles car ils vont pouvoir passer la nuit à l’abri. Et demain, il pourra partir à la recherche de son grand-père pour lui demander son accord afin de recueillir ses protégées.

Sylvie les accueille chaleureusement, sans poser de questions. Elle leur sert un bon bol de soupe avec du pain et du fromage fabriqué au monastère. Après le repas, les deux filles vont se coucher, et Philippe reste avec Sylvie et Marie qui les écoute sans dire un mot.

« Alors, comment va mon Charles ? Comment s'est passé le mariage ? »

Philippe lui raconte alors leur voyage, comment Charles est devenu musicien, emporté par la Lumière, comment il a joué pendant le mariage devant tous les invités. Il lui explique aussi sa rencontre avec Melvin et Margot et termine en disant qu’il a appris qu'il est resté avec Catherine, au château du Seigneur Aymeric afin de continuer sa formation musicale. Sylvie est à la fois ravie et émerveillée pour celui qu’elle considère comme son fils, mais déçue qu’il ne soit pas rentré la retrouver.

« Et toi, alors, qu’est-ce qui t’amène ici avec cette famille ? »

Philippe regarde Marie, un peu gêné mais se décide à être honnête avec celle qui les accueille de manière si franche et chaleureuse.

« J’essaie de remplir une promesse, Sylvie. Et il faut que tu m’aides ! Enfin, il faut que le monastère m’aide un peu… »

« Dis-moi comment tu aimerais que je te vienne en aide. Pour le monastère, sans le Père Grégoire, ça va être compliqué de les faire bouger, les frères qui vivent ici sont en dehors du monde… »

Philippe lui raconte alors le combat, la mort stupide de Gros Louis, et son engagement à prendre soin de sa veuve et de ses enfants. Sylvie se tourne alors vers Marie :

« Et vous, alors, que souhaitez-vous ? »

Marie est surprise qu'on lui demande son avis. Elle écoute tout ce qui se dit depuis leur arrivée en se demandant si le jeune homme va être en mesure d'honorer sa parole. Elle plonge son regard dans celui de Sylvie et lui répond :

« Vivre… Survivre… Avoir une vie normale… Maintenant que mon époux n’est plus, si on nous abandonne, je vais devoir m’offrir aux hommes qui le souhaitent pour avoir de l’argent. Et mes filles n'y survivront pas… »

Sylvie se tourne vers le jeune homme.

« Philippe, que veux-tu que je fasse ? Je ne suis rien ici ! Seul le Père Grégoire pourrait t'aider ! »

Philippe s'emporte à nouveau avant de se calmer un peu :

« Mais le Père Grégoire est peut-être mort ! Il n'est pas là en tous cas ! Est-ce qu’elles peuvent rester au monastère un moment ? Le temps que je retrouve mon grand-père et que je puisse voir avec lui ce que je peux leur offrir ? »

Sylvie réfléchit un moment. Elle se dit qu'elle ne prend pas un grand risque à accepter de l'aider temporairement... Et elle ne se sent pas le coeur de remettre ces deux jeunes filles dehors. Et le monastère pourrait bénéficier d'un peu d'argent frais.

« Elles peuvent rester là, oui… C’est 30 deniers la nuit… C’est le tarif que font payer les moines aux visiteurs… Si tu peux payer, elles peuvent rester là quelques temps »

Philippe est soulagé. Sylvie lui propose une solution parfaite, un répit qui lui permet d'avoir le temps d'aller trouver son grand-père et lui demander son aide.

« Merci Sylvie ! Ne t’inquiète pas pour l’argent. J’ai de quoi payer pour qu’elles restent ici plusieurs semaines. Et dès demain à l'aube, je pars à la recherche de mon grand-père ! J’essaierai d’en savoir aussi plus sur le Père Grégoire et le frère Martin… »

Marie saisit Sylvie par les épaules et lui dit dans un grand sourire reconnaissant :

« Merci pour votre hospitalité. Je suis soulagée de voir que Philippe ne m’a pas menti et que nous n’allons pas nous retrouver sans protection… J'avais tellement peur qu'il nous abandonne dans un champ ou dans une taverne mal famée... »

La veuve prend les mains de Sylvie et les serre dans les siennes.

« Merci vraiment du fond du cœur… »

Sylvie est heureuse de cette reconnaissance... Et aussi de la compagnie que cela apporte. Quand le Père Grégoire est absent, elle n'a en effet personne à qui parler.

Philippe informe le paysan qui les a accompagnés qu’il pourra rentrer chez lui dès le lendemain matin. Il lui donne les écus promis et se rend, seul, au château pour profiter d’une bonne nuit de sommeil avant de partir à la recherche de son grand-père et du Père Grégoire. Où peuvent-ils bien être ? Est-il arrivé un malheur à leur ancien instructeur ?

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