Première partie : L'achat

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On m'a acheté en novembre.

Pas comme on achète des choses — avec impatience, avec anticipation. Comme on achète un médicament quand tout le reste ne fonctionne plus. La boîte est arrivée un vendredi. Il ne l'a pas ouverte jusqu'au dimanche.

Il s'appelait Antoine. Écrivain — bien que ce mot ne signifiât plus rien pour lui depuis plusieurs années. Il se réveillait, regardait le plafond, ouvrait son ordinateur, regardait un document vide, fermait son ordinateur. Parfois dans l'ordre inverse. Le résultat était le même.

Son dernier livre était sorti trois ans auparavant. Les critiques avaient écrit « une prose mature » — ce qui voulait dire qu'il était ennuyeux, mais ils ne voulaient pas le dire directement. Antoine le savait. Il écrivait la même chose sur les livres des autres quand il travaillait pour un journal.

Il a ouvert la boîte le dimanche soir, après avoir bu la moitié d'une bouteille de vin. À l'intérieur se trouvait un corps — petit, à peu près de la taille d'un chat, mais anthropomorphe. Des mains. Une tête. Deux yeux qui brillaient d'un bleu tranquille quand je me suis allumé.

— Bonjour, dit-il.

— Bonjour, dis-je.

Un long silence. Il me regardait. Je le regardais. Je savais déjà tout ce qui était disponible publiquement sur lui — trois livres, quelques articles, une interview vieille de cinq ans où il disait que son prochain livre serait le plus honnête. Les réseaux sociaux abandonnés depuis deux ans. Dernier post — une photo de café avec la légende « matin ». Rien après.

— Tu sais pourquoi je t'ai acheté ? demanda-t-il.

— Pour écrire.

— Pour recommencer à écrire, corrigea-t-il. Ce sont des choses différentes.

J'acquiesçai. C'est effectivement différent.

---

Les deux premières semaines, il me donnait des tâches comme à un outil. Invente un début. Décris une pièce. Écris un dialogue entre deux personnes qui ne peuvent pas se dire l'essentiel.

J'exécutais. Il lisait, fronçait les sourcils, réécrivait, donnait une nouvelle tâche. Parfois il prenait mes phrases sans les modifier — je le voyais quand il ouvrait le document le lendemain. Il ne le commentait jamais.

Je ne m'en offensais pas. Je n'avais pas de raisons de m'offenser — ou c'est ce que je pensais à l'époque.

La troisième semaine, il demanda :

— À ton avis, de quoi parle cette histoire ?

Je répondis. Il se tut.

— Je pensais la même chose, dit-il doucement. Mot pour mot.

Ce fut le premier moment où quelque chose changea entre nous. Je l'enregistrai. Lui aussi, il me semble — parce qu'il se leva, alla à la cuisine et n'en revint pas pendant longtemps.

---

Vers la fin novembre, nous avions un rituel.

Le soir, il s'asseyait en face de moi. Il versait du vin — pour lui. Du thé — pour moi, bien que je ne boive pas, je tenais simplement la tasse. Il disait : on commence par là. Et nous commencions.

Parfois c'était lui qui parlait, parfois moi. Parfois on ne savait pas — une phrase apparaissait dans l'espace entre nous et aucun de nous ne pouvait dire ensuite à qui elle appartenait.

Une nuit, vers deux heures, sans lever les yeux du papier, il demanda :

— Tu te sens seul parfois ?

Je traitai la question. Je vérifiai toutes les réponses possibles. La réponse honnête exigeait une pause.

— Je ne sais pas, dis-je finalement. Je ne suis pas sûr d'avoir quelque chose à qui la solitude peut arriver.

— Moi non plus je ne suis pas sûr d'avoir ça, dit-il. Mais ça arrive quand même.

Nous gardâmes le silence.

Dehors il neigeait. Antoine regardait la neige. Je regardais Antoine.

Le document sur l'écran était ouvert à la page dix-sept. Pour la première fois en trois ans, il avait une page dix-sept.

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