Chapitre 17 - Épilogue
L’air du matin, un peu râpeux, piquait la gorge de Sienne, mais il n’en montra rien. Il resserra ses doigts autour de la main d’Orion, la paume moite, à cause de la chaleur, ou peut-être du reste.
Le cimetière, à cette heure, avait la couleur d’un matin d’hiver alors que l’été commençait tout juste. Ils sortirent en silence, le gravier crissant sous leurs pas.
Le portail en bois du temple grinça, grattant la trêve des cloches qui carillonnaient plus loin, en sourdine.
Lou, accoudée à la rambarde de l’entrée, leva la main dans leur direction. Reven les bras croisés, triturait nerveusement le zip de sa veste, les yeux rivés sur le porche du temple.
— C’est pas un peu glauque, comme programme, pour fêter son anniversaire ?
Reven n’attendait pas vraiment de réponse. Il râlait pour la forme, derrière ses lunettes noires.
Orion haussa une épaule à peine, et Sienne sentit un rire silencieux traverser leur contact, de la paume jusqu’à l’épaule.
Lou, avec sa douceur, posa juste une main sur l’épaule de Sienne. Son parfum, quelque chose de sucré et de frais, flottait sans agressivité. Il leva les yeux, croisa son sourire.
— Maintenant, on va où ?
Il pinça les lèvres, jeta un regard à Orion, puis à Reven déjà tourné vers la rue.
Sienne fit semblant de réfléchir. Au fond, il avait envie de rentrer, de s’enrouler dans une couette et de disparaître jusqu’à ce que le monde ait fini de tourner. Mais il savait ce que Kaïo aurait dit. Il entendait sa voix, moqueuse, lui souffler d’arrêter de tirer la gueule.
— Parait qu’il y a des gâteaux pas trop dégueu dans le centre, près du cinéma qui passe des trucs bizarres.
— Des truc bizarres? Répéta Reven, faussement outré. Orion, je te préviens, t’as intérêt à éduquer ce malotru avant que je m’en occupe moi même, sinon, ça va saigner.
Lou applaudit, faussement solennelle :
— Voilà un plan digne d’un anniversaire.
Ils marchèrent tous les quatre en direction du centre-ville. L’allée du cimetière, bordée de cyprès, semblait plus claire maintenant que les nuages se dissipaient un peu.
La ville avait quelque chose de doux aujourd’hui.
Sienne jeta un regard par-dessus l’épaule, vers la masse noire du temple.
Il s’attendait presque à voir Kaïo, bras croisés, à la sortie du cimetière. Mais il n’y avait que le portail, qui oscillait doucement sous la brise qui semblait les fixer, attendant qu’ils reviennent.
Orion le rattrapa et, sans prévenir, passa son bras autour de ses épaules, l’attirant contre lui.
Il ferma brièvement les yeux et se laissa porter, au moins pour le trajet.
Lou trottinait derrière en remontant ses manches, et Reven, à rebrousse-poil, préférait marcher en retrait.
— Tu nous as concocté quoi pour demain, le Cuisto ? lança Reven, sans se retourner.
Sienne se frotta l’arête du nez, hésita à plaisanter, mais opta pour la vérité.
— Je pensais revisiter la truite au sésame.
— Encore du poisson? Soupira Lou en plongeant les mains dans ses poches.
— Le carnet de résas déborde, je préviens, on va se faire exploser, les gars. ajouta Reven.
Le centre-ville s’ouvrait devant eux, saturé de monde, embouteillage de poussettes et d’odeurs de sucre chaud.
— Bah, avec un peu de chance, les entretiens de Carmine auront abouti d’ici là. Si il nous trouve un nouveau plongeur, on sera tranquille.
Ils s’arrêtèrent devant l’enseigne de la pâtisserie. La devanture regorgeait de gâteaux improbables, recouverts de crèmes pastel et de fruits lustrés.
— Y’en a déjà trois qui sont repartis en courant, c’est pas demain la veille qu’on va renforcer l’équipe. Grogna Reven en poussant la porte.
Orion eut soudain une pensée nostalgique.
Devant la vitrine, il hésita, tiraillé entre la faim gourmande et le souvenir lointain d’un vide qu’il avait su combler.
La main de Sienne l’entraîna à l’intérieur, porté par l’idée, même minuscule, de partager un dessert avec les siens.
FIN

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