Doit-on tuer la solitude ?
Je ressens les effets de la solitude.
Elle résulte d'un deuil massif, doublé d'une tension conjugale chronique. Alors je m'asphyxie. J'ai un besoin d'air énorme. Pour y parvenir, je m'investis énormément dans la recherche de contacts humains. Je reste attentif au moindre geste, au moindre mot. Et c'est là le problème. La douleur fait fuir. Lorsque j'essaie de m'ouvrir aux autres, ils me mettent systématiquement « un vent ».
Voilà comment cela se manifeste. Dans un premier temps, ils acceptent poliment le contact initial. Puis sentant une attente de lien plus profond, leur regard change. Ils regardent leur montre.
À la suite de ces refus répétés, mon cerveau cherche une cause simple. Il me répète en boucle :
« Tu repousses les autres. Tu les dégoûtes. »
Alors j'en déduis que leur attitude est due à mon âge, à mon physique, à ma façon de parler.
Puis j'analyse un peu plus profondément. Ce n'est pas que je les dégoûte, mais c'est la recherche d'une relation émotionnelle impliquante qui les rebute. À la réflexion, ces relations modernes se voudraient être légères, fragmentées, prudentes ?
Les autres ressentent comme une demande implicite. Alors ils m'évitent d'instinct afin d'éviter tout contact avec un poids relationnel.
Mais la réponse se trouve peut-être aussi chez autrui. N'y a-t-il pas chez lui un facteur de fatigue, un passage de vie difficile ?
Et puis, si mon physique et mon âge étaient des facteurs uniques, ils m'éviteraient dès le départ ?
Devant tous ces constats, je vais établir une nouvelle règle :
Lors d'un premier contact, j'éviterai toute validation. Je ne chercherai plus à établir un lien fort. Ainsi en laissant plus d'espace, je montrerai moins d'intensité.
Je me contenterai d'une relation faible, sans hostilité, comme celle que j'ai établie avec mon chien.

Annotations
Versions