Chapitre Six : écrit par Jessie Jolie

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Chapitre Six : écrit par Jessie Jolie

C’est quoi ton nom ?


La gamine détourne rapidement son regard du mien, les sourcils légèrement haussés.

Instantanément, je me mords le bout de la langue. Pourquoi lui ai-je demandé cela ? Le mutisme est un comportement que je me suis juré d’adopter face aux autres. Je ne supporte plus le fait de devoir faire semblant.

J’suis plus comme eux. Je ne fais plus partie de cette société.

Cela fait maintenant des semaines que je ne ressens plus le besoin de communiquer avec le commun des mortels. Désormais, en fonction de ce qui se dresse devant moi, deux mouvements suffisent à me faire comprendre.

Celui d’ouvrir mon poing ou de le garder fermer.

Il s’agit ici d’une toute nouvelle version de Joseph. Une version entièrement écrite et produite par ce que la société a de plus sombre. Peut-être la version la plus froide et la plus misérable de tous les Joseph que j’ai pu être durant ce long laps de temps passé dans la rue.

Je ne veux plus faire d’effort. Je ne veux plus essayer.

L’étrange ressemblance que cette fille a avec Myriam est surement l’élément qui m’a fait flancher, mais je reste vigilant à présent. Ce sentiment « d’espoir retrouvé » ne m’est plus aussi familier qu’avant, et je m’en méfie aujourd’hui plus que jamais.

Une fois entré dans mon esprit, l’espoir disparaît tout aussi vite qu’il surgit en me laissant toujours une sensation de vide en chemin.

Je ne veux plus jamais ressentir ce vide à l’intérieur de mon corps. Je n’en ai plus la force. Je sais que je n’y survivrais plus.


— T’es un bon chien toi, mon toutou …


Je croise les bras en toussant grassement dans le col de ma veste. Mon vieux Jojo ne semble plus vouloir lâcher la gamine du regard. Sa queue s’agite dans tous les sens, sous les rires timides de la jeune fille.

Je lève les yeux au ciel. Il en fait trop. Charmeur.

Je sors un vieux paquet de cigarettes de la poche de mon pantalon, puis soupire en constatant qu’il n’y reste plus qu’un mégot à l’intérieur.


— Je peux en avoir une ?


Je tousse en palpant ma veste à la recherche de mon briquet. Elle me repose une nouvelle fois la question en essayant de prendre un timbre de voix plus grave.


— J’ai presque 18 ans, vous savez …


Je la regarde, un sourcil haussé. Menteuse … 15 ans tout au plus, mais pas 18 ans.


— Et j’ai déjà fumé plusieurs fois.


J’allume ma cigarette en la regardant, circonspect.


— Même si je connais les énormes dégâts que la nicotine a sur la santé, continue-t-elle,

ça ne me fait pas peur !


Dans un débit plus que rapide, elle continue ses déblatérations, absorbée dans un monologue complètement dépourvu de sens ! Je finis par me fictionner nerveusement les tempes.


— Tu parles trop, lâché-je.


La gamine hausse les sourcils, puis finit par esquisser un rapide sourire. Je détourne le regard en expirant le reste de fumé qui me reste dans la gorge.


— Désolée, on me le dit souvent, sourie-t-elle.


J’hausse les épaules. Je ne sais pas trop quoi répondre à ça. La fillette rit doucement devant mon désarroi, puis se ravise en ramenant ses mains devant sa bouche.

De la buée s’arrache de ses lèvres lorsque celle-ci souffle sur ses doigts gelés.

En plus de ces étranges marques bleutées dans son cou, je remarque aussi de petites écorchures sur le devant de ses phalanges.

Un énorme sac l’accompagne également et siège entre ses jambes, sur le sol humide.

Jojo renifle le sac avec curiosité, et lorsque la fillette remarque l’intérêt de mon compagnon pour sa besace, la brune le ramasse rapidement et le replace sur ses genoux, entre ses bras.

Son expression a changé. Elle semble être en pleine réflexion.


— Monsieur… je crois que …


Je tapote sur ma cigarette. Je sens qu’elle hésite. Elle triture la lanière de son sac avec insistance.


— Monsieur, je crois que j’ai besoin d’aide.

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