Chapitre 2 (jeudi 10 mars 2022)

3 minutes de lecture

Thomas enchainait les longueurs de bassin depuis déjà une demi-heure sans baisser de rythme. Une fois les dix premières minutes passées, il était entré dans une phase qu'il appréciait particulièrement. Il avait cette sensation de pouvoir nager pendant des heures et de maitriser chaque mouvement de son corps. Plus rien ne comptait à ses yeux que le prochain mouvement de bras, la respiration suivante ou le virage à prendre.

Ces séances qu'il faisait en solitaire étaient bien différentes des entrainements qu'il pratiquait en club ou à la fac. Ici, pas d'objectif chronométrique ni de distance à parcourir, il se contentait de nager pour le plaisir de ressentir son corps se déplacer dans l'eau. Il restait en général environ une heure mais il arrivait régulièrement que le maître-nageur vienne le voir pour lui signaler la fermeture de la piscine.

Aujourd'hui, il était venu plus tôt car il travaillait ce soir. Il surveillait donc régulièrement l'horloge sur le bord du bassin. C'est d'ailleurs ce qui lui permit d'apercevoir le beau mec qui venait de sortir des douches pour rejoindre le bassin. Il était sans doute à peu près de son âge et s'il ne put voir la couleur de ses cheveux déjà recouverts par un bonnet de bain rouge, en revanche il put admirer ses yeux bleus en amande et son corps aux muscles plutôt développés. Sans doute un rugbyman ou un footballeur à juger de la musculature de ses jambes, en tout cas peu de chance que ce soit un nageur. Inconsciemment, il accéléra légèrement le rythme et arriva au bout du bassin au moment où le garçon descendait dans l'eau. Les deux nageurs échangèrent un rapide sourire avant de se mettre à nager l'un derrière l'autre.

Après une dizaine de longueurs supplémentaires, il décida d'arrêter ses efforts pour aujourd'hui car il devait encore repasser à son appartement avant de partir bosser. Il s'arrêta au bout du bassin pour effectuer quelques étirements, espérant, sans trop y croire, que son compagnon de ligne d'eau en ferait autant. Il avait creusé un écart assez important avec lui et il attendit une bonne minute avant que le jeune homme arrive à sa hauteur, pour malheureusement enchaîner sur une nouvelle longueur de bassin sans même lui adresser un regard. Il se dit qu'il était décidément bien bête d'espérer quoi que ce soit. Ce type qu'il n'avait jamais vu n'allait pas s'arrêter, lui faire un grand sourire et lui proposer d'aller manger quelque part. Il fallait qu'il cesse de se faire des illusions et, de toute façon, la piscine n'était vraiment pas le meilleur endroit pour faire des rencontres, surtout pour quelqu'un comme lui !

Il finissait de s'habiller en réfléchissant sur ses chances de rencontrer une personne avec qui il pourrait enfin avoir une relation durable. N'importe qui dans une grande ville comme Lyon pouvait facilement trouver quelqu'un pour passer un moment de sexe à deux. Il n'était donc pas en manque, mais il rêvait d'un peu plus qu'une partie de jambes en l'air. Et même pour ça, il arrivait parfois qu'un mec fasse demi-tour ou lui dise clairement qu'il ne pourrait pas bander avec lui. D'autres fois c'était lui qui mettait son coup d'un soir à la porte, comme le beau blondinet de la semaine dernière qui lui avait demandé expressément d'éteindre la lumière et de se mettre sous les draps. Et si finalement les situations humiliantes étaient rares, les hommes qui voulaient bien passer une seconde nuit avec lui l'étaient encore plus.

Il s'apprêtait à franchir la porte d'entrée de la piscine lorsque Chloé qui était à l'accueil, l'interpella.

– Salut Thomas ! Tu pars tôt ce soir.

– Désolé, je ne t'avais pas vue. Oui, je bosse à vingt heures.

– Dommage, tu aurais pu m'inviter au resto ou directement chez toi, dit-elle avec un sourire malicieux.

C'était un petit jeu entre eux deux. Chloé, qui connaissait les préférences amoureuses de Thomas, faisait semblant de le draguer et Thomas jouait le gars mal à l'aise qui n'osait ni contrarier la demoiselle ni avouer qu'il était gay. Sauf qu'aujourd'hui, il n'avait pas vraiment le goût à ça.

– On se voit demain matin en cours ? dit-il simplement, en commençant à se diriger vers la sortie.

– Rabat-joie !

Elle lui tira langue en guise de conclusion, obtenant quand-même ce qu'elle voulait, un sourire pour éclairer le visage soucieux de Thomas.

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 4 versions.

Vous aimez lire Pichu ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à l'Atelier des auteurs !
Sur l'Atelier des auteurs, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscription

En rejoignant l'Atelier des auteurs, vous acceptez nos Conditions Générales d'Utilisation.

Déjà membre de l'Atelier des auteurs ? Connexion

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de l'Atelier des auteurs !
0