Chapitre 2

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Je rouvris les yeux, comme sonné. Je me trouvais dans une pièce close, sale et pleine de toiles d’araignées, de quelques mètres carrés seulement.

Victor et Yacine se tenaient tous deux à ma droite, regardant intensément le vide. Ils ne semblaient ressentir plus aucune émotion, à part la terreur. Une sensation si horrible qu’elle semblait engloutir tout le reste, que s’était-il passé ?

- On est où là, demandai-je ?

- Chut, dit doucement le premier, tremblant comme une feuille. Tu veux notre mort ?

Les mêmes particules bleues flottaient dans les airs, les mêmes que ce jour là. Non, ce n’était pas possible, pas ici, pas maintenant. Je m’étais endormi, j’avais succombé à la fatigue.

Une larme coula le long de ma joue. Je ne voulais pas revivre ce cauchemar, je ne voulais pas que le massacre se reproduise.

J’entendis ses griffes frotter sur le sol. L’atmosphère se fit encore plus pesante, nous pouvions sentir le sol trembler sous ses pas. Il arrivait, le croquemitaine. Il était là, tout près de nous.

Nous nous arrêtâmes tous de respirer, il ne fallait pas qu’il nous entende, il ne fallait pas qu’il nous repère.

Au bout d’une dizaine de minutes, quand nous étions sûr qu’il n’était plus dans les environs, Yacine osa enfin prendre la parole.

- Victor a mis un somnifère dans ta boisson, assura-t-il.

- Comment j’aurais pu savoir que s’il s’endormait des monstres allaient apparaître ? C’est plutôt toi qu’il faut blâmer, Yass, comment tu ramènes un mec aussi dangereux !

Je les sentais, tous mes pires cauchemars, me cherchant, rôdant dans les alentours, n’attendant que de me trouver pour me faire vivre les pires horreurs possibles.

- Pourquoi, demandai-je ?

Tout le monde s’arrêta de bouger. Je regardais dans le vide, horrifié.

- Pourquoi avoir mis des somnifères dans mon verre ?

- Chut !

- Pourquoi !

Je m’étais levé, regardant droit dans les yeux cette ordure. Pourquoi avait-il fait ça ? Avais-je fait quelque chose de mal ? Pourquoi est-ce que personne ne voulait jamais de moi ? Pourquoi est-ce que je finissait forcément seul.

- Je voulais juste que t’arrêtes de nous suivre et qu’on passe un bon moment avec mes potes, c’est tout !

Le vent frappa contre les volets de la pièce d’à côté. Je pouvais sentir mon coeur s’arrêter. Il voulait juste passer un bon moment avec ses amis, sans moi, comme d’habitude.

- J’ai compris, dis-je, la tête baissée.

Soudain, ma respiration s’arrêta. Pourquoi n’était-elle pas avec nous ?

- Où est Ana ?

Personne ne me répondit, les deux avaient les yeux rivés sur le sol, les yeux débordants de larmes.

- Où est passée Ana !

Je sentais ma voix monter dans les aigus, mes larmes monter. Bien évidemment que je connaissais la réponse, mais je ne voulais pas y croire. Pas elle, elle qui avait été si gentille avec moi.

- Ce n’est pas évident, cria Yacine ! Elle ne reviendra pas, tu comprends ça ? Elle… elle est morte.

Il fondit en larmes.

- Merde ! C… combien de morts vais-je encore être responsable ? Combien de personnes devront périr par ma faute ! Combien de vies devront être ôtées pour que je survive ?

Je n’arrivais plus à m’arrêter de pleurer. Je regardais mes larmes tomber sur le parquet, témoin de mon impuissance.

- Calme toi s’il te plaît, me demanda Victor terrifié. Ils vont finir par nous entendre !

Je repris mes esprits. Il fallait que je me ressaisisse, sinon nous allions tous y passer.

- Que sont-ils, me demanda Yacine ? Qu’est ce que ces monstre sont exactement ? Pourquoi est-ce que Ana est morte des mains de son reflet !

Je reniflais une dernière fois avant de répondre :

- Ce sont mes plus grands cauchemars, des créatures créées par mon subconscient à partir de mes peurs les plus profondes. Pour elles, vous n’êtes qu’un amuse gueule, du bonus. C’est moi qu’elles cherchent.

- Et tu peux nous en dire un peu plus, demanda Yass ? Un truc qui pourrait nous aider à les éviter ?

Je regardais Victor se tenir les jambes dans un coin en se balançant légèrement et marmonnant je ne sais quoi. Il avait l’air d’un fou.

- Je sais que tu ne les as vus qu’une fois il y a quatre ans, mais n’importe quoi pourrait nous aider, continua le fils de la voyante.

- Une seule fois, répondis-je vexé ? Je les vois tous les soirs.

Un froid glacial s’installa dans la pièce.

- Toutes les nuits je me retrouve piégé dans un cauchemar sans fin, qui recommence à chaque fois le lendemain. Ils me traquent, me trouvent me torturent, mais ne peuvent pas me tuer, pas dans un rêve.

Je continuais à parler sous les yeux horrifiés des deux amis.

- Alors ils prennent vie le soir d’Halloween, espérant pouvoir en finir. L’incident de l’orphelinat, c’était juste la seule fois qu’ils se sont matérialisés.

Je sentis comme un frisson, comme si quelque chose approchait, mais cette fois, je décidais de l’ignorer.

- Est-ce que tu sais ce que ça fait, d’aller se coucher tous les soirs en pensant aux horreurs que tu vas subir ? De se lever tous les matins en sachant que dans douze heures tu revivras ce cauchemar, encore et encore, que tu subiras cette torture, jusqu’au jour où ils finiront enfin par te tuer ?

Je m’arrêtais brusquement. Il y avait quelque chose. Quelqu’un de proche, trop proche.

Ma respiration s'accéléra doucement. Il y avait quelque chose de plus parmi nous.

- Doucement, chuchotais-je la voix tremblante. Calmement, nous allons sortir, d’accord ?

L’air se faisait de plus en plus humide, il était là, caché parmi nous.

- Quoi, dit Victor, encore sous le choc. Qu’est ce qu’il y a ? Me dis pas qu’il y a un monstre parmi nous ? Non non non non !

- Calme toi, dis-je. Sors doucement, sans bruit.

Yacine m’écouta et fut le premier à sortir de la pièce. Mais la respiration de son ami commençait à s’emballer. S’il continuait ainsi il allait devenir incontrôlable.

- Sors, criais-je avant de moi aussi courir vers la prochaine pièce !

La créature manqua Victor de quelques centimètres. C’était un monstre qui se cachait dans les murs, sans forme, il pouvait les traverser et prenait forme humaine en en sortant, malgré qu’il gardât toujours une partie de lui ancré dans le mur dont il est sorti. Ils nous poursuivait alors jusqu’à nous attraper et nous garder emmurés avec lui, à tout jamais. j’aimais l’appeler l’homme caméléon.

Nous nous mîmes à courir et montâmes les escaliers grinçants jusqu’au grenier.

La créature prit la jambe de Victor qui trébucha et s’accrocha à mon pied.

J’entendais le dông de l’horloge du grenier. Le monstre sans visage ne semblait pas vouloir le lâcher, et le jeune homme tenait tout aussi fermement ma jambe.

- Aide moi, dit-il en pleurant. Ne m’abandonne pas et j’arrête de me foutre de ta gueule au lycée, je peux même te donner de l’argent, mais par pitié, aide moi !

Alors que je tendais la main vers lui, je sentis comme l’atmosphère devenir pesante, beaucoup plus que d’habitude. Mes poils se dressèrent, un frisson particulièrement désagréable traversa tout mon corps. Il arrivait. J’en avais des sueurs froides rien que d’y penser.

- Tu penses sincèrement à sauver cette ordure, dit-il sortant de l’ombre ?

Il portait encore ses vieux vêtements, sa peau était toujours aussi pâle et ses canines aussi longues.

Victor regarda la créature avec l’expression la plus horrifiée qui soit. Il avait compris ce qu’il l’attendait.

Le vampire leva le pied sur la main du jeune homme.

- Il nous appelle Jean-Skinny, devant Ana qui plus est ? Il a voulut se débarrasser de nous, et tu veux qu’on lui pardonne tout ce qu’il nous a fait ?

- Non, non, chuchota Victor les larmes aux yeux. S’il vous plaît.

- Ta gueule, cria le monstre furieux. Ta gueule ta gueule ta gueule ! Au bout de toutes ses années j’ai appris à le connaître, VG. Du plus loin que je me souvienne il a toujours été là pour me torturer, chaque nuit. Je le connaissait que trop bien, jouait son personnage énervé, mais ses yeux brillaient à l’idée d’assassiner le garçon.

- Ferme ta gueule ok ? Laisse nous parler.

Victor renifla discrètement, tremblant comme une feuille pensant à ce qui lui attendait. La créature se mit à sourire avant d’abattre son pied d’un coup sec.

Victor lâcha mon pied et cria, emporté par une abomination. Je n’oublierais jamais le grincement du parquet sous ses ongles cherchant prise quelque part.

Un dernier cri se fit entendre en bas et plus rien. Il était définitivement emmuré, condamné à une mort lente, asphyxié.

- Nous voilà débarrassés, assura le monstre. Alors où en étais-je ?

On pouvait encore entendre les coups qu’il donnait à l’intérieur du mur, se débattant en vain. Je tournais alors la tête vers Yacine qui regardait le vampire horrifié devant la mort de son ami. Ses yeux mouillés ne pouvaient dire qu’une chose : il l’attendait lui aussi, il s’était résigné.

Je contemplais les sourire jouissif du monstre. Comment pouvait-on prendre du plaisir à tuer un être humain ?

- Nous allons enfin être ensemble…

- Pars, lui dis-je.

Il fit mine d’être étonné.

- Pardon ?

- Pars ! Pars loin d’ici, arrête de me harceler toutes les nuits. Je n’en peux plus de ne plus avoir de repos, je pense jour et nuit à ce que vous me faites subir. Je ne supporte plus de vous fuir !

Le vent claqua contre les volets.

- Mais je peux pas, si je pars, tu seras tout seul !

J’étais perplexe. Je m’attendais à tout sauf à ça. Comment le responsable de tous mes tourments pouvait-il répondre une telle ignominie ?

- Tu ne te rappelles pas, demanda-t-il avant de se mettre à rire. Tout s’explique ! Tu ne te rappelles pas ! C’est toi qui m’a demandé, rappelle-toi ?

Je ne répondais pas. Comment était-ce possible ?

- Jamais Nicolas n’aurait fait ça, assura Yacine debout, regardant droit dans les yeux le vampire.

- Ah bon, répondit-il avançant peu à peu vers lui ? Tu ne nous connais pas, tu ne sais rien de nous. Comment peux tu assurer ça ?

- J’ai confiance en lui, c’est tout.

D’un sel coup, nous ne nous trouvions plus dans la maison des Wheller, mais ce nouveau lieu ne m’était pas non plus inconnu.

- Maman, disait mon moi de dix ans allongé sur son beau lit. Tu peux vérifier si il n’y a pas de monstre dans le placard ?

Yacine ne semblait pas affecter par le changement d’atmosphère, il savait, le monstre nous projetait un de mes souvenirs.

- Mais voyons mon ange, ça n’existe pas les monstres !

Elle était douce et bienveillante. J’aimais cette douceur, ça me faisait chaud dans mon petit cœur. À chaque fois qu’elle me regardait elle avait ce sourire au lèvre qui m’empêchait d’avoir peur. J’avais la meilleure maman du monde.

- Si ça existe ! C’est un mélange entre un vampire et un loup-garou et même qu’il veut me manger tout cru et tout !

- Et il s’appelle comment ce monstre ?

- Un nom, demandai-je ?

- Bah oui un nom, me répondit-elle ! Pour affronter ses peurs, il faut d’abord savoir les nommer, c’est évident !

Ça n’avait rien d’évident, mais si ma maman le disait, c’est que c’était forcément vrai !

- Vampire-Garou, et même qu’il est méchant.

Elle fit mine de réfléchir avant de reprendre :

- Vampire-Garou c’est suuuper long ! On va abréger ça en VG, c’est mieux, non ?

- Oui, répondis-je le sourire aux lèvres !

J’avais la meilleure famille du monde, et c’était grâce à ma maman. Je ne lui disais pas assez à quel point je l’aimais, je m’en veux.

Je reconnaissais ce nouvel endroit, et malheureusement, j’aurais préféré ne pas m’en souvenir. VG rentrait toujours plus profondément dans mon esprit, il ressassait des souvenirs que j’essayais d’oublier.

J’étais allongé sur un brancard, les ambulanciers me poussaient de part et d’autre de celui-ci, pendant que ma vision était trouble, je regardais ma voiture brûler avec toute ma famille coincée à l’intérieur. Je me remémorais les cris de ma mère, les pleurs de ma soeur…

Ce jour là, j’ai tout perdu. Ma famille était la seule chose que j’avais, les seuls qui m’aimaient. Je me suis retrouvé seul dans un orphelinat où personne ne faisait attention à moi. Un ans plus tard, ils furent massacrés dans un accident.

Le soir même de la mort de toute ma famille, j’ai dormis à l’hôpital, seul dans une chambre sombre, sans ma mère pour vérifier si le monstre était là, tapi dans le placard, comme toujours.

- Tu es là, demandai-je ? VG ?

Aucune réponse ne vint. Je n’avais jamais senti une pire sensation que celle-ci.

Une larme se mit à couler le long de ma joue.

- Alors cette fois c’est bon, je suis vraiment tout seul…

Cette nuit fut le 31 octobre, ce fut celle de la mort de mes parents, et aussi la première fois que ces monstres apparurent en rêve.

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