Chapitre VIII – Rester debout
Il aurait été facile de se laisser impressionner.
De transformer sa voix en piédestal, son talent en distance, son étendue en quelque chose d’intimidant. Beaucoup d’hommes auraient réagi ainsi, en se sentant un peu plus petits face à ce qu’ils découvrent trop tard.
Je ne me suis pas senti plus petit.
Je me suis senti plus précis.
Découvrir qu’elle était plus vaste que je ne l’imaginais n’a pas créé de vertige. Cela a créé une exigence. Non pas celle de la conquérir, mais celle de ne pas me présenter à elle à moitié.
Je n’ai jamais été attiré par la fragilité qu’il faut sauver. Ce qui m’attire, c’est la densité. Les femmes qui tiennent leur axe, qui savent ce qu’elles font, qui habitent leur talent sans en faire une arme.
Sa musique n’a pas nourri un fantasme. Elle a confirmé une cohérence. Ce que je lisais dans ses textes, ce que je percevais dans ses silences, se retrouvait dans sa voix. Il n’y avait pas de dissonance. Elle était entière.
Et c’est cela qui m’a attiré.
Pas la performance.
Pas l’image.
Pas l’idée d’être celui qui l’approche.
Ce qui m’a attiré, c’est la sensation qu’en avançant vers elle, je n’aurais pas à me tordre pour plaire. Il faudrait simplement être aligné. Stable. Clair.
Je ne ressens pas le besoin de la posséder.
Je ressens le désir de marcher à sa hauteur.

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