Chapitre XXI - La discipline du souffle

2 minutes de lecture

Faire un constat est confortable.

On peut analyser, décortiquer, reconnaître ses excès, pointer ses élans. C’est presque un sport chez moi. Je sais très bien identifier mes accélérations, mes emballements, mes surcharges d’intensité.

Mais comprendre n’a jamais suffi.

La vraie question n’était pas : ai-je trop brûlé ?

La vraie question était : comment tenir la braise ?

Je me suis demandé concrètement ce que cela voulait dire, dans l’écriture.

Première chose : enlever une phrase sur deux.

Pas pour appauvrir. Pour densifier.

Si une idée tient debout, elle n’a pas besoin d’être répétée sous trois angles différents. Laisser une phrase respirer, c’est lui faire confiance.

Deuxième chose : retarder l’effet.

Je sais écrire la percussion. Je sais faire claquer une image.

Mais je peux aussi installer. Poser un décor, laisser le lecteur avancer sans le tirer par la manche. Ne pas tout livrer immédiatement. Accepter la progression.

Troisième chose : choisir mes sarcasmes.

Ne plus les utiliser comme réflexe.

Les réserver aux moments où ils révèlent vraiment quelque chose.

Sinon, ils deviennent un bruit de fond. Et le bruit fatigue.

Quatrième chose : écrire les silences.

Ne pas seulement écrire ce qui se dit.

Écrire ce qui ne se dit pas.

Ce qui circule entre deux phrases. Ce qui tremble sous une retenue.

Cinquième chose : accepter la lenteur comme force.

J’ai longtemps associé lenteur à fadeur.

C’était une erreur.

La lenteur, bien tenue, crée une tension bien plus profonde que l’explosion immédiate.

Je ne veux pas devenir un autre écrivain.

Je veux devenir un écrivain plus exact.

Plus précis dans mes coupes.

Plus conscient de mes effets.

Plus stable dans mon intensité.

Et j’ai compris quelque chose de fondamental :

ce travail-là ne concerne pas seulement la page.

Il concerne ma manière d’aborder ce qui naît.

Ne pas transformer chaque vibration en promesse.

Ne pas confondre élan et engagement.

Ne pas surcharger ce qui, à l’état simple, est déjà puissant.

Apprendre à laisser une relation respirer comme une phrase bien posée.

Ne pas l’écraser sous le poids de ce que je pourrais en faire.

Ne pas la pousser vers un climax prématuré.

La laisser évoluer selon son propre tempo.

Ce n’est pas un ralentissement par peur.

C’est un ralentissement par choix.

Si je maîtrise mon écriture, je maîtrise mon approche.

Si je sais tenir une phrase, je sais tenir une présence.

Je n’ai pas besoin de prouver que je sais aimer fort.

Je veux apprendre à aimer juste.

Et peut-être que la métamorphose ne consiste pas à devenir plus intense.

Peut-être qu’elle consiste à devenir plus stable.

À écrire comme on marche :

sans courir,

sans tirer,

mais sans s’arrêter.

Annotations

Vous aimez lire Olivier Delguey ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à l'Atelier des auteurs !
Sur l'Atelier des auteurs, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscription

En rejoignant l'Atelier des auteurs, vous acceptez nos Conditions Générales d'Utilisation.

Déjà membre de l'Atelier des auteurs ? Connexion

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de l'Atelier des auteurs !
0