Chapitre XXV - Le calme comme tension

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Plus elle est posée, plus quelque chose brûle en moi.

Pas une agitation. Pas une urgence. Pas une panique.

Une braise.

Une tension douce, presque invisible, qui ne cherche pas à devenir incendie.

Je sais ce que ça signifie : je suis attiré. Et elle n’est pas naïve. Elle voit mon intensité naturelle. Elle me taquine, parfois. Elle met des mots dessus sans les rendre lourds. Elle joue avec l’image du fil, de la sangle, du rythme, comme si elle me disait : je te lis, je te vois, je te laisse approcher… mais je regarde comment tu te tiens.

Je comprends ce qu’elle fait.

Et je comprends ce que ça réveille en moi : une envie d’accélérer, oui, mais aussi une envie de prouver que je peux tenir.

Il y a un éléphant discret dans la pièce.

Une attirance assumée.

Une conscience mutuelle.

Un jeu d’humour qui sert de garde-fou.

Mais je ne cours pas.

Je pourrais accélérer. Je sais comment faire. Je sais charger une phrase, installer un sous-texte, transformer une tension en promesse implicite. Je sais donner l’impression d’un destin, d’une évidence, d’un “ça ne peut être que toi”.

Je connais cette partition.

Et je connais aussi son prix.

Parce que l’accélération crée une ivresse, puis une dépendance, puis un risque : celui de confondre le feu avec la vérité. Celui de brûler l’espace de l’autre. Celui de rompre le fil à force de tirer dessus.

Alors je choisis de ne pas activer cette mécanique.

Je veux voir ce qui reste quand on ne pousse rien.

Je veux voir si l’intensité peut exister sans pression.

Je veux voir si le désir peut respirer sans être proclamé.

Tenir la braise demande plus de maîtrise que déclencher l’incendie. Et, pour la première fois, je ne trouve pas ça frustrant. Je trouve ça beau.

Parce que, dans cette maîtrise, je sens une forme de respect de moi-même aussi. Je ne suis plus un homme qui se jette. Je suis un homme qui avance. Un homme qui peut sentir la chaleur sans s’y perdre.

Elle me rappelle, sans le dire frontalement, que le lien n’est pas un sprint. Qu’on ne gagne rien à aller trop vite. Qu’une tension bien tenue vaut mieux qu’un feu spectaculaire.

Et ce qui est troublant, c’est que son calme n’éteint pas mon désir.

Il le rend plus précis.

Plus profond.

Moins impulsif.

Plus adulte.

Je ne suis pas en train de me refroidir.

Je suis en train de me contrôler.

Et ce contrôle n’est pas une cage. C’est une maîtrise. Une manière de rester digne quand quelque chose brûle.

Je sens que c’est là que je change.

Pas dans ce que je dis.

Dans ce que je retiens.

Dans ma capacité à laisser l’autre respirer.

Dans ma capacité à ne pas transformer chaque vibration en preuve.

Plus je tiens, plus je comprends : la tension la plus forte n’est pas celle qui explose.

C’est celle qui dure.

Et elle, par sa simple présence, me force à apprendre ça sans m’humilier.

Juste en existant.

Juste en restant à son rythme.

Juste en gardant cet espace.

Et cet espace, paradoxalement, me rend fou, mais d’une folie calme, contrôlée, presque belle.

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