Chapitre XXIX - Rester
Il arrive toujours un moment où l’on se demande pourquoi on continue.
Pourquoi continuer à écrire. Pourquoi continuer à parler. Pourquoi ne pas simplement refermer la parenthèse et passer à autre chose.
La réponse, la plupart du temps, n’a rien de spectaculaire. Ce n’est pas une décision héroïque. Ce n’est pas une promesse. C’est quelque chose de beaucoup plus simple.
Une évidence calme.
Je pourrais faire comme je l’ai souvent fait avant : aller vite, chercher ailleurs l’intensité, multiplier les rencontres, les histoires, les départs qui donnent l’impression de vivre fort pendant un instant, avant de disparaître.
Je sais faire ça.
Mais cette fois, je n’en ai pas envie.
Pas parce que quelqu’un me l’a demandé. Pas parce que je dois prouver quoi que ce soit. Simplement parce qu’il arrive qu’une rencontre déplace légèrement l’axe d’une vie.
Pas une révolution. Pas un grand bouleversement.
Juste un mouvement discret, presque imperceptible, qui change la direction des pas.
Alors je ne fuis pas.
Je reste là où je suis. Pas pour forcer quoi que ce soit. Pas pour retenir qui que ce soit. Pas pour transformer ce qui existe en promesse.
Je reste parce que j’aime ce qui se passe quand nous parlons.
J’aime la façon dont nos mots se croisent sans effort. J’aime cette sensation rare d’être à la fois stimulé et apaisé.
C’est une chose simple, mais précieuse.
Je ne sais pas exactement où cela mène. Et, pour une fois, ce n’est pas ce qui compte le plus.
Ce qui compte, c’est de ne pas mentir sur ce qui est là.
L’évidence n’a pas besoin d’être poussée. Elle a seulement besoin de temps.
Alors je reste fidèle à cette simplicité. Sans attente. Sans pression. Juste présent à ce qui existe.
Et parfois, c’est déjà beaucoup.

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