Chapitre XXXVII - La partition invisible

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Quand j’ai écrit que, chez elle, les phrases ne naissent pas vraiment sur la page mais quelque part ailleurs, dans un rythme, dans une pulsation presque invisible, je pensais simplement décrire sa manière d’écrire.

Je croyais parler d’elle.

Et puis sa réponse est arrivée.

Elle m’a dit que c’était aussi comme ça que j’écrivais.

Que moi aussi, je me basais sur le ressenti.

Sur les pulsations cardiaques.

La remarque aurait pu passer inaperçue. Une simple observation entre deux écrivains qui parlent de leur façon de travailler.

Mais en la relisant, quelque chose s’est déplacé.

Parce qu’au fond, la question n’est peut-être pas de savoir si l’on écrit bien, ou si l’on écrit mal.

Ni même de savoir si l’on possède un style.

On parle beaucoup de styles littéraires. De méthodes. De structures. D’architectures narratives. Comme si écrire relevait d’une stratégie parfaitement maîtrisée.

Mais plus j’y pense, plus je me dis que les textes qui restent ne sont presque jamais les plus calculés.

Ils sont les plus vivants.

Les mots peuvent être intelligents, parfaitement construits, brillants même… et pourtant ne rien provoquer.

Et puis il y a d’autres phrases.

Plus simples.

Plus instinctives.

Celles qui semblent naître directement du cœur.

Quand on lit ces phrases-là, on ne se demande pas si elles sont bien écrites.

On les ressent.

Peut-être que la meilleure forme d’écriture n’est justement pas une technique.

Ce n’est pas un style figé.

Ce n’est pas une méthode.

C’est quelque chose de beaucoup plus étrange.

Une forme d’écoute.

Une écoute de ce qui se passe à l’intérieur.

Comme si le corps possédait déjà sa propre musique. Une série de pulsations invisibles qui traduisent les émotions avant même que l’esprit ne les comprenne.

Le cœur accélère.

La respiration change.

Une sensation apparaît.

Et les mots arrivent ensuite.

Comme des notes.

Quand on regarde les choses ainsi, écrire devient presque un geste musical.

Une partition humaine.

Les phrases ne sont plus des phrases.

Ce sont des battements.

Des silences.

Des reprises.

Des montées.

Des respirations.

Et peut-être que c’est pour cela que certaines écritures se reconnaissent immédiatement.

Parce qu’elles ne sont pas seulement pensées.

Elles sont ressenties.

Il y a des textes qui ressemblent à des constructions intellectuelles.

Et il y a des textes qui ressemblent à des battements de cœur.

Les premiers impressionnent.

Les seconds touchent.

Et peut-être que, sans vraiment s’en rendre compte, nous écrivons tous les deux de cette manière.

Pas en cherchant à construire une œuvre parfaite.

Mais en essayant simplement de traduire cette musique étrange qui circule en nous.

Cette musique que l’on ne contrôle pas vraiment.

Cette musique qui apparaît quand une émotion devient trop forte pour rester silencieuse.

Au fond, écrire n’est peut-être rien d’autre que cela.

Écouter la partition invisible qui se joue à l’intérieur de soi…

et essayer d’en poser quelques notes sur la page.

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