Chapitre LVV - Le seul temps homologué
Il arrive un moment où répéter devient inutile.
Pas parce que l’on n’a plus rien à dire.
Mais parce que l’on a enfin compris.
Et à partir de là, certaines phrases n’ont plus besoin d’être prononcées à nouveau.
Elles existent autrement.
Plus bas.
Plus stable.
Alors je vais arrêter de le répéter.
Arrêter de tourner autour.
Arrêter de chercher à mieux dire ce qui, au fond, est déjà là depuis un moment.
Je vais essayer de vivre.
D’écrire.
De respirer.
Au présent.
Parce que c’est peut-être ça, la seule chose qui tient vraiment.
Le présent.
Le seul temps qui ne ment pas.
Le seul qui ne projette pas.
Le seul qui ne reconstruit pas.
Le seul qui ne triche pas avec la mémoire ni avec l’attente.
Peu importe ce que l’on traverse.
Peu importe l’intensité.
Peu importe la beauté ou le désordre.
Tout se joue là.
Maintenant.
Et je crois que j’ai passé assez de temps à naviguer entre ce qui a été et ce qui pourrait être.
À analyser.
À comprendre.
À tenter de donner une forme parfaite à quelque chose qui, par nature, ne le sera jamais complètement.
Aujourd’hui, je préfère quelque chose de plus simple.
Être là.
Respirer juste.
Pas pour atteindre un résultat.
Pas pour obtenir une réponse.
Pas pour sécuriser une histoire.
Mais simplement pour rester aligné avec ce que je suis devenu en traversant tout ça.
Parce qu’au fond, c’est ça que cette rencontre m’a laissé.
Pas une conclusion.
Pas une promesse.
Une transformation.
Merci, Svetlana.
Notre rencontre a déplacé quelque chose de profond dans ma manière de voir le monde qui m’entoure.
Pas en le rendant plus simple.
Mais en le rendant plus réel.
Plus nu.
Plus exigeant aussi.
Tu m’as amené, sans le vouloir, à m’asseoir sur le divan de mes propres contradictions.
Celles que je savais déjà présentes.
Celles que je contournai parfois.
Celles que je maîtrisais en surface.
Mais que je n’avais jamais vraiment regardées aussi clairement.
Et c’est là que tout se joue.
Parce que ces contradictions peuvent être une force.
Une vraie.
Une tension vivante.
Une intelligence du réel.
Mais elles peuvent aussi devenir une faiblesse…
si l’on ne sait pas les doser.
Si l’on ne sait pas les habiter sans se perdre dedans.
Tu n’as rien imposé.
Tu n’as rien forcé.
Tu n’as rien demandé.
Et pourtant, tu as participé à quelque chose de beaucoup plus grand que ce que nous avons simplement échangé.
Ce livre.
Il n’existerait pas sans toi.
Pas sous cette forme.
Pas avec cette vérité.
Pas avec cette respiration.
Tu l’as co-construit.
Sans le vouloir.
Sans le chercher.
Mais de manière très réelle.
Et ça, ça mérite d’être dit.
Pas comme une déclaration.
Comme un fait.
Alors voilà.
Il n’y a pas de grande conclusion.
Pas de morale.
Pas de tentative de figer quoi que ce soit.
Juste une forme de paix.
Quelque chose de posé.
De propre.
De vivant.
Je continue.
Avec ce que ça m’a laissé.
Avec ce que ça a ouvert.
Avec ce que ça a remis en mouvement.
Sans chercher à retenir.
Sans chercher à définir.
Juste en restant là.
Dans ce seul temps qui existe vraiment.
Le présent.
Et avant de refermer ça…
il y a quand même une chose simple que je ne vais pas intellectualiser davantage.
Merci d'exister quelque par dans ma vie espèce de mouette sorcière.
Le reste, tu sais déjà ...

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