CHAPITRE SECOND
Quelques semaines s’étaient ainsi écoulées. J’avais bien grandi, étant à présent aussi massif qu’un gros chien. Couché aux côtés du lit de mon maitre, j’attendais que celui-ci se réveille. Madeline était entré.
-Allez William, debout. Il faut que tu ailles au marcher aujourd’hui.
Le jeune homme s’était redressé et avait acquiescé. Il m’avait ensuite caressé la tête. Mes cornes avaient commencées à pousser et mon poile s’était épaissis. D’après lui, mon espèce était sûrement originaire d’une région froide.
Nous étions sortis et William avait appelé Napoléon. Lequel avait tranquillement monté le terrain. Le vieil âne été venu auprès de notre maitre qui avait expliqué qu’il fallait se rendre au village. Il avait mené l’animal auprès d’une petite charrette. Napoléon m’avait expliqué qu’au temps de sa jeunesse, il était le fervent compagnon du père de William. Il avait tiré cette cariole presque toute sa vie. On lui avait demandé de labourer le champs, il y a quelques années, mais il commençait alors à se faire vieux et la terre était loin d’être facile à retourner. L’un de ses plus grands échecs. Cela et la mort de son maitre l’avait profondément marqué. Si bien que son état s’était dégradé. Et William, le comprenant, l’avait officiellement mis à la retraite, ne lui demandant plus que de tirer la charrette pour aller au village.
Notre maitre était revenu avec tout le harnachement nécessaire, dont un énorme collier de cuire avec des anneaux de métal. Lorsque William l’avait exhibé, j’avais reculé en lâchant un grondement aigu, apeuré par son aspect imposant.
-Tout doux, Rex, ce n’est pas pour toi.
Napoléon avait tourné la tête et m’avait expliqué que cet objet était nécessaire pour tirer tout chargement. Pour me montrer l’absence de danger, il était venu y passer sa tête, surprenant William. Je m’étais approché pour renifler le collier de cuir.
-C’est bien mon Rex.
Il avait posé le collier sur le poitrail de Napoléon et m’avait flatté l’encolure. Puis l’âne avait été attelé à la charrette. Avec une corde, William avait fabriqué un licol qu’il m’avait mis et j’avais été attaché aux côtés de l’équidé. Puis nous étions partis. Napoléon m’avait expliqué les quelques ordres de base que je devais connaitre si un jour je le remplaçais. Il m’avait expliqué que les cordes que tenaient William et qui rejoignaient son harnachement permettaient de guider tout animal et qu’il fallait être très attentif aux demandes. Car si notre maitre était doux, il avait eut quelques récits d’hommes cruels qui n’hésitaient pas à frapper leurs chevaux en cas de non-respect des ordres donnés. Ça et des harnachement parfois trop serrés qui pouvaient aller jusqu’à couper la langue et la respiration si l’animal se montrait trop réfractaire envers son maitre. La douleur rendait le cheval si fou qu’il en subissait les conséquences, endurant davantage de cruauté. Quelle horreur !
C’était donc avec attention que j’avais observé mon maitre et le vieil âne. Ma position légèrement en retrait permettait d’avoir une vue sur les rênes et les mouvements de William. Il ne tirait pas dessus et les lanières de cuir s’écartaient avec souplesse quand il fallait tourner. Il parlait doucement mais avec fermeté, permettant une compréhension claire de ce qu’il attendait.
Nous avions ainsi atteint le village. C’était la première fois que je voyais autant d’humains et il y avait tant d’agitation ! Il y avait du bruit en tous sens et les gens circulaient sur la place. Des échoppes étaient dressées et les propriétaires hurlaient pour attirer l’attention sur leurs marchandises. Cela n'était pas rassurant pour moi. William avait dû le sentir car il était descendu.
-Tout va bien mon beau, avait-il dit, nous n’en avons pas pour long.
Nous menant à pieds, il avait attaché Napoléon à un anneau de métal sur un mur et s’était éloigné. Je ne pouvais le laisser seul ! J’avais commencé à m’agiter sans écouter mon camarade équin. Finalement, la corde me reliant à l’un des bras de la charrette avait cédée. Aussitôt, je m’étais élancé à travers la foule.
-Eh, attrapez-le ! s’était exclamé quelqu’un.
Certains avaient tenté de saisir la corde qui pendait à mon licol mais je les évitait toujours. J’avais fini par retrouver William qui, attiré par le chahut derrière lui, s’était retourné.
-Rex ? Mais que fais-tu là ?
J’avais émis un petit grondement tout en secouant l’encolure. Il s’était agenouillé et m’avait gratouillé.
-Tu n’aimes pas être loin de moi on dirait. Bon, va pour cette fois. Mais tu restes à mes côtés petit chenapan !
Il n’avait pas besoin de le redire. Nous étions ainsi passé d’étale en étale. Lorsque le panier d’osier de mon maitre fut plein, nous étions retournés auprès de Napoléon, lequel m’avait sermonné à propos de mon attitude. J’avais baissé l’encolure et la queue et mes voilures étaient tombées sur les côtés. Il avait raison, je n’avais pas à m’enfuir de la sorte.
-C’est bien Napoléon, avait dit William en flattant ce dernier, il faut que Rex apprenne.
Le ton de sa voix indiquait que j’avais fait une bêtise. Mon maitre était venu me consoler d’une gratouille, indiquant que m’avoir retrouvé dans cette foule était tout de même une belle preuve de fidélité. Cela m’avait rengorgé et nous étions reparti pour remplir le panier. Mais tandis que William était à une échoppe, quelque chose avait attiré mon attention. Un homme à quelques mètres. Mon instinct m’indiquait que ses attentions n’étaient pas bienveillantes. Aussitôt, je m’étais campé de sorte à lui bloquer le passage, venant presque me coller à mon maitre tout en fixant cet étrange individu.
-Rex ? s’était étonné le jeune homme.
En suivant la direction de mon museau, il avait compris. L’homme s’en était allé, tenant une corde dans sa main. A présent, j’étais sur mes gardes, me tenant davantage près du jeune homme. Nous avions fini par quitter le village avec tous les éléments nécessaires. Marchant aux côtés de Napoléon, je lui avait raconté ce qui s’était passé. Selon lui, c’était probablement un voleur de bête. Et mon allure atypique l’avait attiré. Le vieil âne avait également été surpris de la méfiance dont j’avais fait preuve, et m’avait félicité d’avoir protégé notre maitre. Pour ma part, je considérais n’avoir fait que mon devoir.
Lorsque nous avions regagnés le domaine, le jeune homme avait désattelé et libéré le vieil équidé et mon licol avait été ôté. Voyant qu’il peinait avec ses provisions, j’étais parti chercher un autre panier d’osier dans la grange.
-Rex ? Tu veux m’aider l’ami ?
J’avais posé le panier à côté de la charrette.
-T’es vraiment unique, toi, avait dit William avec un sourire.
Il avait chargé le deuxième panier que j’avais saisi entre mes mâchoires et nous avions tous deux gagnés la bâtisse ou Madeline et son fils y avaient rangés les provisions. Puis j’étais sorti rejoindre Napoléon. Le vieil âne broutait un peu d’herbe près d’un petit ruisseau. J’aurais aimé qu’il joue avec moi mais il m’avait fait comprendre que ce n’était plus de son âge. Je m’étais mis en tête de galoper après un oiseau sans faire attention où j’allais, envoyant quelques ruades. J’avais fini par percuter un rocher au travers duquel j’étais passé sans grande peine, le pulvérisant de mes cornes. Napoléon avait redressé la tête, surpris par ce vacarme et m’avait regardé. Nullement déconcentré, j’avais continué mon jeu avec le volatile qui avait bien voulu m’accorder un moment. Puis lorsque cela fut fini, je m’étais couché dans l’herbe pour reprendre des forces. Le vieil âne m’avait demandé comment j’avais pu détruire un roc aussi gros, mais je n’avais pas la réponse. Absorbé par mon jeu, je n’avais guère fait attention à ce qui se trouvait devant moi. J’avais alors compris de quoi il parlait en observant les dégâts que j’avais causé. J’espérais que William ne me sermonne pas à ce sujet car je ne savais pas si cette rocaille sur le terrain avait de l’importance. Heureusement, d’après Napoléon, il n’y en avait aucune, ce qui m’avait soulagé. Il m’avait même confié que ce rocher à présent détruit était plus une aubaine qu’un problème.

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