CHAPITRE SEPTIEME
William et Alan se tenaient en bas du champ. Tandis que mon maitre me faisait tourner en rond autour de lui, son cousin ne pouvait s’empêcher de faire des remarques régulièrement.
-Ça sert à rien de lui parler comme à un humain, avait dit Alan, il comprend pas mieux tu sais.
- Oh, détrompes-toi. Rex, au trot garçon.
Je m’étais exécuté.
-J’ai lu un livre de dressage équestre que mon père avait acheté, et c’est impressionnant. Tu savais que les cavaliers peuvent faire du pas de côté en déplaçant les hanches du cheval à l’extérieur ?
- Alors on va essayer.
- T’es cinglé cousin.
William m’avait fait arrêter et avait prit un instant de réflexion. Finalement, il était venu poser sa main sur l’arrière de mon flanc.
-Aller Rex, essai pour voir.
J’étais difficilement parvenu a effectuer quelques pas tel que mon maitre l’avait demandé. Alan nous avait regardés, surpris.
-C’est bien mon Rex. Encore.
J’avais réussi a effectuer un tour complet autour de mes membres avant et William m’avait grandement félicité.
-Alan, dans ton livre, comment ils font ?
- J’ai pas tout saisi, mais avec mes parents, j’ai assisté à un spectacle. Et ça ressemblait à…
Il avait tenté d’imiter la démarche d’un équidé, donnant une idée approximative de ce qui était demandé. Penchant la tête sur le côté, j’avais observé attentivement. William l’avait rejoins pour modéliser les membres arrière. Je m’étais aussitôt mis en tête de les rejoindre, malgré la complexité de l’exercice. Les deux jeunes hommes m’avaient regardés, sidérés.
-Il a du talent ton monstre, avait dit Alan.
- Rex n’est pas un monstre. C’est un animal doué d’intelligence.
Il m’avait flatté l’encolure, fier de mes efforts. Il avait alors levé les yeux, avisant le ciel qui commençait à se couvrir, un sourire aux lèvres.
-Mon Rex, notre heure est venu. Il est temps de se mettre au travail.
Je m’étais cabré en rugissant, surprenant Alan qui s’était écarté.
-Oui, toi aussi tu as hâte. Allez, il faut se préparer.
Nous étions remontés au niveau de la grange. Le tonnerre avait alors grondé, au loin. Napoléon n’avait pas été long à nous rejoindre, venant se réfugier tranquillement dans la stalle, laissée ouverte. Me regardant, il avait compris.
-Allez Rex, aujourd’hui c’est le grand jour.
William avait saisi l’énorme collier de cuir. Avisant mon compagnon équin l’espace d’un instant, j’avais laissé mon maitre me passer le harnachement. Cela faisait un certain poids. Puis, les deux jeunes hommes avaient poussés la charrue à l’extérieur, la mettant au sommet du terrain. J’avais hâte !
-Oui, mon Rex, oui, on va y aller. Encore quelques détails.
Il m’avait passé un filet de cuir fabriqué sur mesure par ses soins. Voilà pourquoi il était aller au village faire des achats.
-Alan, peux-tu avertir ma mère ? Je vais atteler Rex.
L’intéressé avait quitté la grange. Quant à William, il avait continué de me harnacher.
-Je comptes sur toi l’ami. J’espère que le débourrage n’aura pas été vain.
J’avais émis un petit rugissement tout en tournant l’encolure dans sa direction. J’avais bien l’intention de remplir ma mission. William m’avait caressé le museau.
-J’espère que mon père sera fier de moi. De nous. Allez mon Rex !
Nous étions sortis et il était venus m’atteler. Grondant et piaffant, je n’attendais plus que ses ordres. Mais alors, une voiture s’était arrêté à proximité et un homme à l’odeur que je connaissais en était descendu.
-Ça alors, gamin, c’est quoi ça ?
William s’était tourné vers le propriétaire.
-Monsieur Smith, voici Rex. Je l’ai trouvé en allant chercher du bois il y a quelques mois. Il va sauver la ferme.
L’individu m’avait regardé. Alors, toute la famille était sortie. Madeline avait blêmi et ils avaient entamés une discussion. Finalement, le propriétaire était remonté dans sa voiture sans que je saches ce qui s’était dit. William s’était approché de moi.
-Rex, il faut que tu sauves la ferme. Ce n’est malheureusement plus négociable…
J’avais lu une certaine inquiétude dans son regard. Il était venu poser une main sur mon encolure et nous avions tous deux avisés le terrain.
-Si on ne laboure pas ce champs… non seulement nous perdrons la ferme… mais je te perdrai aussi.
Comment ? Avais-je bien entendu ? William avait expliqué, la gorge nouée, que le propriétaire ne comptait pas simplement reprendre la ferme. Il avait l’attention de me revendre ! J’avais secoué l’encolure tout en grattant le sol d’une patte. Non ! Je n’avais qu’un seul et unique maitre ! Je n’obéirai à personne d’autre ! William avait visiblement comprit, essuyant son visage.
-Tu as raison. Nous allons nous battre jusqu’au bout !
Il était venu s’installer derrière la charrue, saisissant les manches de bois ainsi que les rênes. Il avait inspiré profondément. Quant à moi, j’avais avisé l’horizon.
-Rex… marche !
Aussitôt, je m’étais mis à tirer l’outil agricole, entamant la descente du terrain.
-Tout doux mon beau, tout doux…
Nous avions ainsi fait plusieurs remontées sans que la charrue ne s’enfonce. William m’avait arrêté en bas du terrain.
-C’est pas vrai… c’est mal parti…
Quant à moi, je refusai de croire à cet échec. J’étais encore suffisamment vaillant pour continuer mais en l’état actuel des choses, il valait peut-être mieux s’accorder un instant de pose. Madeline avait descendue le terrain pour apporter une gourde d’eau à mon maitre. Alors, plusieurs personnes étaient arrivées sur le domaine.
-Allez William ! avait crié quelqu’un, tu peux y arriver !
- N’abandonne pas !
Etions-nous encouragés ? Cela nous avait redonné de l’espoir. Sans attendre, j’étais reparti.
-Oh, Rex, oh ! Doucement ! avait ri mon maitre.
J’avais grimpé la côte avant de tourner et de redescendre. J’entendais certaines personnes se moquer du fait que la lame ne perçait pas le sol mais cela m’importait peu. J’allais tout donner pour cette ferme.

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