CHAPITRE TREIZIEME
C’était un jour de milieu d’hiver. J’étais aux côtés de Napoléon en bas du terrain, a chercher en sa compagnie le moindre élément comestible. Un bruit avait attiré mon attention. Une petite auto verte et noire s’était présentée devant le portail du domaine et deux hommes en étaient sortis. William était venu les accueillir et les avaient menés à l’intérieur. Que préparait-il ? Mon ami équin n’avait pas d’idée sur la question. Car il n’avait jamais vu de tel accoutrement en dehors de la ville. Cela m’avait questionné, et j’espérait avoir une réponse rapidement.
Ma curiosité avait été récompensée plus vite que je n’aurai pu le croire. Un sifflement avait retenti, signe que William me demandait. Laissant Napoléon, j’avais gravi au trot le petit sentier déneigé que j’avais tracé quelques temps plus tôt en compagnie de mon maitre et qui permettait la jonction entre le haut et le bas du domaine. Venant auprès du jeune homme, j’avais vu les deux individus de tout à l’heure.
-Mon Rex, voici messieurs Charles et Edouard, ils sont ici pour faire de toi une bête officiellement enregistrée.
Il m’avait caressé le museau. Je ne comprenais pas trop ce que cela signifiait. Mais en les entendant discuter, j’avais finir pas saisir le fait que William serait officiellement mon maitre, empêchant donc le propriétaire du domaine de me réclamer si nous perdions la ferme. Les deux hommes avaient passés un moment à m’observer et me manipuler, inscrivant des informations sur un petit livre tandis que William leur donnait toutes les informations. Napoléon, intrigué, était venu vers nous, recevant quelques caresses.
-Votre Rex et lui s’entendent-ils ? avait demandé Charles.
Pour toute réponse, nous nous étions gratouillés l’encolure. Le recueil d’information avait continué un moment, pendant lequel William avait fait étalage de mon obéissance et ma volonté sans faille lors des travaux.
En milieu de journée, Charles et Edouard étaient repartis, emmenant avec eux quelques légumes hivernaux du potager offerts par Madeline. William m’avait caressé.
-J’espère que tu sera enregistré mon Rex. Sinon, je te perdrai pour toujours…
Je l’avais suivi jusqu’au logis.
-J’ai reçu une lettre de grand-mère Alice, on ira la voir demain.
De qui parlait-il ? J’étais parti demander à Napoléon, lequel m’avait appris qu’il s’agissait de la mère d’Albert, qui habitait un autre village bien loin d’ici. Il était d’ailleurs étonné d’entendre parler d’elle, car cela faisait bien des mois qu’aucune nouvelle n’était parvenu de sa part. Voilà qui promettait un bien étonnant voyage…
Le lendemain, William avait préparé le petit charriot, le remplissant d’affaires en tout genre. Provisions, draps, oreiller, outillage de cuisine et autres. Selon lui, il faudrait près de quatre jours pour gagner le village où résidait grand-mère Alice. Mon maitre avait ensuite couvert le chargement d’une bâche en tissue qu’il avait attaché avec des cordes. Madeline ne venait pas, car devant s’occuper de Napoléon et du domaine. Pour ma part, j’étais déjà attelé, prêt au départ.
-Et voilà mon Rex, tout est prêt.
J’avais émis un petit rugissement, partageant mon impatience. Car je savais que tout irait bien et que William avait hâte de revoir cette vieille dame. La mère de mon maitre était venu le saluer, ayant même préparer une bouteille de soupe chaude qu’il avait rangé dans une sacoche de mon tapis. Ma selle et mon harnachement étaient également dans le charriot, car nous allions rester plusieurs jours sur place.
-Fais attention à toi, et fait bon voyage.
- Merci maman.
Ils s’étaient enlacés un instant tandis que je gratouillait la crinière de Napoléon. Puis, William s’était installé sur le charriot, saisissant les rênes.
-Allez mon garçon, en route.
Aussitôt, je m’étais mis en marche, quittant tranquillement la petite ferme. Il faisait beau ce jour-là, malgré un vent difficilement supportable pour mon maitre. Nous avions traversés le village pour prendre une route que je ne connaissais pas. William m’avait demandé de prendre le trot, permettant d’accélérer le rythme. Le paysage avait défilé sans que ne croisions personne. En hivers, peu de monde circulait.
La journée avait lentement déclinée. Nous avions heureusement atteint un village disposant d’une auberge. Une aubaine qui permettrait à mon maitre de ne pas dormir sous les étoiles. Mon maitre m’avait arrêté devant et m’avait demandé de ne pas bouger. Il était entré avant de ressortir quelques minutes plus tard.
-J’ai une chambre l’ami.
Il m’avait mené à l’arrière où quelques stalles permettaient de mettre les chevaux à l’abris. J’avais été désattelé et le charriot avait été laissé sous un porche. Une fois installé, William m’avait déharnaché et félicité. Il était allé prendre dans un panier d'osier fermé quelques légumes qu’il m’avait donné.
-Reposes toi mon Rex, le voyage est loin d’être fini.
Je lui avait donné un léger coup de museau et il avait quitté l’arrière de l’auberge, partant se mettre au chaud. Pour ma part, je m’étais couché dans la paille. J’espérais que tout aille bien à la ferme.
Le lendemain, nous avions repris le voyage aux premières lueurs du jour. Dans le calme du matin, seuls quelques oiseaux chantonnaient. La neige faisait plier les branches des arbres autour de nous. Devant nous avait traversée une biche, laquelle s’était arrêtée un instant, nous observant. Du mouvement dans un buisson l’avait aussitôt fait fuir, provoquant l’envolée de quelques oiseaux. Nous avions repris notre route au petit trot. William semblait heureux. J’avais rugis.
-Oui, je te comprend mon beau.
Nous étions passés à côté d’une maison devant laquelle jouait quelques enfants qui s’étaient arrêtés pour me regarder, subjugués. Cela avait fait sourire mon maitre. Celui-ci m’avait fait repasser au pas pour gravir une petite colline. Laquelle donnait sur un paysage absolument époustouflant. Quelques fermes s’étendaient sous nos yeux et la neige immaculée rendait l’environnement magnifique. William m’avait fait repartir. Nous avions traversés un petit bois bien calme.
En milieu de journée, la pause s’était faite aux abords d’une rivière. Désattelé le temps du repas, j’avais cherché de quoi me nourrir tandis que le jeune homme était resté sur le charriot. Creusant le sol au pied d’un arbre, j’en avais extrait quelques racines peu profondes. Par la suite, je m’étais abreuvé. L’eau était certes fraiche mais cela n’était pas une gêne.
-Atchoum !
Un éternument de mon maitre m’avait fait tourner la tête vers lui. S’essuyant le nez, j’avais vu qu’il tremblait quelque peu. Emmitouflé dans un drap, il buvait une soupe chaude préparée le matin même par l’aubergiste. Aussitôt, j’étais venu vers lui, venant poser ma tête sur ses genoux.
-Mon bon Rex, toi tu me connais bien.
Il m’avait caressé le front, me faisant émettre un long grondement sourd sans agressivité.
Il avait remarqué depuis peu que ma fourrure s’était faite plus foncée. Sûrement pour me tenir chaud. L’on voyait désormais une plus nette nuance entre la partie supérieure de mon corps, d’un brun terne couleur terre et la partie basse, plus claire, notamment sous le ventre et la gorge, ainsi que l’intérieure des membres, tirant davantage sur un brun argile, s’harmonisant presque avec les voilures de mes vertèbres. William avait terminé son breuvage et m’avait attelé de nouveau. Nous avions tranquillement repris notre route. Quel beau voyage ! L’un des premiers aussi loin du domaine…

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