Rencontre - 1

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Enfin, j’allais le rencontrer !

Depuis l’annonce de la venue du maître, je ne parvenais plus à penser à autre chose.

Partagée entre l’excitation et l’appréhension, je préparais son séjour dans ma région dans les moindres détails.

Je n’avais pas voulu l’accueillir chez moi, préférant retenir pour lui un grand appartement sur le front de mer, où nous nous rencontrerions. Il nous fallait un cadre excentré de mon quotidien, un lieu consacré exclusivement à la particularité de notre entrevue.

Je lui avais transféré les coordonnées du propriétaire pour qu’il s’arrange avec lui en vue de son arrivée.

Perdue dans mes pensées, je m’imaginais le déroulement de notre première entrevue, le premier coup d’œil, les premières paroles, la manière dont se mettrait en place le jeu de domination/soumission.

Se ferait-ce naturellement ? Surmonterais-je la gêne dont m’affligerait immanquablement ma timidité maladive ?

Pour atténuer la surprise du premier rendez-vous, mon maître m’avait envoyé une photo de lui, un selfie, vêtu tout en cuir, dans une tenue faite pour la conduite en moto.

L’air farouche qu’il arborait, de concert avec son look de motard, m’en imposa d’entrée, d’autant plus que je suis facilement impressionnable.

Je tremblais d’avance de tomber sous la férule d’un si impitoyable personnage.

Fouets, aiguilles, pinces, je savais qu’aucun tourment ne me serait épargné, un délicieux mélange de douleur et de plaisir, mais je n’en avais pas moins le frisson, redoutant la morsure du cuir et du métal.

Cela faisait pleinement partie du jeu, cependant, car la crainte de la souffrance est plus éprouvante que la souffrance elle-même. Je savais que mon maître exploitait sciemment cette dimension pour m’immerger dans l’état d’esprit nécessaire pour tirer le plus de plaisir possible de notre rencontre.

L’heure était arrivée, et je me mis en route, déjà entièrement possédée par lui.

Le lieu dit, un immeuble de standing, se dressa bientôt devant moi.

La porte dessinait son encadrement sombre face à moi, et dans la nuit noire, je ne distinguai pas de prime abord la silhouette qui s’y tenait.

Une forte carrure, d’environ ma taille, estimais-je, vêtue d’une veste en cuir et d’un pantalon noir, rangers au pied.

Mon maître était ainsi, mélange improbable, d’une élégance farouche, sauvage, dangereuse.

Ses petits yeux perçants, d’un noir de jais, me clouèrent sur place, mais je ne pouvais demeurer ainsi immobile et m’avançai timidement vers lui.

De son côté, il me dévisageait, froid, me scrutant, me détaillant comme s’il m’évaluait, pesait attentivement mes mérites et mes défauts. Je tremblais devant son regard dur, et devançant mes hésitations, il me guida jusqu’à l’appartement, lui devant et moi derrière, la tête basse, comme il seyait à ma position.

Je ne pus m’empêcher, en y pénétrant, de remarquer qu’une barre de traction avait été ajoutée dans le couloir, et que plusieurs chaînes y pendaient.

Elles m’étaient destinées, sans aucun doute. Un frisson se répandit dans mon corps et je manquai de trébucher sur mes hauts talons.

Bien que mon maître me précédât, je sentis d’instinct qu’il avait remarqué mon geste de panique, mais il ne se retourna pas.

De toute manière, c’était ainsi que je le désirais, inflexible, implacable, et c’était cette appréhension qui me transportait.

Obligeamment, il me proposa de m’asseoir, afin de me permettre de fumer une cigarette. Il savait que c’était un de mes vices, et que cela me serait nécessaire pour surmonter le stress intense qui me submergeait. Je lui sus infiniment gré de cette marque d’attention.

Alors que j’expirai la fumée, presque haletante, j’avais aperçu, par l’entrebâillement d’une porte, un large lit, recouvert d’une bâche, sur lequel étaient exposés tous les instruments de mon futur supplice.

Je bus d’un trait le verre de champagne qu’il avait déposé devant moi, et terminai ma cigarette.

Je savais que le moment était venu. Le silence s’était fait, presque solennel, et assez maladroitement, je me levai.

Il m’emboita le pas jusqu’à la chambre, où je me postai les yeux rivés au sol, tremblant de ce qui suivrait.

Devais-je dire quelque chose ? Dans l’incertitude, je me tus, mes doigts s’emmêlant nerveusement sur le tissu de ma robe.

Elle était telle qu’il l’avait choisie pour moi, une simple robe noire et courte à bretelles, s’ouvrant par une fermeture éclair longitudinale.

Sans préambule, il l’abaissa d’un coup sec, me dénudant entièrement.

Sur ses instructions, je portais des pinces à seins reliées par une chaîne métallique, je vis sur ses lèvres se dessiner un rictus de contentement, celui du maître satisfait de se voir obéi.

Il m’examinait désormais, je ne savais s’il appréciait mon corps menu et plat, presque virginal, ravalai mon humiliation de me sentir si peu désirable face à lui.

Les questions qui se bousculaient de ma tête restèrent sans réponses car il ne souffla mot, mais d’un geste brusque, il prit possession de ma chatte, la calant au creux de sa paume.

Un grognement de plaisir me fit lever les yeux, il arborait désormais un grand sourire.

Je dus lui paraître niaise, tant devait se peindre l’incompréhension sur mon visage.

— Très bien, s’exclama-t-il.

En disant cela, ses doigts jouèrent sous mon nez, et je les vis briller du fruit de mon excitation.

Je ruisselais, et je ne m’en étais même pas rendu compte. Il brandissait cela comme un trophée, un trophée qui me mortifia profondément. N’étais-je pas venue pour cela?

Sans attendre davantage, il retira les pinces et enserra mes tétons outrageusement sensibilisés de ventouses qui y exercèrent bientôt une pression intolérable.

Je retins opiniâtrement les gémissements qui remontaient de ma gorge.

— Tu te souviens de notre code ? demanda-t-il à point nommé, devinant les émotions qui se bousculaient en moi.

Dis "rouge", si tu ne peux en supporter davantage, rappela-t-il.

Je ne connaissais rien à la réalité des relations dans le milieu BDSM, mais lui en savait tous les aspects.

Le safeword, le signal par lequel la soumise avouait qu’elle avait atteint ses limites, était un élément de rituel nécessaire, presque vital pour mettre un terme au "jeu". J’avais lu quelque part l’importance de le définir, mais je ne souhaitais à aucun prix m’en prévaloir.

C’était presque une question de fierté pour moi, je souhaitais obtempérer aux moindres volontés de mon maître, même les plus pénibles.

Alors que je tentais de me raffermir pour éviter de le prononcer, mon maître arracha les ventouses.

Je baissais les yeux pour ne pas laisser transparaitre la souffrance que cela avait occasionnée, et sans s’en émouvoir, il me ceignit le cou d’un collier-de-chien auquel une laisse était attachée.

Je sentais aux effluves de cuir que celui-ci avait dû servir à de nombreuses reprises. L’avait-il apposé à un animal, ou à une autre de ses soumises ?

Un éclair de jalousie me foudroya, mais je me contrôlais pour taire ce sentiment inadmissible chez une soumise. Je n’avais pas ce droit, de me montrer ainsi envieuse.

Il était maître précisément parce qu’il avait dominé de nombreuses femmes avant moi, et c’était l’une des raisons pour lesquelles il me fascinait autant.

Fermement, il me tira sur le lit pour que je m’y allonge et prit place à mes côtés.

Pendant qu’il m’observait, je fixais le plafond, avait-il défini un scénario pour moi , tout était-il déjà écrit ?

Je fermais les yeux, m’abandonnant à lui, savourant les dernières secondes de paix avant la tempête.

Mais d’une main douce, il parcourut mon corps, dessinant le contour de mes seins, de ma gorge, puis descendit vers mon ventre. Mon duvet se dressait à son passage, attisant le désir.

Ce moment s’étira probablement sur quelques minutes, si tant est que je fusse encore en état d’hasarder une telle estimation.

Prenait-il plaisir à laisser s’éterniser ces délicates caresses ? Mais, tout à coup, il asséna une formidable claque sur mon clitoris et m’écarta les jambes sans aménité. Je tressaillis violemment, tirée de ma douce torpeur…

Un bouchon jaillit de son goulot et un liquide froid s’écoula entre mes cuisses, fut étalé par un objet lisse sur mes lèvres, qui se glissa entre elles.

" Un gode" pensai-je, et un de belle taille, jugeai-je à l’aune de son gland rigide.

Je pus en mesurer toute l’ampleur quand il se fraya un chemin dans ma moiteur, qui si elle était indéniablement accueillante, ne s’en trouva pas écartelée par l’intrusion.

La pénétration se fit frénétique, m’arrachant des râles de plaisir, et le mouvement s’amplifia jusqu’à me hisser en un temps record vers l’orgasme.

Pour la première fois de ma vie, je m’extériorisai bruyamment, laissant éclater le déferlement de la jouissance. Mon corps était entièrement secoué de spasmes qui se propageaient comme un tsunami à travers chaque pouce de peau.

Par un procédé horriblement banal, avec un jouet de plastique, il avait déjà surpassé toutes les sensations que j’avais connues.

Pourtant, à travers mes larmes de bonheur, les contours froidement cliniques d’instruments de métal me frappèrent.

La soirée ne faisait que commencer, et je compris que j’avais certainement épuisé la partie la plus agréable de ce qu’il me réservait…

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